Thierry Théolier, 2ème acte.

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Tout a été dit ou presque sur Thierry Théolier aka ThTh, Syndicat du hype et ses multiples autres identités­ chevaux de Troie. A force de « ne pas réussir » tout en continuant à faire bouger les lignes de l’art content pour rien (Alibi-Art, Le Dude Manifesto…) et des nuits chiennes (hier, son pillage en bande organisée des soirées sponsorisées, aujourd’hui, ces DJ sets espiègles et glacés), il n’est plus une figure de l’undergound parisien. Ici l’ombre, le gode­-father de l’undergrande à Paris, c’est lui. Point Bar.

Après un premier acte 2000 WTF en forme d’upgrade collaboratif, dense et carriériste de sa variété française expérimentale, il livre ici un volet frontalement opposé dans son ton, épuré et intimiste. On l’imagine VNR de l’accueil journalistique tiède du précédent opus en 2013, puis vengeur, faire sien le motif Houellebecquien « Il faudrait parvenir à un cœur clarifié ». Du coup, il a transformé son appartement­ studio d’enregistrement où il vit avec sa muse, la Beauté Sternberguienne et son chat, Thao, en avant poste, en bunker suspendu. Pour le dude, les 2000 WTF​, c’est la guerre et ce deuxième acte lui sert autant de journal de bord tendre, auto ­ironique, rieur que de fusil d’assaut, politique et révolté. Si les nouvelles du front sont clairement mauvaises, il leur oppose un optimisme martial communicatif, joyeusement névrosé. « Un jour, je serais cannibale et je boufferais les riches » susurre­-t­-il, en grand félin dans son Refrain de l’austérité. Plus loin, c’est Pierre Bourdieu qui fait l’amour à Gogol premier en soutien à Syriza (« asservir pour mieux aliéner, aliéner pour mieux enculer […] mais nous allons vous couper la bite ») dans Appauvrir. Et « Non mec, Hollande n’est pas un dude » conclue-­t­-il encore sur des accents Cooper Clarkiens. Malgré sa valeur de mémoires ­ en live ­ de poilus intégral, il serait absurde de réduire ce deuxième acte à sa seule proclamation belliciste. Sans quitter sa tranchée, chez TH, à la guerre succède le cessez-le-feu et la retraite sentimentale jusqu’au mysticisme. De fait, qu’il commente les tracas immobiliers d’une amie avec Rebecca Mafille (Bullshit Job ­ bel hommage au duo Fontaine/Areski), déclare son amour familial (Petit frère) ou s’égaille dans une comptine pour enfants (Les Ortolans feat. Maïté), c’est toujours porté par une intuition du monde ­ musicale et textuelle ­ oxymorique. Dans un même élan électro pété, l’égocentrisme tend une main fraternelle, le désespoir revenu de tout laisse déborder sa joie, le nihilisme expose un ordre divin, et « Le réel est un compromis entre le néant et le frigidaire ».

Soit. Deuxième acte est un album pour tout le monde et pour personne, insulaire et généreux. Le flux BFMTV psychotique et amoureux d’un poète warrior qui nous parle de la bagarre et du printemps sur des beats quasi indansables. Et c’est précisément le travail le plus abouti de TH en cela qu’il s’adresse à notre autre danseur, intérieur, celui de la syncope, du rire fou, de l’érection sans objet. De la grande santé.
http://thth.free.fr/jokari_garage/

Cyril Lener




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