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Tout le monde m’appelle Suzy – Chapitre 9

Chapitre 9 :

La scène du crime : c’est un endroit où tout s’est déjà joué. Le rideau est tombé. Il ne vous reste plus que le décor et les accessoires.

Et vous, inspecteur, où vous situez-vous ?

Le cadavre est dans la fosse. Et moi, je suis dans les coulisses et je cherche l’interrupteur.

Pourquoi ?
Parce que sans électricité, il n’y a pas de lumière.

Séance de Biscotte, le 24 août 2007

*****

C’est l’après-midi à St Germain en Laye. Une belle lumière éclaire le bureau du vétérinaire. Biscotte regarde une plante posée à côté de son ordinateur. Il se rappelle d’un cours de SVT : « Tous les êtres vivants sont communément le siège de phénomènes électriques. » Ce jour là, il avait eu l’honneur d’observer le réflexe de la patte d’une grenouille. Expérience fondamentale, selon son prof. Oui, il existe des sources électriques dans l’intimité du tissu vivant. Tout à coup l’illumination ! Il s’approche de la plante verte. Alors il compte sur ses doigts. Il y a cinq appareils électriques. Six avec la plante verte…A l’aide de son oscilloscope, il inspecte le moindre recoin. Mais ne voit rien. Pourtant il le sait. Il y a forcément une explication.

Suzy, Mademoiselle, articule-t-il un peu énervé.

L’enquête ne le fait plus rêver et encore moins l’assistante du vétérinaire. Elle prend tout son temps à retrouver la fiche du chien. (Battements de cils, dandinement du popotin. Un comportement biologique normal!!! Pas d’affolement donc. Biscotte a lu qu’il s’agit parfois d’une ruse de la nature pour assurer la reproduction de l’espèce. Mais ce que cette femme ignore, c’est que son système cérébral reste moins réactif que la moyenne à ce genre de séduction.)

Suzy, répète t-il…L’inspecteur commence à s’impatienter.

Ca fait plus d’une heure qu’il est dans le bureau du vétérinaire et cette bonne femme n’arrive toujours pas à ouvrir son ordinateur. Son jean la moule terriblement. Son rouge à lèvres déborde. Après une moue de téléréalité, elle lui annonce la nouvelle :

-Ca y est, Monsieur l’inspecteur, j’ai retrouvé le dossier de Suzy. Le vétérinaire a indiqué une hémorragie cérébrale et…

-…Dites- moi Mademoiselle, ne serait-ce pas une trace d’humidité.

Biscotte pointe du doigt la moquette auréolée.

-C’est exact, la canalisation a sauté, il y a deux jours. Nous avons eu un dégât des eaux. Le sol est encore trempé.

Tiens, tiens, pense Biscotte. Le corps du vétérinaire était donc mouillé lorsqu’il manipulait son bistouri. La secrétaire l’observe. La blouse est moulante. Elle a été la dernière personne à parler au vétérinaire. Lorsqu’elle est entrée dans le bureau, le docteur suffoquait. Elle n’a pas compris tout de suite qu’il s’agissait d’un accident cardiovasculaire.

-Il est tombé là, derrière la chaise. Mon Dieu, je m’en veux de n’avoir rien entendu.

Biscotte la rassure.

-Vous n’auriez rien pu faire même avec vos gros seins.

Quel con, il voulait dire avec le gros chien ! Biscotte éprouve de la honte de ce lapsus, mais en même temps, il sait qu’il n’y est pour rien. Son cerveau masculin contient des détecteurs apparemment innés sur certains attributs féminins.

-Euh désolé…

La secrétaire est consternée. Pauvre Biscotte ! Il est gêné tout en se retenant de ne pas rire. Quoi qu’il en soit, son cerveau serait construit comme les autres humains : la seule vue de ses gros seins le perturberait. Yes !!! Biscotte sourit. Puis éclate de rire. Il en a des larmes aux yeux. C’est plutôt bon signe. Mais une intuition masculine l’avertit aussitôt d’être plutôt discret. La neurobiologie de l’amour est devenue aujourd’hui plus complexe. Et cette femme serait capable de le gifler. Fini de rire…alors l’inspecteur demande :

-Vous souvenez-vous d’avoir remarqué quelque chose qui aurait attiré votre attention ?

-Pas vraiment, dit-elle. Les pompiers sont venus vers 17 h30 avec le chien. Le plus vieux était méconnaissable. Visiblement il était encore sous le choc de la mort de Suzy. Et le plus jeune voulait un certificat de décès pour repartir.

Biscotte note chaque détail.

-Que voulez-vous dire ?
-Le plus vieux n’arrivait même plus à rester debout. La secrétaire montre le canapé.

-Ensuite le vétérinaire s’est exécuté. Le plus jeune est entré tout seul dans le bureau. Ils sont restés quelques instants. Puis lorsqu’ils sont repartis en laissant Suzy, le vétérinaire m’a demandé d’envoyer au courrier un autre exemplaire à la famille Friquet. La suite, vous la connaissez. Une heure plus tard, j’ai découvert le corps de mon patron étendu sur le sol avec la carcasse de Suzy. J’ai immédiatement appelé la police et les services sanitaires. Le centre d’incinération des Yvelines s’est ensuite chargé de la carcasse.

-Vous voulez dire que les services sanitaires n’ont pas procédé à une autre autopsie ?

-Bien sûr que non. Ils ont appliqué la procédure : à partir de moment où le vétérinaire avait déjà procédé à l’autopsie, ils n’avaient plus qu’à procéder à l’incinération de l’animal.

-A part ça, vous n’avez rien vu ?

-Non, mais le lendemain, Madame Friquet s’est présentée à la clinique affolée. Elle ne comprenait pas les conclusions de l’autopsie.

-Et vous ? Est-ce que vous auriez noté quelque chose de spécial sur cet animal ?

-Pas grand-chose, vous savez…Suzy n’était plus suivie à la clinique depuis des mois.

La secrétaire s’arrête et prend une pause. Biscotte s’étourdit devant ses longs sourcils papillonnants. Puis il hausse les épaules :

-Je suis sûr que vous avez une petite idée…

Elle sourit en minaudant. Oups !!!

– J’ai juré de ne rien dire…

– Je suis ici pour meurtre, vous comprenez ? Je vous repose la question. Pourquoi Suzy a cessé de venir dans votre cabinet alors que son état nécessitait un suivi médical? Avez- vous une explication ?

La secrétaire devient toute pâle. Et Biscotte plus ferme.

-Un faux témoignage, ça va chercher loin, Mademoiselle.

La secrétaire ne dit rien d’abord puis lâche :

– Bon. L’état de Suzy était critique. On ne pouvait plus rien faire. En fait, Monsieur Friquet ne voyait plus l’utilité de ramener son chien à la clinique. Mais comme sa femme le harcelait, il est venu parler avec le Docteur Brawn. Ce soir-là, il a fait un gros chèque. Ca couvrait l’ensemble des consultations pendant plus d’un an. Alors…

-…Vous lui mentiez ? -Oui, enfin non… -Comment ça ?

-En fait j’obéissais à la consigne. Le vétérinaire m’avait demandé de faire comme si de rien n’était…C’est vrai que ce n’est pas bien. Mais cette femme pouvait me téléphoner trois fois par jour pour des choses sans intérêt, alors ?

– Au fond, vous compreniez son mari…

-Exactement. Il en avait ras le bol. D’ailleurs, il n’était pas le seul. Même le vétérinaire a préféré signer un faux pour ne pas avoir d’ennui avec cette folle !

Biscotte se retire, un peu confus. Quelques minutes plus tard, il reçoit un coup de fil de son assistant. Une pelleteuse aurait sectionné un câble électrique dans la rue du cabinet du vétérinaire. Un accident classique sur la voirie. Mais cette rupture n’a pas fait monter la tension, contrairement à ce qui avait pu se passer à Toulouse.

L’inspecteur doit donc admettre l’évidence. Le vétérinaire s’est bêtement électrocuté. Si seulement il avait regardé ses pieds. Rien que d’y penser, Biscotte s’émeut…Un bon bougre. Qui a bu quelques verres de trop. Et qui a accepté un peu d’argent. Bon, c’est vrai qu’il a falsifié l’autopsie, mais c’était pour une bonne cause. Ne plus avoir Madame Friquet sur le dos. Et là, Biscotte constate la limite de son raisonnement. Car l’autopsie a eu un effet inverse. Dès que Madame Friquet a eu en main ce document, elle est venue porter plainte. C’est à se demander si le vétérinaire n’avait pas une idée derrière la tête en adressant des conclusions différentes sur la mort de Suzy ? Que voulait-il ? Cacher la vérité aux pompiers ? Ou espérait-il que Madame Friquet les communique ?

L’inspecteur remercie poliment l’assistante et file en direction de sa voiture. En se retournant, il aperçoit un de ses collègues derrière une camionnette. Il ne croit pas au hasard. Est-ce que Guillaume aurait averti Sanglier ? Biscotte l’ignore. Il préfère rester prudent.

Premièrement, il va écrire son rapport. Et ne va surtout pas parler de ses doutes. De toute façon, il n’a aucune preuve. Juste des faits disparates. (Suzy se trouvait là le jour de la mort du vétérinaire. C’est tout ! ) Au commissariat, sa mort est déjà une affaire classée. (Personne ne croit à son enquête.) Celle des pompiers fait déjà plus de bruit. Parce qu’ils étaient des héros. Comment expliquer que des hommes surentraînés sont morts accidentellement ?

Sa seule chance est de travailler en solitaire et de suivre ses intuitions. (Tant pis pour la psy !) Oh, mon Dieu ! Biscotte se rappelle tout à coup de la cérémonie. Il regarde son rétroviseur. Personne ne le suit. Mais il est en retard.




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