Alain Chamfort : « Je suis un prince noir de la chanson ? »

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Notre dandy préféré sort un nouvel album.
 Sa pop est toujours aussi sophistiquée, et il se foule toujours autant pour les titres. Demandez le long-player Alain Chamfort chez votre disquaire préféré.

En lisant la presse, on apprend que tu serais le « prince noir de la chanson française ». Ça veut dire quoi exactement ?
Je suis un prince noir de la chanson ? Pourquoi pas. C’est assez flatteur, mais je n’en tiens pas compte. Au bout d’un certain nombre d’années à sévir dans un même domaine, tu finis par tracer un parcours qui prend sens avec le temps. Voilà ce que je comprends !

Beaucoup d’artistes que tu fréquentais à tes débuts dans les années 60 se contentent aujourd’hui de sortir des compiles ou d’enregistrer des duos avec la jeune génération. Quel regard portes-tu sur eux aujourd’hui ?
Celui que j’ai le mieux connu, Dutronc,
 est resté un peu un loup solitaire. Lui comme Johnny n’ont jamais fréquenté la
 « bande » des Restos du cœur, etc. Le fait d’accompagner Dutronc à ses débuts m’a initié à la vie des tournées : la liberté totale, une fiancée dans chaque ville, un truc complètement délirant… Grâce à lui, toutes les portes nous étaient ouvertes, on passait notre vie chez Castel. On fréquentait des lieux et des univers sociaux très différents ; Jacques avait la capacité de séduire des gens totalement différents.

On voit bien le tableau d’ici, Dutronc et toi, en plein succès, livrés à vous-mêmes dans la France des années 66-67…
Comment dire… C’était quand même la période pré-sida. Et quand au début des années 80 les premières manifestations de la maladie sont apparues, ça a jeté un froid. Toutes ces fêtes se sont arrêtées brutalement. Mais jusqu’au début des années 80, rien n’était impossible, et la notion de fête était indispensable avec tous les excès que ça impliquait. Mais quand on a vu tous les copains qui y laissaient leur peau, c’est devenu assez terrifiant, car ça tournait à l’hécatombe. D’un seul coup, une page s’est tournée avec beaucoup de dégâts, beaucoup de tristesse.

Revenons au présent. Tu travailles de nouveau avec le parolier Jacques Duvall. Pourquoi vous étiez-vous séparés pendant une dizaine d’années ?
Il était en souffrance, il entamait des années de dépression et manquait d’inspiration pour terminer l’écriture de deux chansons. C’est là où j’ai demandé à Michel Houellebecq de m’écrire deux textes (pour l’album Le Plaisir en 2003, ndlr.) Mais entre temps, Jacques a retrouvé un peu de vitalité. Je pense que le fait que Michel vienne sur son terrain a dû y contribuer…

Tu représentes un peu l’éternel séducteur, et ça a été omniprésent dans ton travail. Mais sur ton dernier album, on a remarqué une sorte de désenchantement, quelque chose de résigné dans ton rapport aux femmes.
Il y a une incompatibilité totale de l’homme et de la femme, c’est ce qui nous attire et c’est ce qui fait que cela ne peut jamais bien se passer… Alors on tente de s’adapter, mais en réalité, c’est compliqué. On a souhaité qu’il y ait des normes, et ces normes en surface étaient soi-disant respectées, mais la famille à toujours été extrêmement bancale : le mec avait sa maîtresse, la femme finissait souvent par se trouver quelqu’un pour lui tenir compagnie, et tout ça en façade continuait de présenter une espèce de construction harmonieuse. Aujourd’hui dans une classe normale, on a l’impression que 80 % des enfants vivent dans des familles recomposées. Je pense qu’on est au début d’un système où la famille recomposée va peut être se recomposer 3, 4 voire 5 fois. On est dans une quête d’individualisme pour trouver son propre plaisir, son propre épanouissement avant de mourir.

C’est gai dis donc ! On avait presque oublié de parler de ton nouvel album. Un mot de promo ?
Un ami m’a présenté Frédéric Lo, qui a entre autres réalisé le Crèvecœur de Daniel Darc. Il avait un studio et pouvait m’aider. Je lui ai enregistré les quelques idées musicales que j’avais, et trois jours après, il me faisait écouter ce qu’il avait fait dessus. On a avancé comme ça sur trois, quatre titres puis on est allés voir Duvall. Dès qu’on a eu ses textes, j’ai commencé à mettre des voix et à chanter. On a fini par faire onze titres assez rapidement, et l’album a été enregistré dans la foulée. Voilà !

                                                                                              ENTRETIEN CYRILLE TROUBETZKOY

Alain Chamfort en concert, au Festival des Francofolies le 14 juillet.




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