YAS THEY CAN

Paru dans le numéro 130 de Technikart – 19/02/2009

« ARABOLOGY » LE DISQUE QUI VA BOUSCULER LA CARTE POP
Et si la pop culture, au bout du rouleau, jouait un tour à l’Occident ? YAS, l’explosif projet électro de l’Afghan Mirwais et de la Libanaise Yasmine, ose une nouvelle géopolitique musicale. L’arabe va-t-il secouer la pop ?

Dans le monde hystéro de la pop music, empli ras-la-poubelle de produits qui crient désespérément « A chetez-moi ! », Mirwais compose à son rythme, discrètement. Il enregistre depuis trente ans, n’a signé que deux albums sous son nom – le reste, tout aussi parcimonieux, c’était pour son premier groupe, Taxi Girl, ou pour Juliette & les Indépendants, ou pour Madonna. Pourquoi ne produit-il pas plus ? « Ça ne m’intéresse pas de sortir un disque pour sortir un disque. Même si c’est un bon album, avec des bonnes chansons, je cherche autre chose. »

Sur quoi planche-t-il depuis trois ans ? Sur YAS. Un projet avec la Libanaise Yasmine Hamdan. Un projet différent. Une attaque esthétique. En quoi est-il impossible de confondre leur album Arabology avec ceux de Santogold et de Lily Allen ? L’idiome utilisé n’est pas le même. Yasmine chante dans sa langue maternelle. L’arabe. Ce n’est pas un détail pour nous, et pour la pop music, ça veut dire beaucoup.

 

LA POP MUSIC, UN TÉMOIN
Si la pop music était un merguez-frites, on constaterait qu’elle manque de plus en plus de harissa. Voire de merguez. Elle est passionnante quand elle nous connecte au monde, aux hommes, à notre époque, quand elle reflète un présent, un lieu. Les remous géopolitiques les plus déterminants du XXIe siècle ? Ceux localisés au Moyen-Orient. La pop, elle, reste désespérément occidentale.
Apparue après-guerre, elle a tout de suite témoigné. Elvis nous décrit le temps venu du flirt, de la danse et de l’éclate. Les Beatles et les Stones montrent des 60’s libératrices et libérées, la lutte pour un monde plus coloré, plus fou. Marvin Gaye, David Bowie, le glam, la disco, le punk, toutes ces musiques révèlent l’évolution sociologique de l’Occident des années 70. La décennie suivante ? Material Girl, Madonna. Mais depuis vingt-cinq ans, avec Michael Jackson, Nirvana, Eminem, Marilyn Manson, Britney Spears, Amy Winehouse, la pop ne nous donne pas des nouvelles très rassurantes de l’Occident.

ARABE ET POP
Si le rideau de fer a cédé, c’est aussi parce que le bloc communiste n’offrait pas de rêve pop à sa jeunesse. Aujourd’hui, ce rêve tourne à vide. A Brooklyn, Manchester, Paris, Berlin et Stockholm, il s’enregistre toujours de très beaux disques. Mais que nous disent-ils sur le monde actuel ?
En chantant dans cette langue que nous ne comprenons pas, l’arabe, via ce dialecte finalement universel, la pop, YAS nous parle vraiment de notre société contemporaine. Pointu et grand public, arabe et occidental, Arabology, qui sortira en avril, n’est pas qu’un tournant dans l’histoire de la pop culture. C’est aussi un album sublime. Electro-pop the Casbah !

YASMINE, C’EST COMMENT DE TRAVAILLER AVEC MIRWAIS, D’ARRIVER DANS LA CONTINUITÉ DE DANIEL DARC ET DE MADONNA ?
Yasmine : Notre collaboration ? Un enfer total.
Mirwais : Dans les deux sens. Il a fallu qu’on s’accorde, parce que musicalement, on n’était pas sur la même longueur d’onde.
Yasmine : Mirwais est quelqu’un de très généreux, très instinctif, mais qui a besoin de tout contrôler. Il y avait un désir musical, fort et partagé. Après, il y a la communication… On a eu pas mal de tensions et de clashes.

COMMENT VOUS ÊTES-VOUS RENCONTRÉS ?
Yasmine :Via mon copain, le réalisateur Elia Suleiman, qui avait utilisé la musique de Mirwais dans son film Sous influence divine. Mirwais l’avait invité à un show de Madonna à Bercy, auquel je suis venue.

QU’EST-CE QUI VOUS A RÉUNI, ARTISTIQUEMENT ? QUELLE EST L’IDÉE DIRECTRICE DERRIÈRE YAS ?
Mirwais : L’arabe. C’est ce que j’ai aimé, ce qui m’a convaincu quand j’ai écouté ses maquettes, sa voix, son chant en arabe.
Yasmine : Avec mon ancien groupe, Soapkills, j’ai chanté quel ques titres en anglais. Ça ne me convenait pas. L’arabe, ça donne du sens à ce que je fais. C’est ce qui m’intéresse : expérimenter dans cette langue. J’aime la musique arabe, de la plus ancienne à la plus contemporaine. A l’intérieur de cette musique, il y a beaucoup de styles, beaucoup de pays, différents dialectes, différents accents, ça offre un large champ d’expérimentation.

TU ES LIBANAISE, NÉE À BEYROUTH…
Yasmine : Oui, en 1976. C’était la guerre, ma famille a fui. Mon père était ingénieur civil, j’ai deux sœurs. On a d’abord été à Al’ Ain, dans le désert, pas loin d’Abou Dhabi, aux Emirats Arabes. Mon père construisait des ponts, on habitait dans une caravane. Ensuite, on est revenus au Liban mais, avec l’invasion de 1982, on a de nouveau fui, en bateau, à Chypre. Dès qu’on revenait à Beyrouth, ça explosait et on repartait. J’ai vécu dans des pays où il n’y avait pratique-ment pas de musique. Au Koweït, par exemple, si tu tombes sur de la musique occidentale à la radio, tu ne sais pas d’où ça vient, où ils l’ont cherché. Mais quand j’étais ado, en Grèce, là j’ai découvert MTV, The Cure, et j’étais folle de Madonna. J’avais 12 ans, un tee-shirt Madonna, le stylo Madonna… Après, on est allés au Koweït, mais il y a eu l’invasion irakienne, alors on est retourné au Liban, où c’était la fin de la guerre, en 1990. J’y suis restée une dizaine d’années, avant de venir en France.

TOI, MIRWAIS, TU ES UN ITALO-AFGHAN NÉ EN SUISSE, TU PASSES TON ENFANCE DANS LE PAYS DE TON PÈRE, VOUS PARLEZ QUELLE LANGUE ?
Mirwais : L’Afghanistan n’est pas inclus dans le monde arabe, même si les Afghans comprennent la langue arabe. J’ai grandi en parlant le dialecte des Talibans, le pachto, qui concernait la plus grande ethnie.

TU COMPRENDS L’ARABE ?
Mirwais : Non, je pige rien à ce que chante Yasmine.
Yasmine : Il a passé deux ans sur un disque où il ne comprenait pas les paroles !

IL EXISTE DES CHANTEURS POPULAIRES AFGHANS ?
Mirwais : Ah, non non. Bon, sur place, certains doivent avoir une certaine renommée, comme des artistes pygmées chez eux, mais pas d’exportation possible. C’est du niveau musiciens pour mariages, ou très traditionnels. Mais la culture pop n’existe pas dans ce type de pays, qui restent des sanctuaires extrêmement imperméables aux modes.

LA POPULATION A QUAND MÊME ACCÈS AUX CHANTEURS POP INTERNATIONAUX ?
Mirwais : Quand j’y étais, enfant, oui, les Beatles étaient connus. Jusqu’à l’arrivée de Khomeiny en Iran en 1979, l’Afghanistan et le monde arabe en général – à part les Saoudiens et les émirats – allaient vers la modernisation. Il y avait des filles en minijupe à Kaboul dans les années 60, ce qui est impensable maintenant, totalement impensable ! La régression est évidente, depuis la guerre, en 1977. Avec l’arrivée de Khomeiny au pouvoir et la montée de l’islamisme, qui ne demandait qu’à se réveiller, le monde musulman est redevenu rigoriste. L’Afghanistan, ce petit pays pauvre où j’ai vécu, est à la base de tous les remous mondiaux contemporains. En gros, l’Afghanistan, c’était le Viêt-nam de l’URSS, ça a contribué à l’effondrement du bloc communiste. Et Ben Laden en a fait un sanctuaire, avec les Talibans qui sont arrivés. Al-Qaida, le terrorisme, tout ce qui s’est passé en Irak ensuite trouve sa source ici.
Yasmine : C’est aussi le premier pays exportateur d’héroïne…
Mirwais : Ils financent leurs guerres, avec aussi le commerce d’animaux rares.

TU RESTES ATTACHÉ À CE PAYS OÙ TU AS ENCORE DE LA FAMILLE ?
Mirwais : Non, c’est surtout dans ma tête. C’est quand même devenu un des pays les plus dangereux au monde. Si je vais me balader dans Kaboul, je me fais enlever au bout de dix minutes. Les otages occidentaux se monnayent chers.

VOTRE DISQUE, «ARABOLOGY», IL SE SITUE OÙ, GÉOGRAPHIQUEMENT ?
Mirwais : On part du vœu pieu de créer quelque chose qui n’a jamais été fait. Aller plus loin que la musique, intégrer dans la culture pop occidentale la langue arabe, qui est connotée soit exotique, soit agressive. Pour Arabology, je voulais une production intellectuelle.

C’EST-À-DIRE ?
Mirwais : Prenons la musique afro-américaine. Elle naît dans les champs de coton, le blues du Delta, puis les big bands, se développe avec Louis Armstrong, Duke Ellington, l’entertainment. Après la guerre, il y a le be-bop, Charlie Parker. Ça devenait très complexe comme musique. Les intellectuels occidentaux ont commencé à la reconnaître, avec Ornette Coleman, Coltrane, le free jazz. Parallèlement, il y a le rhythm and blues, la soul, la culture pop, le hip hop, une reconnaissance à la fois intellectuelle et populaire. Et on arrive à Obama. Mais pour quelque chose d’aussi important que la langue arabe, il n’y a aucune représentation. Ni intellectuelle, ni pop. Bien sûr, les orientalistes, dès le XIX e siècle, ont révélé à l’Occident la richesse de la culture arabe, mais aujourd’hui… Il y a quelque chose de résolument moderne qu’on ne peut pas réduire à des clichés, aux infos du JT, aux photos dans un magazine, à la danse du ventre… Cette langue est passionnante. Je voulais montrer qu’il ne faut pas en avoir peur, alors qu’elle est spéciale – quand Yasmine me parle en arabe, je me demande parfois si elle m’engueule. Il faut s’habituer à tout ça sans passer par le kitsch, les loukoums.

YASMINE, TU AS UNE CULTURE À LA FOIS POP ET ARABE. LES DEUX ONT-ILS DÉJÀ FUSIONNÉ ?
Yasmine : J’adore les grandes chanteuses arabes des années 50-60. Il existait alors dans les pays arabes une vraie modernité, une harmonie, une richesse culturelle qui découlaient d’une conférence, au Caire, dans les années 30, où les musiciens avaient établi un langage universel reposant sur la notation – auparavant, c’était encore oral. Il y a eu du chacha arabe, c’était authentique, pas une fusion. Mais la modernité des pays arabes a été stoppée par toutes les guerres…
Mirwais : La pop ne peut se développer que dans des régimes libéraux.

LES PAYS ARABES N’ONT PAS EU LEURS BEATLES, CONTRAIREMENT PAR EXEMPLE À L’AMÉRIQUE LATINE AVEC DES COURANTS COMME LE TROPICALISME AU BRÉSIL OU DE VRAIES POP STARS COMME CAETANO VELOSO ?
Yasmine : A la place, on a eu des dictatures.
Mirwais : Ce qui m’a intéressé pour Arabology, c’est l’uchronie. Partir de postulats tronqués, comme Philip K. Dick pour le Maître du haut château, avec des Etats-Unis dirigés par l’Allemagne et le Japon. Depuis une quinzaine d’année, je vis avec ce fantasme : et si les Beatles, et Dylan, l’explosion pop, n’avaient pas existé ? Comment vivrait-on ? Arabology correspond à ces réflexions. Notre clip du morceau Yaspop, c’est uchronique : on nous voit planter un drapeau symboliquement arabe sur la Lune, comme si la conquête spatiale des Américains et des Soviétiques avait échoué.

MAIS «ARABOLOGY» EST AUSSI LA PREUVE QUE LES BEATLES ONT EXISTÉ.
Mirwais : Je sais, c’est ma culture, mais cette uchronie marque mon rejet d’une certaine dégénérescence pop – tout ce qui découle de la culture MTV, le rock marchand… Dans l’industrie pop contemporaine totalement écrasée par les codes occidentaux, un tel disque en arabe, c’est une attaque frontale esthétique.

LA FORCE DE L’ESTHÉTIQUE, C’EST DE PRENDRE UNE DIMENSION POLITIQUE: YAS MONTRE AUX OCCIDENTAUX QUE LA LANGUE ARABE PEUT ÊTRE POP ET SEXY, ET AUX ARABES QUE LA POP EST UNE FORME DE LIBÉRATION…
Yasmine : C’est exactement ça. C’est l’ambition, le défi, le but. Comment vont réagir les gens à Beyrouth, dans les pays arabes, en France ? J’espère qu’Arabology va abattre les frontières, créer des ponts.
Mirwais : Moi je n’y crois pas à cette culture des Lumières, de l’Universalisme, des Sixties… Parce qu’en fait, on est en plein nationalisme tribal, chacun pour sa pomme. Ceux qui disent qu’ils écoutent toutes les sortes de musiques, je n’y crois pas, ce sont souvent des gens sectaires. Je suis désolé, la musique chinoise ne me fait rien du tout, chacun a sa sensibilité, suivant sa formation socioculturelle.

QUEL LIEN «ARABOLOGY» A AVEC LE RAÏ ?
Mirwais : Aucun. Rien à voir. Le raï, c’est l’invention d’une maison de disques française, non ? Une musique maghrébine adaptée au marché d’ici, une fusion.
Yasmine : En arrivant en France, j’ai écouté une ou deux vieilles chanteuses, mûres comme des fruits, j’avais bien aimé.
Mirwais : Les chanteurs raï s’inspirent du folklore, pas moi. Zéro folklore. Le raï, c’est une réalité, Arabology, un fantasme.

LE DISQUE SORT DANS LES PAYS ARABES ET AUX ETATS-UNIS ?
Mirwais : Après la France, ça va se faire progressivement, au Moyen-Orient et dans d’autres pays.
Yasmine : Sans problème… Mes textes vont sûrement être censurés dans certains pays arabes.
Mirwais : Déjà, ce titre, Coït me, il ne passera pas.

LES TEXTES SONT SUBVERSIFS ?
Yasmine : J’insulte, je dis des gros mots… Dans ma ville natale, ouf, on ne comprendra pas « tête de bite » parce que je chante ça en dialecte, du palestinien de Nazareth. Il y a aussi du libanais sur d’autres chansons, de l’égyptien, de l’irakien. Je mélange tout.
Mirwais : C’est pas très dur d’être subversif dans ces pays, comme il n’est pas très dur d’être avant-garde en France.

QUELQU’UN COMME MADONNA EST-IL PERÇU DANS LE MONDE ARABE COMME UNE POP STAR SULFUREUSE ?
Yasmine : Mais non ! Va sur Youtube, tu verras des chanteuses arabes d’aujourd’hui bien plus choquantes. Tous les jours, il y a une nouvelle star qui apparaît, avec sa microjupe, ses énormes seins, sa danse sexy.
Mirwais : Quand même, Yasmine, tu connais des photos de stars arabes qui font de l’autostop nue en pleine rue comme Madonna ? Les arabes sexy, elles sont à poil sur le critère des hommes, pour contenter leurs fantasmes,. Ce n’est pas ça qui est subversif. En terme de provocation, on en est beaucoup plus loin en Occident.

COMPOSER AVEC MADONNA, C’ÉTAIT UNE CHANCE ÉNORME, MAIS AUSSI UN PIÈGE ?
Mirwais : Comment ça ?

QU’ON PUISSE TE RÉDUIRE À ELLE, L’INCARNATION DE L’ENTERTAINMENT AMÉRICAIN, ET UNE ARTISTE EN PERTE DE VITESSE QUI PLUS EST…
Mirwais : Tu vis avec toi-même. Tu sais ce que tu as fait. Quand j’ai travaillé avec elle, je n’ai fait aucun compromis. De toute façon, elle ne me l’a pas demandé. Il n’y a pas de problème, à partir du moment où j’ai fait ce que j’ai voulu, et avec son consentement. Alors que ça ait marché, que le mainstream ne nivelle pas par le bas, c’est super – Music, un morceau à la base assez improbable, a été n°1 de par le monde. Ça ne veut pas dire que c’est facile, le carcan reste rigide. Et je reste mécontent du monde esthétique dans lequel je vis. Ce n’est pas un discours élitiste. Les démagogues pourront me dire que je fais de la musique segmentante, je les emmerde.

LA SEGMENTATION, C’EST LA BÊTE NOIRE DE L’INDUSTRIE.
Mirwais : Pourtant, il existe une continuité entre Taxi Girl, un groupe incontrôlable, et Clara Sheller, une série populaire dont le générique est illustré par ma chanson Naïve Song. Avec Taxi Girl, l’industrie nous fuyait, elle préférait des groupes rétrogrades comme Téléphone et Trust. Nous, on nous disait : « Non, vous ne correspondez pas au besoin du public. » Aujourd’hui, notre chanson Cherchez le garçon est reprise à la Star Ac’ à tours de bras. Ils n’arrêtent plus d’en faire leur beurre ! Il faut donc attendre presque trente ans pour que ça « corresponde au besoin du public » ?!
Yasmine : C’est parce que vous étiez avant-garde.
Mirwais : Pas tant que ça ! Par rapport aux rétrogrades seulement, car, en fait ,on correspondait surtout à l’époque, on était en phase avec ce qui se faisait de bien – les Stranglers et Magazine. Arabology, c’est une attaque frontale, parce qu’il y en a marre d’attendre et de s’excuser.

YAS POURRAIT AUSSI SCANDALISER PARCE QUE C’EST YASMINE, UNE CHANTEUSE ARABE ET SEXY, QUI SE MET EN AVANT.
Yasmine : Ce qui choque, ce sont mes paroles, pleines d’insinuations politiques et sociales, et la façon dont je les chante.
Mirwais : Le sulfureux, c’est ce qui est interdit dans le monde arabe : qu’une femme prenne en charge elle-même sa carrière, comme bon lui semble. Si un jour, les Saoudiens, suivant le désir des hommes, décident que les femmes doivent se promener topless, ce sera accepté. Montrer ses nichons, on s’en fout, alors que prendre en charge sa sexualité, c’est différent.
Yasmine : La culture arabe est très sexuelle, dans son langage, sa culture. Il y a du porno, certaines chanteuses tunisiennes sont des vraies putes de luxe.
Mirwais : C’est l’homme qui décide.
Yasmine : Pas que dans les pays arabes, c’est une réalité mondiale.
Mirwais : Mais c’est plus fort dans les pays arabes.
Yasmine : Les femmes ne sont pas toutes voilées là-bas. Moi, je suis beaucoup plus à l’aise dans les rues de Beyrouth avec des tenues décolletées qu’à Paris, où les regards me font sentir vulgos. J’espère qu’on ne bouleversera pas que pour des histoires de tabous sexuels, mais de tabous tout court. C’est choquant de toute façon d’entendre chanter l’arabe avec cette musique, ces paroles, ce chant.

POURQUOI ?
Yasmine : Parce qu’il n’existe que deux catégories de musique arabe acceptées et codifiées : la musique classique, traditionnelle, et la pop kitsch, triviale.
Mirwais : YAS est un projet musical libre, dans un monde où la liberté est obligatoirement problématique. Je ne crois pas à l’ouverture tous azimuts. Je ne suis pas content de la société dans laquelle je vis, mais je ne suis pas militant. Je fais de la musique et je veux que celle-ci ne soit pas juste de l’entertainment.
«ARABOLOGY» (AZ/UNIVERSAL): SORTIE LE 15 AVRIL.

ENTRETIEN BENOÎT SABATIER




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