Ben Brooks, le salle gosse du teen novel

Ben Brooks

Le nouveau sale gosse de la littérature anglaise réussit un teen novel cruel, sale et juste, n’ayant pas grand rapport avec les bouquins de L’Ecole des loisirs.

 

C’est sûrement un petit con. En l’espèce, il s’agirait plutôt d’une qualité. Voilà ce que l’on pense, dès les premières pages de La Nuit, nous grandissons (en V.O. Grow up ), premier roman agaçant et (surtout) stimulant de Ben Brooks. Sensation de la scène littéraire britannique récente, ce garçon au look calculé, natif de Gloucestershire, avait tout juste 19 ans, en 2011, lorsque parut cette véritable petite bombe – qui a dû faire tousser plus d’un de ses anciens profs. Depuis, il a enchaîné les ouvrages, avec plus ou moins de succès – notamment Lolito , relecture « MILF and toyboy » du classique de Nabokov. Une tête à claques, Ben Brooks ? La réponse est dans la question, mais ce sale gosse à la Harmony Korine vaut mieux que ce cliché, tant ses premiers pas – aujourd’hui traduits – montrent quelque chose de moins immature qu’on ne l’imagine, de plus abrasif sur des éléments tant de fois nunuchisés.

Branlette à la chaussette

On le sait depuis le collège : on n’est pas sérieux quand on a 17 ans, tout ça. Jasper James Wolf ne déroge pas à la règle, avec ses « cheveux magnifiques » , ses « beaux yeux » et son « esprit qui surpasse celui de Stephen Fry » . A la maison, c’est l’enfer, car cet aspirant-écrivain est convaincu que le nouveau mec de sa mère, Keith, est un assassin – et va tout faire pour le prouver, avec des théories et preuves plus ou moins fumeuses. Pour contrer ses insomnies, Jasper le loup clique sur des sites style www.girlsoncam.com, pour une branlette gratos (si possible dans une chaussette de son pseudo-beau-père)  – « Internet a du bon, parce qu’on peut y mater du porno gratuitement, mais le revers de la médaille, c’est qu’on peut y acheter des fringues racistes » . Il en sait quelque chose, lui, le fier propriétaire d’un T-shirt à l’effigie du Ku Klux Klan… Ce pur rejeton de la classe moyenne a d’ailleurs besoin de se changer les idées – avec sa meilleure amie Tenaya – dans des teufs sans Fanta, au moment où une certaine Abby Hall affirme qu’elle est enceinte de lui et où une camarade du lycée se suicide à cause d’une vidéo où elle s’amusait avec une batte de base-ball. Au fait, Jasper réussira-t-il à conquérir le cœur (façon de parler) de la trop bonne Georgia ? S’il y a bien des facilités et tics dans La Nuit, nous grandissons, l’énergie de l’écriture, la justesse des situations et l’âpreté psychologique font de ce portrait d’un monstre cynique, cruel et plus sensible qu’il n’y paraît un ouvrage fascinant, cent coudées au-dessus du lot commun du teen novel. Et comment peut-on être méchant avec un roman qui utilise en bande-son la playlist de la BBC Radio 4 ?

La Nuit, nous grandissons (La Belle colère, 270 pages, 19€)
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BAPTISTE LIGER


Paru dans Technikart #201, mai 2016
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