StreetPress, nouvelle tornade de la presse ?

Streetpress

Le pure-player le plus fresh du moment fait parler de lui par ses enquêtes audacieuses et truculentes. Mais encore ?

Au frais, pas de repiques (chose rare sur le Web), un rythme d’un ou deux papiers par jour, de l’enquête, des révélations et peu de sujets psycho-cul à la con… Le pure-player StreetPress a le mérite de trancher avec le tout-venant des sites d’infos. Le capitaine de ce petit bateau, Johan Weisz, la petite trentaine, nous reçoit dans ses bureaux pas loin du métro Jaurès (côté XIXe).
À l’intérieur, une équipe d’une dizaine de personnes en majorité du genre masculin, pour une moyenne d’âge située entre 20 et 35 qui corrèle avec le lectorat du site.
Là, Johan Weisz, assez fier de lui, nous explique que 30% du contenu provient d’une équipe de collaborateurs bénévoles, en formation, encadrés par des journalistes. On reste dubitatif: « Collaborateurs bénévoles » ? Et le directeur de la publication et principal actionnaire de StreetPress de nous rassurer : « Il s’agit d’un programme que nous avons fondé avec Cécilia Gabizon du Figaro: la StreetSchool qui dispense gratuitement une formation rapide de journalisme à des jeunes gens.» Une opération façon « win win » puisque parmi ces ex-apprentis journalistes, certains œuvrent pour Le Figaro, l’AFP, Le Point, L’Équipe… La StreetSchool, meilleure que Science po pour intégrer les supposément grandes rédactions parisiennes ? « Ces jeunes journalistes, issus de Paris ou de la banlieue ne sont pas formatés et apportent une certaine fraîcheur dans leur manière de travailler et d’angler », nous explique Weisz qui a démarré cette aventure à la faveur d’une rencontre donc: celle avec Cécilia Gabizon courant 2005-2006.

GROSSE ENQUÊTE SUR ALAIN SORAL

Weizs est à l’époque étudiant dans une école de commerce, l’Essec, et comme les frais scolarité y sont onéreux, il entreprend de piger, dès 19 ans, pour Radio Shalom et feu le site Proche Orient infos. Très intéressé par les mouvements radicaux, il s’associe avec Gabizon (ex-Essec également), journaliste experte en banlieue pour Le Figaro. À eux deux, ils pondent un livre-enquête au propos assez audacieux (OPA sur les juifs de France: enquête sur un exode programmé (2000-2005)) sous la direction de Patrick Weill (ex-Essec, ex-membre du PS, ex-dircab’ du secrétariat d’Etat à l’immigration au début des années 80) qui va aider le duo à monter StreetPress en 2009 donc. Soit un site qui affirme à l’époque « être positionné sur l’actualité sociétale à destination des jeunes urbains tout en souhaitant délivrer une information de terrain, différenciée et structurée pour les 20 et 35 ans ». Et qu’en est-il sept ans plus tard? Johan Weisz affirme que les comptes sont à l’équilibre, annonce huit salariés et quelques projets alimentaires (ils fabriquent un magazine pour une boîte moyennement funky) et détaille sa vision pour la suite: « En façonnant une communauté de lecteurs, on sera à l’avenir plus crédibles car moins “court-termistes” que les autres. »

Il peut également se targuer d’avoir signé avec son équipe quelques jolis coups, dont l’affaire des jets privés pour les sans-papiers de Calais ou la grosse enquête sur Alain Soral (sorte de « Soraleaks » assez retentissante). À voir les exemplaires de Rivarol et Présent qui traînent de-ci de-là sur les tables et étagères de la rédaction, l’extrême droite française à l’ancienne semble être la fixette du pure-player: « La droite radicale, c’est un sujet fort chez nous. Et c’est très intéressant de lire ces journaux par ailleurs assez flippants : ils te renseignent sur leur stratégie et leurs frictions internes. » Un positionnement à la Sun Tzu (L’Art de la guerre): « Qui connaît son ennemi comme il se connaît, en cent combats ne sera point défait. »

DATES CLE
2009 Johan Weisz (ex-Essec) rencontre Cécilia Gabizon (ex-Essec) qui rencontrent Patrick Weill (ex-Essec) et fondent StreetPress, un pure-player pour « les djeun’z urbains »
2002 L’équipe s’étoffe, s’adjoint un chef d’édition et un responsable du développement. Le site reçoit l’apport de deux cent quarante reporters bénévoles et annonce 140 000 visiteurs uniques..
2016 Parution d’enquêtes inédites et « impactantes » reprises par les autres médias. Développement de sources de financement dont Mediamaker.fr, « un accélérateur pour start-ups médias » dixit Johan Weisz.

PAR SYLVAIN MONIER
PHOTO CHARLÉLIE MARANGE


Paru dans Technikart #200




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