The Young Pope est-il le meilleur film de Paolo Sorrentino ?

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Pour un fois il aura mis tout le monde d’accord, les spectateurs comme la critique. Alors que le Young Pope de Paolo Sorrentino déboule en DVD, retour sur une série qui s’est imposée comme le plus beau film de 2016.

Il aura passé son temps à le rabâcher à longueur d’interview : « J’ai envisagé The Young Pope, non pas comme une série, mais comme un film de dix heures. » Paolo Sorrentino a toujours été quelqu’un qui ne se caractérisait pas spécialement par son sens de la modestie, on l’aime aussi pour ça. Le distinguo qu’il opère ainsi entre films et séries est à envisager ici comme la distance, un peu archaïque, qui vient séparer une « œuvre » d’un « produit de consommation courante ».
Pas une série donc, The Young Pope, parce que cette chose-là ne se consomme pas comme une dosette de crack hebdomadaire, réfute toute idée de cliffhangers, de spoilers et de tous ces gimmicks propres désormais au format télé. C’est un objet façonné d’un bout à l’autre pour résister fièrement aux hashtags et à tout commentaire en moins de 140 signes, et qui voudrait se placer instantanément au-dessus du micro-débat pop-culturel – il y arrive sans sourciller d’ailleurs. Pas une série c’est sûr, en tout cas pas vraiment une série d’aujourd’hui.

LE LUXE DU TEMPS

« Vous voulez vraiment connaître mon rapport à la religion ? Je viens de faire un film de dix heures pour vous l’expliquer. » Le gentil journaliste en charge du making-of de Young Pope a à peine eu le temps de déballer sa question-bateau qu’il saisit de suite qu’il ne faudra pas compter sur le type placé en face de lui pour délivrer l’explication de texte attendue. C’est un drôle de moment, visible dans les bonus des DVD, qui révèle l’arrogance du garçon et résume sa manière de compter sur le spectateur pour déchiffrer intuitivement sa petite rhétorique poético-cryptique. Il n’y a pourtant rien de très évident dans cette œuvre-là, tout aussi musicale que philosophique, tout autant chargée d’effet de sens que de rimes abstraites, guidée aussi bien par son sens du flow que par son rutilant moteur narratif et ses intrigues de couloir.
Le luxe offert ici par le temps dont il dispose lui permet d’envisager l’évocation de ce jeune pape en pleine crise de foi et de son entourage comme un dédale de digressions introspectives et de vignettes évocatrices qu’il faut observer avec de la hauteur et du recul à la manière d’un immense barnum pointilliste – le dernier plan l’affirme d’ailleurs sans détour. De ce point de vue, le format de The Young Pope ressemble à l’écrin le plus adapté au langage long en bouche de Sorrentino, et énonce la nature d’un projet envisagé d’un bout à l’autre comme un magnum opus… Il faut bien malgré tout se charger de remettre un peu de sens et de substance à l’intérieur de ce grand rébus sensoriel tapissé de solitude dandy et d’interrogations mystiques. La clé, parmi quelques autres, serait sûrement de le replacer dans un certain contexte, plus thématique, plus auteuriste, forcément (…) L’intégralité de l’article dans le Technikart #208, décembre 2016 / Janvier 2017

The Young Pope, en coffret DVD Studiocanal 

FRANCOIS GRELET




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