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C’était Fessebook : il y a 10 ans naissaient les réseaux sociaux du sexe

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Nous sommes en 2008 et notre reporter s’apprête à découvrir une nouvelle facette du wild wild web : les plans culs sur Facebook. Retour vers le futur de la matrice.

Il paraît que sur le premier réseau social du monde, on s’échange des plans de soirées «spéciales», qu’on «add» des «amis» de plus en plus open, qu’on croule sous les réseaux de bonnes meufs. Il paraît, il paraît, il paraît…  

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Innocemment, j’ai longtemps pensé que Facebook était un Copains d’Avant moins cheap, un MySpace plus convivial.On pouvait retrouver ses potes de lycées et savoir s’ils réussissaient mieux que nous mais aussi devenir copain avec des célébrités. 70 millions d’inscrits en à peine quatre ans, ça fait du beau monde à poker, de Xavier de Justice à Xavier Bertrand, suivant son ambition musicale ou politique.

Mais depuis quelques mois, la rumeur bruisse de pratiques très excitantes pour qui veut choper, serrer, partouzer avec des amis d’amis le plus souvent jeunes, beaux et intelligents. Facebook (ou « Fessebook », son petit nom adopté par la majorité de ses utilisateurs) serait devenu le premier réseau cul du monde.Ne restait plus qu’à s’y introduire…

JOUR 1_«SI TU CHERCHES DES PARTOUZES…»

J’appelle une copine, journaliste pour une revue cochonne. Elle me balance le nom de Maxime Barbier.A 23 ans,le garçon organise des soirées aux Saints-Pères, à l’hôtel Hilton et chez Régine’s une à deux fois par semaine.Il a 5 000 amis sur Facebook et un but dans la vie : «Organiser des énoooormes soirées »… « Si tu cherches des partouzes en appart’ où les filles ont 16-17 ans ,tapent de la coke et ont déjà tout vécu sexuellement, ça existe uniquement dans le XVIe. Moi, ça ne m’intéresse pas, c’est trop glauque », m’affirme-t-il gentiment. Allez Maxime,t’es dans le réseau,qui organise des soirées cul sur Facebook ? « Tu peux contacter Robin Capel,mais je te préviens : ses soirées se passent en banlieue et les filles donnent pas envie. » Je raccroche et m’empresse d’«adder» Robin Capel…

JOUR 2_«JE TOUCHE 5% DE MA CIBLE SUR FACEBOOK»

Robin Capel a 21 ans mais en paraît dix de plus. Le regard semble vide et fatigué. Normal, puisque Robin traîne dans le milieu échangiste depuis ses 15 ans. Il a fondé sa SARL, Les Soirées de Robin, et développé un concept inédit, le « new libertinage »,comme il me l’explique : « Je veux démocratiser le libertinage et l’échangisme auprès des novices et créer une ambiance de convivialité où les stricts codes du libertinage ne sont pas appliqués.Une fois par mois, j’organise un événement au Papillon,rue Saint-Honoré. Et je précise que mes soirées ne finissent pas toujours de manière coquine. »

Et Facebook dans tout ça ? « C’est un super moyen de communication, rien de plus.Je touche 1% de ma cible avec ce site. » Hum… « Allez, disons 5%. Je contacte en priorité les gens inscrits sur des sites échangistes. » Rendez-vous est pris dans les jours qui viennent pour une « crêpes party » dans son loft de 200 m2 situé à Saint-Denis.

JOUR 3_SOIRÉE ÉCHANGISTE OLD SCHOOL

Un ami Facebook m’invite à une soirée appart’ qui semble a priori alléchante : une prostituée de 21 ans organise une rencontre de couples dans chez un ami, face à Beaubourg. Moyenne d’âge,25 ans.Pas de groupe sur le réseau, les convives sont prévenus par le bon vieux système des SMS. Le plan parfait en apparence jusqu’au moment où je franchis la porte et me retrouve face à la pire caricature de l’échangisme traditionnel. Le couple invité a été sélectionné sur Net Echangisme,le plus gros site de la spécialité, aussi sordide que les Chandelles à 4h00 du mat’. Là, face à moi, Claudine, la quarantaine flétrie, laisse ses bas dépasser de sa minijupe. Son mari, Mario, boss d’une boîte de nuit en Seine-et- Marne, porte l’embonpoint, le cheveu gominé et la gourmette en or.

Le cliché du couple échangiste old school que dénoncent les baby-lovers prônant l’infiltration du porn chic dans la partouze moderne.A table, personne n’a rien à se dire. On croise nos regards dans des moments qui durent une éternité. Je finis par craquer et lance un candide : «Mais on attend quoi,au juste ?» Muriel se jette alors sur moi pour me désaper et m’entraîne vers la chambre où les trois garçons finissent par nous rejoindre. S’ensuit une baise où chaque couple ne s’échange pas, puis où certains se caressent et se font des massages à l’huile.

JOUR 4_CHAT SUR FACEBOOK

Depuis que je suis « amie » avec Robin Capel, mon profil croule sous les demandes salaces. Alors que j’accepte un nouvel « ami », celui-ci s’empresse de me draguer sec grâce au chat,nouveau service mis en ligne depuis le mois d’avril,pour des échanges plus musclés que le désormais has been « poke ». Le mec est un socio-type classique de Facebook : argentin,mannequin et ingénieur à la Défense.

On se retrouve sur MSN et, sans rien lui demander, il m’envoie directement des photos de sa bite en érection. Il s’aime beaucoup et ça me refroidit. Retour sur son profil : en une après-midi, il a ajouté plus de vingt filles… Facebook, c’est un peu le supermarché : on prend un tas de produits, on en remet certains en rayons, on teste les autres chez soi et on en change si on est déçus.

JOUR 5_VISITE D’UN FUTUR CLUB NÉO-ÉCHANGISTE

John Dodelande, le dandy qui s’habille en rose (voir Technikart n°117) me présente son ami d’enfance, Raymond Bassil, franco-libanais de 20 ans. Issu de la jeunesse dorée, Raymond adore autant le sexe que ses études de médecine. Logique, donc, qu’il ait voulu faire les deux.Son père lui a acheté tout un immeuble pour qu’il crée son club, le HS.

L’idée ? Faire venir des couples jeunes et issus de la bourgeoisie. « Dans la famille, on aime le sexe, m’explique-t-il en toute décontraction. A 8 ans, mon petit frère sait ce qu’est un préservatif.Avec mon père, on a décidé ensemble de tous les aspects du club et, pour la déco, toute la famille s’est réunie. Par exemple, c’est mon père qui a eu l’idée de suspendre un filet sur deux étages pour que les gens fassent l’amour dessus. On est très à cheval sur l’hygiène. Des femmes de ménage passeront discrètement pour tout ramasser, les filles auront des coiffeuses pour se remaquiller et les garçons, des lave-pénis. » Le club, situé rue Quincampoix, comptera six étages et pourra recevoir 120 personnes.

Dès septembre, des suites privées seront ouvertes pour les privilégiés, avec jacuzzi et toit ouvrant. « On attend des stars comme les Ardisson », se la raconte un peu Raymond.Te sens-tu un babylover ? « Oui, bien sûr. On est une génération qui aime les couleurs, le sexe et les belles femmes. Et puis les filles sont de plus en plus coquines et de plus en plus belles. Elles font attention à leur image et rêvent de ressembler à Angelina Jolie.»

JOUR 6_«CRÊPES PARTY» CHEZ ROBIN

C’est enfin la crêpes party chez Robin. Drôle de code pour nommer une partouze. Pas trop rassurée, je m’y rends accompagnée d’un ami photographe. Le gigantisme du loft épuré de Saint-Denis contraste avec le nombre de personnes présentes : huit à tout casser, dont l’homme à tout faire de Robin affairé avec sa crêpière. Les gens parlent peu, comme des échangistes qui n’auraient pas le droit de jouer tant que le maître des lieux n’a pas donné son feu vert.   

Soudain, Robin se jette sur moi, embrasse le tatouage que j’ai sur ma poitrine et me traîne vers son PC.Fier comme tout, il me montre un reportage de ses soirées diffusé sur Paris Première. Je lui demande pourquoi on ne mange que des crêpes, ce soir. « Mais là, on est avec mes amis, on va pas partouzer. Je te jure, ce n’est vraiment qu’une soirée crêpes. » Visiblement vexé, il doit l’être doublement puisque tout semblait en place pour recevoir 80 personnes : tables avec champagne, sofas partout, musique à fond,éclairage soft… «On va bouger aux jardins de Bagatelle à Boulogne et puis on fera une after coquine chez moi en rentrant, OK ? », essaie-t-il de me rassurer.

Dans le salon, un couple libertin commence à nous draguer, le photographe et moi.Lui est décorateur tendance maçon, tandis que sa copine nous raconte : « Pour notre premier rendez-vous, il m’a emmenée dans un club libertin.Du coup, j’étais obligée d’aimer ça ! » Nous les suivons direction Boulogne pour une garden party VIP et hebdomadaire. En arrivant devant les jardins de Bagatelle, on a l’impression d’assister à une réunion de groupies de MGMT habitant Neuilly. Oh,un intrus ! Patrick Bruel himself, le pas mal assuré, sort de la boîte seul à seulement 00h30. De la hippie chic au mec psyché portant baggy et manteau léopard,tout le monde semble dégouliner de béatitude, qui s’appellerait peut-être MDMA.Robin,lui, ne dégouline que de sueur. Il veut poser en photo avec moi.Vingt minutes plus tard, il me demande si je veux coucher avec lui. Je décide de l’éviter pour toujours et de rentrer chez moi, laissant au loin ses mannequins de l’Est dansant parmi des milliardaires et des kids de Châtelet sur du Daft Punk.

JOUR 7_«MES SOIRÉES SONT TRÈS CHAUDES»

Sur Facebook, je décortique tous les « groupes » où l’on trouverait les mots « échangisme », « fuck friend », « soirées très privées » avant de réaliser que la plupart sont des « fakes » et que les événements prévus ne sont que purs fantasmes élaborés par des inscrits désirant dépasser le millier d’amis. Et ce n’est pas Roman Payne qui me contredira.

Cet écrivain américain de 31 ans exilé en France publie beaucoup de romans qu’on ne trouve nulle part, sauf sur son site. Son débit de franglais et ses rappellent un Jean Claude Van Damme qui ferait tomber les filles de la rive gauche : « Je profite de Facebook pour garder une communauté proche et intime dans le chaos d’une ville peuplée de millions d’habitants. Facebook aide à garder cette illusion que Paris est une petite ville. Je n’utilise pas Internet pour les rencontres amoureuses qui se déroulent en soirée. » En effet, les befores que Roman organise au Mécène lui permettent de rouler des pelles à plus de quatre filles en moins d’une heure : « Je suis bon vivant et plutôt voyou, concède notre romancier qui concède ne pas avoir encore atteint son but. Mes soirées sont très chaudes mais pas encore assez libertines. Tu sais, je travaille dur pour repousser les frontières.

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Au Mécène, j’essaie de créer une ambiance aguicheuse qui aiderait les invités à se lâcher.Je me souviens d’avoir entendu parler très jeune de Paris comme d’une ville sexuelle et charnelle.Aux Etats-Unis, nous romançons Paris comme le fief du libertinage. Je ferai de mon mieux pour aider Paris à garder sa réputation. » Après une semaine d’enquête sur le potentiel cul du sixième site Internet le plus visité au monde, j’ai plein d’amis libertins mais je n’ai pas connu de plans sexuels hors du commun. C’est déjà ça mais, pour participer à un nouveau summer of love sur le site n°1 du réseau social, il faudra encore attendre un peu.

LAUREEN LANGENDORFF