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On a maté les César avec Jean-Pierre Mocky !

 

Ce soir, on s’incruste chez l’éternel râleur du cinéma français. Devant la télé, cigarillo au bec et binouze à la main, le réalisateur d’«Agent trouble» (son seul César pour le rôle de Dominique Lavanant) va mater avec nous les César. Eloignez les enfants, magnéto.

20h48 • Denisot passe à la télé avant les César 
Jean-Pierre Mocky: «J’ai jamais su pourquoi Cravenne avait créé les César. Peut-être pour l’argent. Ça ne rapporte pas grand chose à personne, je suis foncièrement contre et j’ai fini par me fâcher avec Cravenne. Je me suis fâché aussi avec Denisot. Il a peur de moi, comme Drucker, que j’ai connu quand il vendait des saucisses dans un supermarché. Comme ils sont très soupe au lait, qu’ils veulent tout contrôler, ils ont peur que je déconne. Denisot, c’est pas un mauvais gars. Il est pas méchant mais il est peureux. C’est un ami à moi. Je l’ai connu alors qu’il travaillait pour “le Journal de la bière.”» 

21h03 • Jamel apparaît en tant que président de la cérémonie
«Je suis content pour Jamel. Quand un handicapé arrive à s’en sortir, moi je trouve ça bien, déjà, au départ. Je l’aime beaucoup, on est très copains. Je l’ai connu à Radio Nova, il me faisait venir dans son émission, il m’aimait bien. Mais que ce garçon vaille des centaines de millions, je renonce à comprendre. Peut-être parce qu’il représente un passeport contre le racisme. Là, par exemple, le fait de faire président un jeune arabe, ça décompresse la situation. Les César, c’est une compétition injuste à la base. C’est pas comme des sportifs qui courent un cent mètres et qui partent tous sur la même ligne de départ. Il n’y en a pas un qui a un moteur au derrière et l’autre qui part trois heures après. Comment voulez-vous qu’un film qui a coûté 32 francs rivalise avec un autre qui en a coûté 200 millions ? Ne serait-ce que pour la publicité… En plus, tous ces types sont jaloux les uns des autres, tous à la recherche des honneurs. Ils prennent ça très au sérieux, surtout les vieux, qui veulent baiser des filles. Les honneurs, c’est les honneurs des guerriers. Ils baisent les esclaves après. Ils ont eu un prix, donc ils ont droit à un coup de bite particulier. Regardez, ils sont tout contents. Ils sont cons comme des balais ! Oui, ils sont très contents, tous ces gens-là.» 

22h29 • César du scénario original pour «Amour»
«Haneke, je ne supporte pas. Essayez de passer un quart d’heure avec lui… Essayez de passer un quart d’heure entre – allez, je vous en donne trois – Angelopoulos, les frères Dardenne, Haneke et ajoutez-y James Ivory. Ces types sont tout ce qui est haïssable dans notre métier, tout ce que n’ont pas été Fritz Lang, Welles, Tati, Chabrol, même Godard !, qui ne se sont jamais pris pour la huitième merveille du monde. Gagner de l’argent avec des films sur les camps de concentration, sur des infirmes, sur le cancer, exploiter la misère humaine et en faire de l’argent, mais c’est cracher sur les morts ! Si je faisais un film sur la Shoah, par exemple, je donnerais la moitié de tout ce que gagne aux enfants de déportés. J’ai posé la question, l’autre jour, au producteur d’“Intouchables” que j’ai croisé dans un cocktail: “Sur ces 20 millions d’entrées, qu’est-ce que vous avez donné pour aider les handicapés ?”, il était incapable de me répondre.»

 23h35 • César du meilleur réalisateur
«Vous allez voir ça va être Haneke ou Audiard. Vous pariez ? C’est toujours les mêmes. (Haneke l’emporte.) Ah, il est baisé, l’autre barbu (Audiard). Il l’a dans le cul ! Ici, tout ce que je risque d’avoir un jour, s’il me voit bien malade en train de crever, c’est un César d’honneur, le même qu’ils ont donné à Darry Cowl ou à Bernard Blier. Et à Costner ce soir. Ça me rappelle une histoire à Cannes. Je déjeunais avec Clint Eastwood, un de mes meilleurs amis, que j’ai connu dans les années 60 à Rome. Le soir même, il y avait la remise des prix. Clint avait un film dans la compèt’. Un envoyé du Festival arrive au restaurant et dit à Clint qu’il faut qu’il se prépare car il va recevoir une Palme d’honneur. Il me regarde et me demande: “Qu’est-ce que c’est que ça ?” Je lui explique. Alors le père Clint se lève et dit à son impresario, un Italien: “Ticket for the plane, subito !” Il n’a jamais toléré d’avoir un prix d’honneur alors qu’il avait un film en compétition. Un prix d’honneur, c’est comme dire: “Vous étiez bien dans le temps, alors pour toute votre œuvre, on vous donne ce cadeau-là. Mais vos derniers films, c’est de la merde, vous ne valez plus rien.”»

23h39 • César de la meilleure actrice, la caméra s’arrête sur Léa Seydoux
«Léa Seydoux, c’est moi qui lui ai donné un de ses premiers rôles (“13th Fench Street en 2007 - NDLR). J’ai voulu rendre hommage à son grand-père qui avait pris mes films (Jérôme Seydoux, président de Pathé - NDLR), pour faire plaisir. Il ne voulait pas être celui qui lui mettait le pied à l’étrier directement. C’est devenue une star, elle tourne beaucoup. Elle était bien mais, pour moi, c’était une soubrette et on en a fait une vedette. C’est le même problème que pour Cotillard ou, avant, Annie Girardot et Marlène Jobert qui, pour moi, n’étaient pas des filles destinées à être des premiers rôles. Mais elles ont réussi à représenter le public, à être assez proches des jeunes filles normales. Mais je crois que c’est Emmanuelle Riva qui va avoir le César. (C’est elle, en effet.) C’est merveilleux ! Je suis content pour elle. C’est une consécration de carrière. Elle a toujours travaillé, puis on l’a oubliée pendant vingt ans. Je la connais comme ma poche. Je l’ai fait tourner dans “Y a-t-il 

un Français dans la salle ?” On m’a téléphoné pour parler d’elle parce que je suis un des rares encore vivant à l’avoir fait tourner. Je vais l’appeler demain. Ça va passer où cette interview ? (On lui explique à nouveau que c’est pour “Technikart”.) Qu’est-ce que ça veut dire ? C’est ça que j’ai pas compris.»

Propos recueillis par Sébastien Bardos.

 

Un documentaire inédit sur le tournage d'un des derniers films de notre Jean-Pierre national !

 


Moteur Psycho - Jean-Pierre Mocky - Quarks EP 3 par Graz_Style_Prod Pour son troisième épisode, Quarks a choisi de suivre l'inénarrable Jean-Pierre Mocky lors du tournage à gros budget de son dernier film. Maître ès provocation, virtuose du coup de gueule, gourou du look et Gilles de la Tourette du cinéma français, Mocky est une légende, le dernier des Mohicans. Film après film après film, rien ni personne ne peut arrêter cet hilarant lapin Duracell de 80 piges. "Moteeeeeeeeeeeeeur !"

Commentaires   

 
0 #1 Manu 16-04-2013 13:10
Il a rien dit sur Nicolas Guiot?
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