Buvette : « Je fais du faux reggae »

Cédric Streuli (Buvette) et Nicolas Villebrun au Baleapop. Photo Manon Boulart

Avec Elasticity, son quatrième album sorti chez Pan European, le Franco-Suisse lâche les boîtes à rythmes pour développer une esthétique plus instrumentale : perché à la Moondog, ce n’est ni du rap gogol, ni de l’électro toc. Faut-il le croire quand il dit faire du faux reggae ?

Entre la France et la Suisse, on te voit partout sur scène avec plusieurs musiciens.
Buvette est devenu un projet collectif ?
À la base, c’est né comme un projet très solo. J’étais batteur dans un groupe (The Mondrians) mais il m’arrivait d’avoir envie de dire autre chose, de faire plus que de la batterie. Donc j’ai acheté un peu de matos – presets, synthés, boîtes à rythmes – et j’ai expérimenté d’autres esthétiques, tout seul dans ma chambre. Ça m’a amené à réaliser mes trois premiers disques en tant que Buvette. Pour ce dernier album, j’ai voulu m’entourer d’un groupe parce que c’est une musique différente. Après 7 ans, je reviens finalement à ce format que j’avais quitté. Aujourd’hui, Buvette est donc un groupe, mais dans deux ans, je serai peut-être à nouveau seul, ou bien nous serons 10 sur scène, je ne sais pas.

Qu’est-ce qui a changé avec Elasticity ?
Essentiellement le processus créatif. J’ai toujours fait de la musique de manière solitaire, dans mon studio à la montagne. Le travail sur Elasticity était beaucoup plus collectif : les gens allaient et venaient en permanence au studio, il y a eu beaucoup d’échanges avec les musiciens que j’ai invités à jouer, et je pense que ça se ressent sur la musique. Ensuite, la grande différence, c’est que tous les instruments enregistrés sont vrais. Sur mes anciens albums, j’utilisais surtout des synthés, mais je n’arrivais pas à retranscrire tout ce que j’avais dans la tête avec des machines, parce que je ne lis jamais les modes d’emploi jusqu’au bout. Avec une vraie batterie, c’est phénoménal, j’arrive à exprimer tout ce que je veux. Pour autant, je continue de travailler comme avant, de façon empirique : un rythme en appelle un autre, et ça finit par composer un morceau. Je n’ai jamais fait de solfège donc je crée à l’oreille et au feeling.

Franchement, on n’arrive pas à classer ta musique dans une catégorie. Tu la définis
comment ?
C’est une question difficile. Je pense que c’est de la pop, à travers plein de paires d’yeux différentes. De la pop dub, du faux reggae, mélangé à de l’afro-beat et du rap sans rap ! Il n’y a pas de frontière. J’écoute énormément de genres musicaux depuis que je suis tout petit, et je n’aurais plus envie de jouer si je devais d’un coup être étiqueté « le mec qui fait de la new wave pop ».

C’est quoi un bon live pour toi ?
C’est celui que tu ne peux pas prédire. Le défi, c’est que tu as une heure pour définir ta musique, donc forcément tu te prépares un peu. Mais personnellement j’aime beaucoup garder des zones d’accident et d’improvisation. J’adore l’idée d’être dépendant de facteurs totalement extérieurs. Ça reflète quelque chose de très important dans ma manière de faire de la musique : beaucoup de choses dépendent du moment, du lieu, et du hasard. Parfois ça marche, parfois c’est horrible !

Toi qui organises aussi Hautes Fréquences en Suisse, à quoi juges-tu un bon festival ?
Il faut que ce soit pas cher, que le line-up soit surprenant et que la qualité de l’expérience musicale importe plus que l’impératif de se faire de la thune au nom de je ne sais quelle marque de bière ou d’assurance. Ce que j’aime avec Hautes Fréquences, c’est amener des gens dont je connais les goûts musicaux et tout à coup les surprendre. Ils s’attendent à un concert de funk, et hop ! à partir du troisième morceau ça devient super violent !

À quoi ressemblera le prochain disque de Buvette ?
Je ne sais pas encore. Mais en ce moment, je travaille aussi sur la musique d’un documentaire français. La bande-son influencera les images et vice versa. En plus de ça, je suis en train d’inviter d’autres musiciens à faire des remixes des morceaux d’Elasticity. J’adorerais que Don Carlos, la légende du reggae, toaste librement sur « Room Without a View ». Aucune porte ne doit se fermer, jamais. Je me réjouis du morceau qui alliera yodel, dub et techno. Il faut que la musique ne soit jamais figée mais toujours en renouvellement et en interrogation. Que l’auditeur réalise au dernier moment : « Mais en fait vous venez de jouer “Say My Name” en mode noise ! »

 

Interview réalisée le 28 août au festival Baleapop (Saint-Jean de Luz).

Entretien : Sarah Diep
Photo : Cédric Streuli (Buvette) et son guitariste Nicolas Villebrun, super heureux de jouer au Baleapop, sous le flash de Manon Boulart.




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