Anastasia Colosimo : « On ne combat pas le terrorisme avec des hashtags »

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ESSAYISTE BATAILLEUSE

Depuis le 7 janvier 2015, l’air est chargé. «Un choc électrique terrible. Après Charlie Hebdo, j’ai pensé que les chercheurs devaient reprendre leur place dans l’espace public », déclare Anastasia Colosimo. Son père est éditeur, sa mère exilée russe d’une famille proche de Soljenitsyne. À 26 ans, la belle a un cursus long comme le bras. Science Po Paris, première année de thèse à Columbia, diplômée en Criminologie de l’université d’Assas. Pendant que les jeunes de son âge se tabassent la tête à la bière coupée, elle n’a qu’une obsession: la théologie politique.
Résultat, un an après les attentats de janvier, Anastasia Colosimo dégaine Les Bûchers de la liberté, un essai enflammé au titre qui ne rigole pas. L’histoire du blasphème – sujet indigeste au premier abord – éclaire le rapport de la France avec la liberté d’expression. Une démonstration qui vise également le système judiciaire français et ses lois mémorielles, alimentant, c’est l’une de ses pistes, les crispations communautaires depuis quarante ans. Un cercle vicieux. « Au moment du procès de 2007 de Charlie Hebdo, très peu de musulmans connaissaient ce journal. Sa conséquence sera de donner l’impression que tous les musulmans portaient plainte contre Charlie Hebdo. »

GUERRE CIVILE LATENTE

Née une deuxième fois dans les cris des attentats, la prof de  théologie politique va plus loin: « Personnellement, j’ai beaucoup de mal avec une génération de trentenaires parisiens qui a décidé qu’on allait combattre le terrorisme avec des fleurs et des hashtags. Je ne suis pas sûre que ce soit la solution. Il y a des épreuves de l’Histoire qui nous attendent et il faut y faire face de manière digne. » Presque gênée, elle poursuit : « Le fanatisme auquel nous faisons face n’est pas une transcendance, mais un matérialisme historique déguisé en religion. Il faut un projet assez unificateur pour à la fois combattre ces échappées vers les extrémismes et ne pas être dissous dans la mondialisation. Il faut réparer la machine républicaine et faire comprendre aux gens que l’intégration dans la République est peut-être le meilleur rempart à la dissolution dans la mondialisation. En ce qui concerne la question religieuse, elle est arrivée sur un terrain favorable de très grand désespoir social. Parmi tous les salafistes, il n’y a pas que des djihadistes, mais aussi des musulmans extrêmement pieux, souvent d’anciens délinquants à qui on a dit qu’il fallait respecter sa femme, ne pas boire, être poli. On leur a donné un cadre. »

Intello prête à servir l’Etat, Anastasia Colosimo continue ses recherches et prépare les concours administratifs. De quoi incarner la future élite politique ? « Nous sommes entrés dans une guerre civile latente de plus en plus évidente, quotidienne et complexe. Mais j’ai de l’espoir. D’un point de vue international, nous n’avons jamais vraiment connu de période heureuse. Je suis née après la chute du mur de Berlin, on n’est pas du tout une génération idéologique. On s’est plutôt confronté au réel depuis le début. Après, il faut que cette génération, mollement bourgeoise, se réveille un peu, et qu’elle soit prête à faire la guerre s’il le faut. »

 

DATES CLÉ

1990 Naissance à Paris d’un père éditeur, essayiste et professeur de théologie orthodoxe, et d’une mère russe ayant quitté son pays en 1972 pour les États-Unis.
2001 Le 11 septembre, premier choc politique pour Anastasia Colosimo.
2016 Publie en janvier Les Bûchers de la liberté (Stock) sur les lois mémorielles et la liberté d’expression.

PAR JULIEN DOMÈCE
PHOTO CHARLÉLIE MARANGÉ




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