Zineb El Rhazoui : « L’islamophobie est une escroquerie intellectuelle »

ZER

Décriée aussi bien par ses anciens collègues de Charlie Hebdo que par les apologistes de l’islamisme, la journaliste franco-marocaine donne la parole, dans son nouveau livre, 13, aux rescapés du Bataclan. Rencontre.

 

Rendez-vous avec la « femme la plus recherchée de France» dans un endroit qu’on ne citera pas pour cause de sécurité. Près de l’entrée de l’édifice, deux voitures banalisées mais aux vitres opaques. Ce que l’on présume être un agent en sort, nous scrute pour vérifier que « tout est ok ». À l’intérieur, Zineb El Rhazoui, 34 ans, nous accueille vêtue d’une blouse noire de type orientale assez ample. Aventureux mais fébrile (il est toujours risqué de poser ce genre de question à une jeune femme quand la réponse est non), on s’enquiert: « Vous êtes enceinte ? » Ouf! C’est oui. Zineb paraît calme, sereine mais déterminée. Aux antipodes, en tout cas, de la fille qui démarrait au quart de tour quand elle eut maille à partir avec la direction de Charlie-Hebdo voici quelques mois. Quand celle-ci lui avait stipulé un entretien préalable avant licenciement. L’affaire ayant fuité, le litige fut vaguement réglé. Bref…

Ce qui compte aujourd’hui c’est la sortie de 13 aux éditions Ring. Ou quand la rescapée des attentats de Charlie-Hebdo part à la rencontre de 13 rescapés des attentats du 13 novembre pour en tirer 13 témoignages saisissants. « Je voulais graver ces témoignages dans le marbre. Car les attentats surgissent et après la vague de stupeur et d’émotion, la vie continue et on finit par oublier, invariablement. » Un livre qui démarre sur l’exergue du verset 29, sourate de la Tawba – le repentir en forme d’avertissement aux musulmans non-croyants ou libres penseurs: « Combattez ceux qui ne croient ni en Allah, ni au jour dernier, qui n’interdisent pas ce qu’Allah et Son messager ont interdit et qui ne professent pas la religion de Vérité, parmi ceux qui ont reçu le Livre, jusqu’à ce qu’ils versent la capitation de leurs propres mains, en état d’humiliation. » Le ton est donné. Extrait >>>

(…) Cette notion d’islamophobie somme toute récente, comment l’analysez-vous ?
Dans « islamophobie » il y a «phobie », qui veut dire dire «peur irrationnelle ». J’avoue, oui, j’ai peur que l’islam régisse la Cité par une application totale ou partielle de la charia. Mais ne nous y trompons pas : l’islamophobie est une escroquerie intellectuelle en direction de l’Occident et qui se veut un frère jumeau de la notion d’antisémitisme. En Europe, l’antisémitisme est quelque chose de concret qui a existé dans l’histoire et s’est traduit par des lois. Or, l’islamophobie est uniquement un outil intellectuel qui consiste à faire taire ceux que l’on ne peut pas faire taire par des moyens coercitifs en les accusant de racisme. Pourquoi précisément ? Parce que le racisme en France, par exemple, n’est pas une opinion mais un délit. Résultat, aujourd’hui la notion d’islamophobie, cette imposture intellectuelle en forme de piège dans lequel sont tombés des gens de gauche ou bien-pensants, est entrée dans le Larousse avec cette définition: « Hostilité envers l’islam, les musulmans. » C’est tragique.

D’autant que ce mot trouve son origine dans la révolution islamique iranienne et servait alors à qualifier les contre-révolutionnaires.
Exactement, et ce mot est aujourd’hui adoubé en Occident. Cette notion a également été adoptée par le Conseil de l’Europe, d’où un un vrai problème : on ne fait plus la distinction entre ce que sont les personnes intrinsèquement et la critique des idées. Si l’hostilité envers l’islam était la même chose que l’hostilité envers les musulmans, alors la critique de l’islam serait interdite de facto puisque jugée raciste. Ceux qui promeuvent la notion d’islamophobie avec le soutien des idiots utiles de l’antiracisme fournissent des armes aux islamistes et véhiculent un discours finalement raciste ou, en tout cas, une sorte de paternalisme envers une communauté qu’on appelle « les musulmans » – mot qui a remplacé « arabes » d’ailleurs. Affirmer que cette religion là serait exempte de toutes critiques et que, attention: « C’est une religion de paix et d’amour et qu’il ne faut surtout pas y toucher », ça veut dire que les arabes sont congénitalement condamnés à être régis par leurs coutumes. N’est-ce pas cela le racisme ?

Vous êtes née au Maroc, vous y avez passé une bonne partie de votre vie. Comment était le Maroc de votre enfance vis-à-vis du fait religieux?
Je suis issue de la classe moyenne marocaine, mon père était mécanicien à Royal Air Maroc et ma mère femme au foyer. Ce n’était pas un Maroc encore gangréné par l’islamisme, même si le régime a toujours été une théocratie : je suis née dans le Maroc d’Hassan II, commandeur des croyants, dont les lois étaient inspirées par la charia. Je suis allée à l’école où l’enseignement de la religion était obligatoire, mais les femmes ne portaient pas de voile, enfin pas celui qu’on connaît aujourd’hui. Il est apparu dans les années 80 avec certaines filles des milieux universitaires des grandes villes proches des organisations islamistes naissantes. Quand elles marchaient dans la rue voilées, les mecs les abordaient: « Ah tu sors du hammam ? », car lorsqu’on sortait des bains publics, on se couvrait les cheveux pour ne pas attraper froid. J’ai pu observer de près l’évolution de ce pays qui n’est pas le pire dans son genre, mais le fait est que la radicalisation montait peu à peu. À l’époque, on pouvait porter une jupe et utiliser les transports en commun, aujourd’hui seules les femmes qui possèdent une voiture peuvent s’habiller relativement comme elles le veulent.

Molenbeek, qui fait beaucoup parler d’elle ces derniers temps, est surnommée « le petit Maroc ». Vous avez connu cette ville ?
Il faut savoir que la plus grande communauté marocaine à l’étranger se situe en Belgique et notamment à Molenbeek. J’ai séjourné courant 2012 dans une partie de la ville très mal famée. Paradoxalement, quand je croisais des salafistes, je me sentais en sécurité car je me disais : « Au moins, ces mecs-là ne vont pas me taxer un portefeuille… » Les potes chez qui j’habitais me disaient: « Tu as été au marché du jeudi, c’est carrément comme au bled », avec en bonus, la revendication identitaire qui n’existait pas au bled. Molenbeek était connue comme un ghetto identitaire où les tenants d’un islam radical se permettaient d’harceler les femmes, d’imposer les voiles sur les marchés. Une Marocaine qui allume une cigarette au marché de Molenbeek, tu oublies tout de suite ! Par la suite, il y a eu ce petit film belge qui traitait du harcèlement sexuel en partie tourné à Molenbeek, qui démontrait que l’on se situait dans une «no go zone » où la loi phallocrate primait. Avant, je me souviens aussi du groupe Charia for Belgium qui montrait des milices de mecs non armés. Ils interpellaient les musulmans rue de Brabant – haut-lieu de la prostitution bruxelloise – pour les empêcher d’aller aux putes. Bon, je précise que je suis contre le fait d’aller aux putes mais pas seulement pour les musulmans, hein? On a laissé pourrir cette ville du fait d’un vrai paternalisme voire de manœuvres électoralistes façonnées par la mairie précédente. Paradoxalement, on parle sans cesse d’intégration mais comment voulez-vous intégrer un mec qui souhaite vivre comme un bédouin d’il y a seize siècles? Désolée, mais il n’est pas intégrable. (…) … L’intégralité de l’entretien dans le Technikart #200 du mois d’avril 2016

ENTRETIEN SYLVAIN MONIER


Technikart #200, avril 2016

Technikart-200




Il y a 2 commentaires

Ajoutez le vôtre
  1. tony

    j’adore cette femme. Courageuse, intelligente et belle de surcroit. Elle a des couilles comme des melons. Nos politiciens français sont des lavettes comparées à cette grande résistante moderne !

  2. Roxy

    Une femme courageuse de plus à classer dans notre liste de libératrices et libérateurs de la folie humaine. Malheureusement, les politiciens et la quasi totalité des médias traditionnels nous enfoncent un peu plus chaque jour n’ayant pas, semble-t’il et c’est très étrange, prit conscience de la pandémie.


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