Tout le monde m’appelle Suzy – Chapitre 10

suzy-1

Chapitre 10 :

Il y a toujours un coupable qui traine dans des lieux mélancoliques.

Le poète cherche son inspiration dans la nature. Et les flics dans les cimetières…

Séance de Biscotte le 26 août 2007

*****

Il suit les allées numérotées du cimetière. Direction sortie ouest. Se plante à cause de l’orientation. Trop tard. Le prêtre conclut :

-Brice et Greg resteront à jamais dans nos cœurs….

Ca la fout mal de parler ainsi, alors que les pompiers sont morts d’une crise cardiaque. Biscotte scrute la foule. Collègues, politiques, journalistes…toute une ville de 10 000 habitants pour vivre cet événement. Parmi les présents : sûrement l’assassin. L’inspecteur le sait : deux hommes de la même caserne, morts en trois jours d’intervalle, ce n’est plus une coïncidence. La foule se disperse. Du coin de l’œil, l’inspecteur observe les détails : robes sobres, solennité chrétienne, mouchoirs inconsolés. Quand soudain un homme s’approche de lui.

-Quel merdier !….Deux pompiers du quartier dans le feu de l’actualité…

-Hé, Pinsec, Qu’est-ce que tu fous là ?

Pinsec lui serre la main comme au bon vieux temps. Ils ont grandi ensemble. Dans le même quartier.

-Tu les connaissais ?
-Un peu. J’ai travaillé plusieurs fois avec Brice, un sacré bonhomme ! -T’as pas une petite idée de ce qui a bien pu se passer ?

-Pas vraiment, répond Pinsec attristé. C’étaient des mecs sans histoire. Tout le monde les appréciait. Mais figure- toi que le jour de leur mort, je les ai croisé à l’hôpital. Brice et un de ses collègues étaient en train de courir en plein milieu du service, forcément ça m’a surpris !

-Tu leur as posé une question ?

-Bien sûr… Je voyais bien qu’il y avait quelque chose sous les couvertures. Je me souviens encore de leur excuse bidon : un chien en train de crever.

Pinsec se pince le nez.

-Tu connais mon flair…

Biscotte commence à rire. Mais cette ancien camarade de classe redevient sérieux.

– Je sentais que ce n’était pas normal. D’ailleurs, au moment où j’allais retourner sur mes pas, il y a eu une panne d’électricité. Ce qui n’arrive jamais…Tu sais que les hôpitaux ont tous un groupe électrogène.

Le rire se change brutalement en état de sidération. Merde, se dit Biscotte. Encore un incident électrique ! Pinsec poursuit :

-La coupure n’a duré que quelques secondes. Et j’ai entendu un cri. C’était l’infirmière qui était sous le choc.

-Comment ça ?

-Quelques minutes après, l’infirmière m’a tout raconté. Les chances de survie étaient quasi nulles. La vie de Monsieur Friquet ne tenait plus qu’à un fil. Et voilà que des pompiers entrent dans la chambre. Qu’une panne d’électricité stoppe le système respiratoire et que le mourant se met à parler. Bizarre, non ?

Par une impulsion électrique, Suzy aurait redonné vie à Monsieur Friquet.

-C’est tout simplement incroyable ! s’exclame-t-il.

Aussitôt, Biscotte repense alors à l’accident. Très vite, les images défilent. Une collision frontale…deux blessés dans un état critique et l’intervention des pompiers. Bien évidemment, ces urgentistes ne connaissent pas les victimes. Pourtant un des pompiers décide de ramener le chien à l’hôpital. Ce n’est ni un pari, ni un défi. Brice le fait par devoir. Il sait au fond de lui que ce chien peut sauver son maître. Ce qui expliquerait les risques insensés qu’il prend…

Biscotte s’arrête. Cette course dans l’hôpital n’a aucun sens. Cette résurrection non plus. Comment ce pompier pouvait-il savoir que ce chien n’était pas un chien ordinaire ?

Il fixe Pinsec et lui confie que les pompiers n’ont pas bluffé. Il y avait bien un chien sous les couvertures.

-Ah bon, bafouille t-il. Un chien ?

-Oui, pourquoi ? Y a un problème ?

Pinsec le coupe.

…Parce ce que j’ai discuté avec la femme de Brice. Et cette femme m’a craché le morceau. Pour elle, son ex mari a été assassiné par un chien. Elle aurait des preuves. Mais personne ne veut l’écouter.

Suit un silence vaguement louche.

-Pourquoi n’était-elle pas allée au commissariat ?
-Justement, elle en venait. Mais on a refusé de prendre sa déposition. -Quoi ? Quel commissariat ?

-Le commissariat de son lieu de domicile. Je te rappelle qu’en principe ils auraient dû en avertir le commissariat chargé de l’affaire. Ce qui veut dire ton commissariat. Et que s’ils l’ont fait, ils ne t’ont pas prévenu…

Silence. Silence dans lequel Biscotte finit par dire :

-On m’a mis au placard, tu sais.

-Comment ça ?

Biscotte regarde autour de lui. Et parle tout bas.

-Je crois que je suis surveillé.

-Tu délires ?

-C’est compliqué, Pinsec. On me reproche pas mal de choses, tu sais…

-Oui, je sais. Tu vas me parler de ton indiscipline…Ce n’est pas nouveau. On te connait.

-Sauf que maintenant j’ai une psy. -Qu’est-ce que tu me racontes ?
– On m’oblige à suivre une thérapie. Pinsec est mal à l’aise.

-Ecoute-moi, supplie Biscotte en chuchotant. Il se passe des choses bizarres. D’abord, il y a eu le vétérinaire tué dans des circonstances étranges. Ensuite les pompiers. Et maintenant voilà que tu m’apprends que le maître du chien aurait ressuscité. Fais le calcul : trois morts pour un seul chien. Sans compter le ressuscité. C’est beaucoup, non ?

-Où veux-tu en venir ?

-Je suis persuadé que Suzy est à l’origine de tous ces événements…Quelque chose d’inexpliqué mais capable de produire des incidents électriques, tu me suis ?

Au loin, un homme est en train de les observer. Merde, Pinsec n’aime pas ça. Depuis qu’il est dans ce métier, c’est la première fois qu’on lui fait le coup de la filature d’un flic. Que faire ? Pinsec a une idée. Il propose aussitôt à Biscotte d’échanger son imper et lui remet les clés de sa voiture.

-Va voir l’ex-femme de Brice. Elle s’appelle Laurence Fournier. Elle habite au bât 6 de ma résidence. Tu n’as qu’à laisser les clés dans la boîte à gants. En attendant, je prendrai ta voiture.

Biscotte lui file les clés. Mais Pinsec l’avertit :

– Fais attention à ton ordi et à ton téléphone. Si t’as besoin d’infos, tu sais où me trouver ?

Les deux amis se quittent devant les grilles du cimetière. L’un d’eux est terrifié et l’autre tout excité.

C’est le 26 août à 19 heures.




Il n'y a aucun commentaire

Ajoutez le vôtre