Stéphane Bern : « Les prétendants à la couronne sont candidats sans candidater à rien ! »

Stéphane Bern

Depuis des décennies, lesdits « Henri VII » et « Louis XX » prétendent chacun à la couronne dans notre pays. Qui de mieux pour les départager que le Léon Zitrone des années 2000 ? Interview« fan de ».

Entre Louis XX et Henri VII, qui soutenez-vous ?
Stéphane Bern : Ils se fâchent tous les deux si je soutiens trop l’un ou trop l’autre ! J’essaie de garder un jeu d’équilibre, et je ne suis pas faiseur de roi. Mais si je ne veux pas renier ma jeunesse, le candidat le plus légitime est l’héritier des Orléans. Henri VII d’abord – mais c’est un monsieur de 83 ans – donc je pencherais plutôt pour son fils, Jean d’Orléans. Il se trouve que je suis aussi ami avec Louis XX, et que j’ai beaucoup d’affection pour lui. Mais j’ai l’impression que vivre en Espagne et venir inaugurer une fois de temps en temps un monument, ce n’est pas ça être prétendant.

Du coup, ça devrait consister en quoi d’être héritier à la Couronne en 2017 ?
Pour moi, c’est être au quotidien avec les Français et se préoccuper de leur devenir. La légitimité est complètement à reconstruire aujourd’hui… Parce qu’au fond, ils sont candidats sans candidater à rien. Ils disent : « On n’a pas besoin de prétendre, nous sommes ce que nous sommes ! » On ne peut pas revendiquer le titre uniquement grâce à ses ancêtres. Il faut aussi faire des choses qui, au quotidien, justifient  
que vous ayez l’adhésion populaire. Je pense qu’ils devraient avoir un rôle culturel et promouvoir la francophonie. Ils sont là pour témoigner de l’Histoire de France. À mon avis, le fils d’Henri VII, le prince Jean, y arrive plutôt bien.

Pourtant, la famille Orléans semble en perte de vitesse…
J’ai du mal à comprendre pourquoi, d’un coup, tous les monarchistes qui étaient du côté d’Henri VII se sont détournés et attachés à Louis XX. Les raisons sont sûrement essentiellement politiques. Henri VII était quelqu’un avec des positions très audacieuses, très à gauche. À la fois très conservatrices sur un certain nombre de sujets, et parfois très novatrices : l’alliance avec François Mitterrand dans les années 80, par exemple. La branche Bourbon était plutôt traditionnaliste et catholique. Aujourd’hui, j’ai le sentiment que les Orléans sont parfois plus traditionnalistes que les Bourbon. Donc, là aussi, il y a eu une sorte de glissement. Peut-être aussi que les scandales familiaux à répétition chez les Orléans ont joué…

Le conflit passionne-t-il autant qu’avant ?
Je n’ai pas l’impression. Quand j’ai commencé dans les années 80, que je collais des affiches, il y avait vraiment des querelles importantes… Des articles paraissaient tout le temps. C’était incendiaire. Je me souviens, lorsque je défendais les Orléans, le camp des Bourbon m’envoyait des juristes, et les gens m’adressaient des courriers. Aujourd’hui, comme plus personne ne sait rien, ça ne suscite plus de polémique. Je remets les prétendants autant que je peux dans l’actualité mais, d’une manière générale, il y a une désaffection pour le royalisme.

Dans ces conditions, croyez-vous vraiment au retour de la monarchie en France ?
Non, vous savez, c’est comme les catholiques qui croient au paradis ! C’est un idéal, mais vous n’êtes pas pressé d’y aller. Et je crois qu’aujourd’hui, on va chercher des monarchies de substitution à l’étranger, comme en Grande- Bretagne ou à Monaco. De Gaulle disait d’ailleurs : « Les Français ont le goût du prince mais ils vont le chercher à l’étranger. »

Et personnellement, quel est votre idéal ?
Je suis plutôt pour une monarchie constitutionnelle – maintenant, il y a le principe de réalité qui s’impose à tous. Dans l’immédiat, c’est impossible. Mais les institutions de la Vème République donnent plus de pouvoir au président que n’en avait Louis XIV. Je pense qu’un bon chef d’État doit se comporter comme un roi. Et quand je vois Emmanuel Macron, je me dis que finalement, à bien choisir, notre roi républicain n’est pas si mal…

Dernier ouvrage paru :
Piques et répliques de l’Histoire (Albin Michel, 2017)

ENTRETIEN BRUNO LUS & VALENTIN LE ROUX
PHOTO JULIEN FAURE

Technikart #214 juillet/août 2017




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