LOLITA SENE : «C.» PAS SA FAUTE À ELLE

Astrid di Crollalanza

C’est le secret le moins bien gardé de l’alphabet. Après le A de l’alcool, le B de Beuh (ou bière pour nos amis alternos acharnés), il y a donc cette «C», ou «CC», voire «S» pour les furieux du verlan. Ensuite il y a la «D» évidemment, version concentrée du «E» de l’ecstasy et ainsi de suite jusqu’au H de l’héro voire au Special K qui n’a plus grand chose à voir avec un bon paquet de céréales. La troisième lettre de l’alphabet reste toutefois la plus utilisée de toutes, et rendons grâce à cette Sue Lyon du nouveau siècle d’avoir ainsi combattu au pied de la lettre. Le monstre incurvé est un dragon à mille têtes parfois familières avec ses occasionnels, ses toxicos, ses dealers souvent taciturnes… Véritable fée Clochette arrivée de Montpellier avec des rêves pleins la tête au milieu des années Sarkozy (2008), son personnage de Juliette ne tarde pas à passer de fêtes en fêtes, de bras en bras et de pailles en pailles. Écrit dans un style clinique, C. cherche simplement à rendre compte de la terreur chimique qui s’abat sur vous dès lors que vous perdez la vue dans une overdose au moment où vous vous sentiez le mieux du monde en écoutant Blood orange à l’heure de boire un jus de fruits. Elle a ainsi décidé d’être utile dans une ambiance Less than zero-zero, double hommage à Bret Easton Ellis et au bar de la rue Amelot où elle a remporté son titre de « paille d’or du XIème arrondissement ». Et livre même quelques conseils pour arrêter la C et passer au V (le vin rouge qu’elle défend avec gouaille sur son blog J’aime ton wine), à commencer par effacer les 07 des dealos et surveiller ses fréquentations et horaires ! Mi- roman mi-document mi-testament d’une jeunesse partie en poussière comme du John Fante, un bouquin très contemporain à sniffer sans modération.

GUILLAUME FÉDOU

C., la face noire de la blanche, de Lolita Sene (éditions Robert Laffont, 216 pages, 17€)




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