Renart, moine-soldat du synthé

RENART

La pop ne propose plus que du carton-pâte affriolant à l’extérieur et creux à l’intérieur ? Renart, l’un de nos coups de coeur musical du mois, l’ancre dans la mystique médiévale pour lui redonner de l’âme.

À ceux qui pensent que c’était mieux avant, Rod Dreher propose d’emprunter les couloirs du temps. Dans son excellent livre Comment être chrétien dans un monde qui ne l’est plus (Artège), l’essayiste américain aux faux airs de James Murphy nous invite à nous inspirer de saint Benoît et de sa fameuse règle rédigée dans les années 50. Son guide de survie au monde contemporain est riche en conseils pratiques. Il manque néanmoins un chapitre sur la pop (au sens large), genre de moins en moins supportable pour l’auditeur pointilleux. Comment ne pas devenir débile en écoutant les disques qui font l’actu ? Comment sortir de cet enfer climatisé conformiste et radoteur ? Où trouver une musique moins terre-à-terre que les chansonnettes de Booba et le derrière de Nicki Minaj ? C’est notre quête quotidienne – et elle nous donne souvent l’air ahuri d’un des Monty Python dans Sacré Graal.

Le jour où on reçoit par mail le premier album de Renart, présenté par son attaché de presse comme « un précieux grimoire sonique de techno médiévale futuriste », on se dit qu’on tient peut-être enfin une piste sérieuse pour le salut de nos oreilles. Renart a piqué son pseudo dans Le Roman de Renart. Il s’intéresse à l’histoire et glisse dans ses interviews d’alléchants fromages : « C’est vrai que le passé joue un rôle important dans mes recherches. J’utilise des modulateurs électro-scolastiques permettant de recréer les caractéristiques sonores de lieux anciens ou qui auraient pu exister. Nous avons par exemple un filtre carolingien nous permettant d’émuler l’acoustique d’une bâtisse du XIIe siècle. » Son album Fragments séquencés brasse ambient, techno et oraison ; oscille entre Derrick May, KLF et Chrétien de Troyes. Idéal pour ceux qui se rendent en rave en robe de bure.

RENART, FRAGMENTS SÉQUENCÉS (CRACKI)

⭐⭐⭐

LOUIS-HENRI DE LA ROUCHEFOUCAULD

Paru dans Technikart #216, octobre 2017




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