Reynald Drouhin

Paru dans Technikart n° 24
Sur l’Internet, certains rêvent de saborder le petit milieu de l’art contemporain.
« L’artiste ne peut pas vivre constamment en marge du milieu de l’art.
Pour se faire un nom, tu dois passer partout et, crois-moi, je bouffe à tous les rateliers. » Reynald Drouhin, étudiant à l’Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris, a beau fustiger ses comparses comme les manifestations officielles (FIAC en tête), il ne rate pas une occasion d’exhiber ses travaux. En l’occurrence, Alteraction, un site Web expérimental composé de seize propositions plastiques qui s’articulent autour de l’identité-altérité. Concrètement, des vidéos, des photos et des « objets » interactifs programmés en Java, ou affichés simplement en Quicktime, que l’internaute spectateur peut triturer à loisir. « Contrairement à la grande majorité des artistes, je n’utilise pas le réseau comme un simple catalogue photographique d’œuvres, mais comme un véritable outil de création multimédia. »
Familiarisé avec la toile depuis 1995, Reynald Drouhin a eu l’occasion récemment de parfaire ses connaissances en suivant un Mastère Multimédia Hypermédia. Avantage : ses créations profitent des technologies derniers cris.
Inconvénient : l’internaute lambda est dans l’impossibilité technique de visualiser toutes ses œuvres. « Il est évident que les réseaux actuels ne sont pas encore technologiquement à la hauteur de la production, mais j’anticipe quelque peu… » Evidemment, pour qu’Alteraction prenne toute son ampleur, l’artiste entend bien projeter son œuvre dans une galerie. L’occasion de le faire découvrir à un public non-connecté : « Mon site s’adresse aussi bien à des visiteurs actifs qu’à des spectateurs passifs qui n’ont pas forcément envie de manipuler les images et les sons. » Pourtant, à terme, Reynald aimerait faire définitivement abstraction de l’écran de l’ordinateur et permettre à l’utilisateur d’agir directement avec son corps.

Le corps, justement, une constante dans les quatre thèmes affichés sur le site. Alter Native met en scène un homme et une femme face à face qui se rapprochent en braillant alternativement, puis les deux à la fois, avant de se sourire mutuellement : une scène de réconciliation interactive inspirée de l’œuvre de Marina Abramovic. Avec A l’origine, il apporte sa modeste contribution à l’Origine du monde en illustrant un passage de la version reprise par Vincent Corpet vers l’original de Courbet. « J’ai refait intégralement les deux peintures à l’huile et j’y ai collé mes propres poils de barbe. »
Mais l’ultime ambition de Reynald, c’est de percer – voire de saborder – le cercle fermé et conservateur des artistes reconnus. D’où cette farouche volonté de s’afficher partout et de s’autoprojeter à outrance dans son œuvre. Le milieu techno se contente d’apprécier les qualités techniques et graphiques d’Alteraction (à Imagina ou au MIME de Montréal) sans y percevoir les nombreuses références à l’histoire de l’art : « Le milieu de l’art ne voit en l’Internet qu’un simple outil de communication à travers lequel l’art n’a pas sa place. » L’outil informatique est certainement pour quelque chose dans cette aversion généralisée. Mais, curieusement, les artistes reprochent à l’art numérique de ne reposer sur aucune matière et aucun support. L’Internet, trop abstrait ?
http://www.ensba.fr/alteraction




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