Vous êtes ici : Home Les blogs Performing Art

Les 15, 16 et 17 mai au Centre Pompidou, Grande salle, 20.30

"Déchirer l'espace du Chaos" 

Bouchra Ouizgen pousse un cri de l'intérieur une pièce majeure s’inspirant de quatrains de Djalâl ad-Dîn Rûmî, grand poète persan et mystique soufi à l’origine de l’ordre des derviches tourneurs, Ha !, la dernière création de Bouchra Ouizguen explore la folie .

En scène poursuivant, avec Fatéma El Hanna, Kabboura Aït Ben Hmad et Naïma Sahmoud, Bouchra Ouizgen nous livrent une grande , très grande pièce où le regard et l'oreille du spectateur vacillent sans cesse entre ce qui s' identifie, se perd , s'ajuste tel un kalédoscope de visions hallucinées .
Le son devient corps et le corps devient son .

Ouizgen en poussant les limites des catégories du genre s' échappe loin… libre , et fonce indépendante au delà de la binairité masculine / féminine de ce corps orientaliste souvent cliché et brouille les pistes de l' identification .
Une présence de corps assumée , icônes de la liberté dites Shiret entre 45 et 50 ans ces femmes nous conduisent au delà d' un cadre scénique et basculent les frontières de la place du corps .

La chorégraphe "déchire l'espace" et nous perd dans les dédales d'un labyrinthe extatique sonore celui guidé d'une musique intérieure celle que nous n entendons pas d' emblée celle qui va nous livrer à une danse de possessions qui gronde , boue, brûle , secoue , éclate , compresse , celle qui éclate le silence.

Les chants de litanie de rituels de guerrisons , souvent chantés par des hommes sont ici chanté par ces artistes , ces femmes .
Ha! crie , haa ! Hurle ! Ha ! respire , ha ! suffoque !
L' imaginaire de Ouizgen dépouille un rituel qui s' invente sous nos yeux .
Un rituel singulier fait de mémoires et de couches de savoirs qui se tissent entre les forces de la tradition et un savoir faire d' une construction dramaturgique érudit bien ancré à ce monde contemporain Marocain en pleine mutation.

Lors de retraites désertique avec sa horde féminine, pour écouter encore mieux le silence des zones vidées , ou encore s'entretenir dans les classes d' écoles , l' écriture de Ha ! se trace d' un parcours de récoltes fait de récits intérieures , de gestes de quotidien au débordement d'un corps vacillant .

La chorégraphie puise dans les expériences limites de patience , de ces corps qui marchent parcourent les flancs de montagne de l 'Atlas et se fondent à la roche .

Qu 'attendent elles ? Que voient elles ?

La danse explose pourtant sans crampes mentales comme un rire qui s'hurle de l' intérieur se libère et déjoue nos repères occidentaux sur la vision d'une féminité souvent perçue comme assujettie , soumise.
Bien au contraire face aux menaces d' un lendemain incertain, il s' agit de résistances .
Etre encore plus au présents … et de faire face tel un corps bouclier .
Ici ces corps deviennent une véritable palette d' icônes transcendées , déviées , chimères célestes , les danses créent des éspaces qui deviennent des astres pertubateurs , agitateurs .

La voie lactée de chez Ouizgen sert la métaphore d' une vision au delà de la vision : celle qui joue avec les dieux du théâtre celle qui déploient les crampes mentales .
La force poétique de la déchirure du regard de la chorégraphe nous laisse sentir un nouveau souffle sur la danse contemporaine .
Le son tout du long fait de chants à capella vacille entre mantra , slam, invocation, et nous bascule dans une lente et précise dérive faite d' hallucination .

Ha!!! nous invite à écouter ces mutations identitaires , celles qui s'opèrent au Maroc et puisent dans les forces de la tradition.
Ici ha! écrit un tout nouveau genre et souffle un retour dans le champ de la danse contemporaine à des questions de nouveaux formats moins prises de tête pour un micro milieu ici il s' agit de transes contemporaines où chacun peut avoir et vivre une véritable expérience

Où la danse sert une réelle fonction cathartique .

Alexandre Roccoli

Fabrice Ramalingom : My Pogo par Axel R pour Technikart

My Pogo ouvre et démultiplie un kaléidoscope de visions sans cesse stimulées, attaquées, décappées, jamais confortées où le corps du danseur n’ existe qu’en horde , déchainant un organisme mutant où l’endorphine s’ éclate d’énergies brutes et pourtant extrêmement maitrisées.

Il y a dans la nouvelle pièce de Fabrice Ramalingom une radicalité post punk qui dépouille l’énergie brute et incisive du pogo en allant puiser dans certaines mémoires de la musique faites de compressions Rock aux accents industrielle signée ici PYM –( Pierre Yves Macé )

Mr Ramalingom nous ouvre son « parlement des instincts » en s’adonnant à une écriture alerte, brulante où la physicalité devient matière sonore et nous guide en nous déroutant à une longue dérive sans errance qui transforme , ne traine jamais ,ne coince pas , ne se fige pas .
Il s’agit de faire corps à corps de devenir un corps à 5 têtes - bouclier résistant d’un monde menaçant qui ramènerait le corps toujours aux limites de la peur de vaciller.

La force se puisse dans le groupe, ici rien ne vacille, le corps n ‘ a peur de rien, le corps de l’un n’existant que par rapport à celui de l’autre.
La pièce « se joue de l’épuisement grégaire », le « groupe- tribue » ne place aucune concession, vaille que vaille, tête la première, cou de boules si il faut, l’engrenage s’huile de maillage et rouages d’une dynamo qui s’alimenterait d’elle même.
L’écriture ici fait preuve d’une puissance d’alchimiste rare.

Clément Garcia, Pep Garrigues, Ghyslaine Gau, Yuta Ishikawa, Chiharu Mamiya, Emilio Urbina se livrent à un combat de danse fait d’éclats de de matières de corps, d’états en ébullition : un organisme à 5 têtes aux identités constamment mutante

Il ne s’agit pas de punk à chiens sur le plateau en plein lynchage mais de danseurs aux savoirs des plus habiles nous plongeant dans un laboratoire de rapports qui se déploient de leur intériorité et de leurs trips.

La chorégraphie s’écrit sous microscope, tout se transforme rien ne se métabolise, le corps de l’autre supporte, pousse, fond, plie, renifle.
Les danseurs tels des neurones d’un cerveau en état d’hyper stimulation, attaquent, repoussent, expulsent, compressent, sautent, jamais tremblant , jamais conquis .


Le champ hallucinogène qui est traversé déclenche de grandes montées d’adrénalines qui exploseraient tel un état sous speed, où les vitesses seraient de plus en plus fulgurante comme un corps aliéné d’un Mosh Pitt d’une danse de possession à l’écriture d’un chaos minutieusement réglementé pourtant.

Un vent nouveau radical et nécessaire, généreux et très actuel, loin de tous clichés de danse contemporaine souvent trop distanciés vient de souffler.
Une véritable expérience charnelle qui affronte, fait face toujours de manière impertinente, sans dentelles, sans effet de discours.

Il s’agit bien de corps ici dans My pogo d’une génération nouvelle qui s’ouvre au futur et se réveille dans un champs de la danse contemporaine souvent endormie, enkilosée, masquée sous le poids d appareillage théorique et conceptuel souvent désuet !

Un beau coefficient de réalité à consommer sans limite !

Crédit photo - Frank Boulanger

 


 

dates de tournée 2013
27 février Les Hivernales d'Avignon
10 juillet Festival Les nuits de Sel (en cours)
8 novembre Théâtre de l'Olivier à Istres
13 décembre au Théâtre de la Genette Verte à Florac dans le cadre de Montpellier Danse en Languedoc-Roussillon.

http://www.rama.asso.fr/

Contact

Technikart magazine
Passage du Cheval-blanc
2, rue de la Roquette • 75011 Paris 

Tél: 00 (33)  1 43 14 33 44

Fax: 00 (33) 1 43 14 33 40

 

Abonnement : www.objetculte.com

 

La rédaction Technikart

Publicité

Newsletter