LES POPEUX

Paru dans Technikart n° 34
Attention, une frange peut en cacher une autre.
L’autre soir, à La Loco, on a vu ce spectacle archaïque : une foule dansant les bras levés sur les Happy Mondays et sirotant sa bière à la paille. Plus tard, on pousse la porte du Pop In, caverne enfouie près de la République, pour y découvrir des jeunes gens en tee-shirts taille 12 ans et coupes au bol. Merde. On les avait oubliés. Les popeux. Tous ces fans des Smiths et des Charlatans, ex-lecteurs des « Inrocks » qui sont passés à « Magic » parce qu’il y avait vraiment trop de reportages sur les sans-papiers. Il n’y a pas si longtemps, leurs groupes préférés donnaient le la en matière de tendance : Teenage Fan Club, Stone Roses, Ride, Blur, Lush, Pulp… Chaque parole de Morrissey se voyait accueillie comme une bulle papale. C’était avant le trip hop. C’était avant la house.
Aujourd’hui, les popeux forment une tribu, à ranger entre les hardrockeux et les hardcoreux, avec ses cultes oubliés, ses rassemblements façon Puy-du-Fou. Récemment, Belle And Sebastian, champion de pop intimiste, las d’en être réduits à faire la tournée des ports, a décidé d’organiser son propre festival, le Bowlie Weekender, et d’inviter ses « stars favorites » (Teenage Fanclub, Vic Godard…). Pathétique ? Pas sûr.
Maintenant que leurs goûts ne font plus la loi, les popeux nous paraissent sympathiques. Et bagarreurs ! On ne les croyait pas aussi mordus, les bougres. De passifs bouffeurs de mode, les voilà défenseurs héroïques de leur bannière. Ils s’organisent en réseaux, comptent leurs membres. Finalement, les tribus revivalistes ne sont pas aussi ringardes qu’on voudrait le croire : les diktats de la tendance mis de côté, reste la passion qu’on a mise dans une musique.
Vivement que la house soit démodée.




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