Aux frontières du Bauhaus et du cartoon, l’univers de Philippe Decouflé est toujours prétexte à émerveillement. Ainsi, la musique de Decodex, ballet pour hommes-grenouilles palmés, microbes sauteurs et autres monstres à excroissances postatomiques, fait, elle, l’objet d’une parution en CD. Composée par Hugues de Courson (ancien Malicorne et auteur de Lambarena), et Sébastien Libolt (ex-VRP), elle nous emmène de musiques orientales en valses-musettes, frôlant parfois l’ambient.
L’iconoclaste Libolt dévoile un univers qui sent bon la fête foraine et la musique tzigane. Guitares manouches, accordéons musette, carillons, mais également samples, sanza et flûtes de bergers peuls se mêlent au gré de mélodies africaines (l’Horloge) ou indiennes (le Chien jaune), de pièces de cirque à la Nino Rota (Forain) et de valses mélancoliques et disjonctées (Denise). Avec Hugues de Courson, la fête est finie. Très sombres, ses pièces semblent décrire l’absence dans le village après le départ des forains. Le superbe ensemble de cordes arabo-andalou de la Mer noire laisse vite la place à un Orient plus menaçant (Gaïdra gonflable), et l’entêtante Valse des scaphandriers somnanbules n’est pas sans rappeler la tristesse allègre de Satie.
En véritables alchimistes, menés par la baguette de l’apprenti-sorcier Decouflé, Libolt et Courson parviennent à recréer la magie de Decodex, évitant soigneusement les écueils de la world music pour laisser place à de blafards airs de fêtes.
« Decodex » (Polygram).