24 heures à New York City

New-York2

La romancière Fleur Zieleskiewicz, notre envoyée spéciale à la Grosse Pomme cet hiver, nous envoie ce petit mot pour nous détailler tout ce qu’on peut y faire en 24 heures.

EVENING
EveningLa Soho House, c’est un peu comme le Fight Club : ce qui s’y passe y reste. Disons que j’y ai rejoint un ami, que j’y ai vu des gens crawler en longueur dans la piscine extérieure chauffée, que j’y ai bu un cocktail aussi délicat que pimenté, que c’est pareil qu’à Londres mais qu’on ne peut pas comparer. Je porte un bonnet cache-oreilles, une écharpe, des gants doublés Thinsulate, une micro-doudoune Uniqlo sous un gros manteau, je redescends par Broadway à pieds, c’est la nuit. Il fait facile moins dix degrés, le vent devrait d’ici peu m’arracher le nez. Dans mon dos l’Empire State, la Liberty Tower rebaptisée World Trade par ses intimes joue l’étoile polaire…
Je m’arrête dans un Duane Reade, je traine un long moment au sous-sol devant les vitamines et les
médicaments, j’achète 200 tablettes d’Ibuprofène, des gouttes de Vizine, des raisins enrobés de chocolat noir, des Trident et des Altoid à la cannelle, du Blistex, du Carmex et des Reese. Je tourne sur East Houston, j’ai faim. L’odeur de New York, fumée et saupoudrée de sucre glace donne envie de manger. Je pickup une corn soup brûlante et un demi sandwich pastrami chez Katz’s ; il reste des Blue Moon au frigo. Je monte cinq volées de marches très raides, dépasse quatre paliers et me retrouve au 6ème. L’immeuble propret sent la weed à plein nez. Je déverrouille la porte comme si je voulais la fermer. L’appartement cosy est surchauffé. Je mange en regardant un late show à la télé, j’enjambe lafenêtre à guillotine pour griller une cigarette sur les escaliers gelés de la sortie de secours, des filles passent sous moi dans la rue, elles parlent fort, gloussent, leurs voix suraïgues brisent le froid et font oublier le ronron de la circulation, les coups de klaxon, l’éternelle sirène d’une ambulance ou d’un camion rouge de pompiers au loin.

MORNING
Je me réveille un peu tôt, j’allume la gazinière pour faire chauffer l’eau de la bouilloire : il y a toujours une bouilloire sur la gazinière à New York, on s’y réveille toujours plus tôt. Je me glisse dans les draps très doux, cale trois oreillers parfaits dans mon dos, prends un premier café en geekant : les lits sont toujours plus moelleux, les oreillers plus nombreux, les draps en coton égyptien cinq fils plus doux à New York. Je prends ma douche dans une petite baignoire cachée derrière un rideau, je ne me fais plus surprendre par le jet d’eau, le Docteur Bronner’s Magic Soap est parfumé à l’eucalyptus.
Dehors, des gens fittés rentrent déjà de « leur » gym, de la vapeur s’échappe de leur bouche, de Morningl’opercule de mon café bouillant à emporter, des plaques d’égout aussi.
En attendant qu’Urban Outfitters ouvre, je traine au Whole Food. La Grande Epicerie, à Paris, c’est rien à côté : plus de fruits, plus de légumes, plus de graines, plus de chips de kale. Tout ça, ça me fait rêver. Je décide finalement d’aller au ciné. La séance de midi au Sunshine était chouette. Les fauteuils sont plus larges, les seaux de pop corn plus grands. Le ciel est très bleu, l’air frappé fouette mes tibias. J’ai faim, je mange un hot dog en marchant. J’ai froid, je rentre chez Ricky’s acheter des conneries et des shampooings. J’ai faim, je mange un empanadas. J’ai froid, je profite du wifi sur le canapé d’Urban Outfitters, j’achète une bougie parfumée qu’on ne trouve pas en France. J’ai faim, je mange un yaourt glacé toppé d’éclats d’Oréo. J’ai froid, je prends un expresso chez McNally Jackson, j’achète le bouquin de Patti Smith. Je n’ai plus faim mais j’ai toujours froid : je monte à l’appart’ enfiler un jean et préparer mes bagages.

DEPARTURE
DepartureJe commande un Uber, laisse un petit mot sympa et les clés à mes hôtes. Je claque la porte derrière moi. Depuis qu’elle est maman, ma copine habite Red Hook. Je prends la navette au Wall Street’s Pier 11. « Rejoins-moi chez Ikea, c’est plus simple… », m’a-t-elle dit. Je pars en croisière sur un bateau jaune et bleu. On récupère son fils dans la piscine de boules, elle a acheté des bougies chauffe-plat. La nuit tombe, on se balade au bord de l’eau vers Van Brunt Street, l’air sent divinement bon, il est plus doux, iodé. Le petit qui court parle mi-français, mi-anglais. Au loin se dessinent Manhattan et la Statue de la Liberté. On passe faire deux-trois courses au supermarché. Elle m’appelle un chauffeur, négocie le tarif
pour JFK.
L’enregistrement est fluide, ma valise part en soute, mon billet me donne accès à une voie prioritaire. J’enlève mes chaussures, ma veste, je n’ai pas de bouteille d’eau sur moi, mon ordinateur est chargé ; je passe sans problème les portiques de sécurité.
J’achète de la vodka Belvédère et des American Spirit bleues pas chers au duty free.
Il est vingt heures. Je me pause au Sammy’s Beach Bar and Grill. Je commande une bière et des nachos avant de rejoindre mon siège dans l’avion. Je n’écoute pas l’hôtesse de l’air et garde mon casque sur les oreilles au moment du décollage. Quand l’avion s’envole, j’écoute Téléphone ou Sinatra, un truc qui parle de New York.

FLEUR ZIELESKIEWICZ


Technikart #197

TECHNIKART-197




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