Tout le monde m’appelle Suzy – Chapitre 13

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Chapitre 13 :

Biscotte, est-ce que vous croyez sérieusement que l’on peut tuer pour un chien ?

Oui, absolument…
Et dans quelle circonstance ?

Et bien, maintenant que vous me posez la question, je n’en suis plus vraiment sûr….

Comment ça vous ne savez plus ? Faites un effort, Biscotte…C’est important.

Et bien je crois que l’on peut tuer parce que l’on se prend pour un chien…. Ce qui est un peu différent.

Vous plaisantez ?

Non, je crois que c’est possible. L’assassin a toujours quelque chose d’énigmatique. D’ailleurs laissez-moi vous poser à mon tour une question. Connaissez-vous l’origine du mot assassin ?

Non.

On dit que le mot viendrait d’une secte d’Orient où les gens tuaient sous l’emprise du haschich. D’où le mot « achachien. »

Séance de Biscotte le 29 août 2007

*****

Biscotte se réveille le cœur affolé. Il voit encore cet animal le massacrer. C’est un chien. Immobilisé à terre, il entend un terrible hurlement. Il met plusieurs secondes à comprendre que ce n’est que la sonnerie de son téléphone…

-Allo ?

-C’est moi. Je vous réveille ?

-Ouais, dit Biscotte énervé.

Biscotte regarde son réveil. Il est 9 heures. C’est sa première panne d’oreiller.

-Oh, merde…Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit.

-Moi non plus d’ailleurs….Et vous voulez savoir ce que j’ai trouvé sur les pompiers ?

Biscotte reste silencieux. Il songe à cette enquête. Depuis qu’il est dans la police, il a vu pas mal de choses. Mais celle-ci ne ressemble à aucune autre. Jamais Biscotte ne s’est senti aussi préoccupé…Cette nuit, il a cru voir un chien anthropophage. Un Labrador aux yeux d’or plongé dans une partie de ses entrailles. Le cauchemar dont il se serait bien passé. Le sang giclait partout. C’était…l’horreur. Aussi Biscotte est presque déçu en entendant les conclusions du légiste.

-L’atteinte des valves cardiaques me permet d’affirmer qu’il y a bien eu une substance toxique à l’origine de ces sténoses. Mais les tests sont négatifs. Ce n’est pas de l’ergotamine. Pourtant, j’étais convaincu d’avoir trouvé les causes de leur empoisonnement. Tout y est : la pâleur, les vertiges, les délires, les tremblements.

-De quoi parlez-vous ? Je ne comprends pas, dit Biscotte encore vasouillard.

-C’est un empoisonnement dû à l’ergot de seigle, un parasite contenant des alcaloïdes. Pour simplifier, c’est l’ancêtre du LSD. Aussi, lorsque vous m’avez parlé du comportement bizarre des pompiers, j’ai immédiatement pensé à ce champignon qui se trouve dans le pain de seigle…Les victimes intoxiqués par l’ergot de seigle ne sont plus elles-mêmes. On a l’impression qu’elles sont possédées. Pendant des siècles, on a cru qu’il s’agissait du démon. Mais en réalité, ce n’étaient que des hallucinations. Une sacrée saloperie qui pousse le délire assez loin…

-Un peu comme un chien réincarné ? dit Biscotte soudainement.
-Exactement. Et comme vous m’avez parlé de ce chien, ça m’a mis la puce à

l’oreille.

Puis il s’arrête…

-Je vous saoule avec mes histoires ?

-Oh non, pas du tout, déclare Biscotte.

Des personnes ont eu un comportement bizarre parce qu’elles ont avalé un truc bizarre. Ca se tient. Pour la première fois, il est en phase avec ses conclusions. Les pompiers ont été intoxiqués par une drogue hallucinogène, comme il y avait déjà pensé.

-Mais dites- moi, quelle est la différence entre l’ergot de seigle et le LSD ?

-Le LSD est un dérivé de l’ergot de seigle. Un chercheur suisse a découvert sa molécule pendant la seconde guerre mondiale. Puis en isolant cette molécule, les laboratoires sont arrivés à créer le LSD. Et c’est ainsi qu’on a retrouvé ce nouveau stupéfiant sur le marché grâce à des laboratoires ingénieux.

– Comme le groupe Solival….
-Entre autres…Pourquoi posez-vous cette question ?

-Parce que le chien dont je vous ai parlé, appartenait au PDG du groupe Solival. Et comme vous savez que dans notre métier, il n’y a pas de hasard…

Son œil brille de malice.

-Vous en concluez que Solival aurait commercialisé le LSD ? C’est peut-être un peu rapide, non ? dit le légiste.

-Ca mérite d’aller les voir.

Biscotte appuie sur le bouton pause. Il s’accorde quelques secondes de réflexion. Là, il réalise qu’il a zappé un détail capital: le groupe pharmaceutique de Monsieur Friquet. Pourquoi n’y a-t-il pas pensé ? Que fabrique son laboratoire ? Des pilules pour chien ? Des drogues hallucinogènes ?

-Vous croyez qu’ils ont été drogués ?

-Non, je ne crois pas. Je vous ai parlé d’un empoisonnement. Et vous savez que la nature peut satisfaire non seulement les plus grands accros de la planète mais aussi fournir une quantité de poisons.

-Vous pensez à l’ergot de seigle évidemment.

-Exact. De l’ergotamine, même si je n’en ai trouvé aucune trace. Seulement pour être honnête le dépistage n’est pas évident. Et puis nous avions dépassé les 48 heures d’ingestion. C’est un peu normal, car il s’agit de militaires. Nous récupérons les corps 24 heures trop tard.

-Que voulez-vous dire ?

-La Brigade des Sapeurs Pompiers de Paris est une unité du génie de l’armée de terre. En cas d’homicide, seule la gendarmerie est habilitée à intervenir. La procédure administrative ralentit toujours l’autopsie. Mais ce n’est pas grave. On fait avec. On a l’habitude. A votre place, j’appellerais toutes les boulangeries du quartier pour vérifier la qualité de leur farine. Vous m’avez compris Biscotte ?

Puis le médecin éclate de rire. Et Biscotte le suit. Décidément, il aime bien ce médecin légiste. C’est un type spontané. Et pour une fois, il n’a pas tort. Depuis combien temps il n’est pas retourné dans une boulangerie ? Pour demander du pain par exemple…Biscotte se dit qu’il ira demain. Mais il n’ira pas demain. Il le sait. Pas plus qu’après-demain. A vrai dire, il n’aura même pas le courage d’envoyer Lamiche. On risquerait de se foutre aussi de sa gueule. Quelle idée d’avoir un assistant qui porte un nom pareil ! De toute façon, ce n’est pas grave. Heureusement, le téléphone existe.

Soudain, Biscotte se souvient de ce que vient de dire le légiste. Une drogue hallucinogène…c’est peut-être la clé? L’inspecteur connait les effets secondaires : troubles du comportement, sensation d’euphorie, hypersensibilité, ralentissement de la pensée et surtout la récurrence de récits mystiques…Avec la réincarnation se dit Biscotte, on est servi. Ainsi donc les pompiers ont développé ce truc là ?

Ils ont été drogués et leur crétin de cerveau leur a fait croire que tout ceci était bien réel. Et bien qu’il ne se soit rien passé, parce que la réincarnation n’existe pas, les pompiers ont imaginé le contraire. Cette idée de drogue l’apaise. Son esprit cartésien trouve enfin une partie de l’explication sur l’affaire Friquet.

Il s’étire tranquillement avant de s’arracher de son lit. Le réveil est vraiment difficile aujourd’hui. Il se prépare un café. D’ordinaire, il se précipiterait sous la douche. Mais l’idée de se farcir Monsieur Friquet ne l’enchante guère. Biscotte n’est pas pressé… Car c’est de la maîtrise du temps et de la maîtrise sur soi qu’il lui faut pour supporter cette odeur de pisse et Sanglier qui joue sur ses nerfs…

Pourquoi Monsieur Friquet se comporte t-il ainsi ?

La réponse serait évidemment que Monsieur Friquet use de sarcasme pour faire face au dépôt de plainte de son épouse. Mais cette déduction, apparemment facile, pose un problème à l’inspecteur pour deux raisons : l’homme serait en plein divorce, et en même temps au cœur d’une crise financière. Pour justifier un tel machiavélisme, il faudrait que Monsieur Friquet se sente en position de force. Or sa situation personnelle parait être un véritable fiasco…

L’inspecteur reste donc très réservé à l’égard de Monsieur Friquet…Il pousse un profond soupir. C’est bien la première fois qu’il est confronté à un truc pareil. Il a l’impression que Monsieur Friquet ne fait pas exprès…




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