Le vieux garçon, nouveau sex-symbol littéraire ?

LHDRL

Ça devient rageant : à 31 ans, le responsable de nos pages musique en est déjà à son sixième livre. Et le pire ? Il est bon.

Ceci aurait pu être une coquille, mais vous avez bien lu. En effet, les fidèles lecteurs que vous êtes avez l’habitude de voir le nom « Louis-Henri de La Rochefoucauld » en bas de page sous la forme d’une signature d’article – y compris dans les présentes pages livres. Mais ce grand fan de groupes à synthé a également son côté obscur : son activité d’écrivain. À 31 ans, LHLR peut en effet se targuer d’être déjà l’auteur de six ouvrages, dont l’épatant La Révolution française. Pour être très honnête, lorsque son dernier ouvrage est arrivé dans notre boîte aux lettres, on s’est spontanément demandé, avec un peu d’inquiétude, si on saurait quoi lui dire et, éventuellement, quoi écrire dans ces pages. Une critique-ascenseur façon Le Point ? Un publi-rédac’ avec mention « les écrivains de Technikart » ? Après lecture du Club des vieux garçons, il convient désormais d’oublier tout tracas initial : ce roman est un régal, et on assume !

S’il a vu le jour en 1984, François de Rupignac est né vieux. Un véritable « anachronisme sur pattes ». Rejeton d’une des plus vieilles familles de France, il a grandi dans le culte d’un grand-père général très charismatique – « un monolithe, un menhir ». Mais le petit François confesse aussi une tendresse pour le frère de son fier aïeul, grand dadais excentrique passionné de chasse. En pension à Juilly, François va rencontrer son alter-ego (ou presque), Pierre, fils d’un prof de français néo-hippie de Besançon. Tous les deux vont ainsi monter au lycée un journal qui va faire scandale, Le Pachyderme. Il ne s’agissait là que d’une première étape avant un projet plus ambitieux, quelques années plus tard : un « club réservé aux hurluberlus », sur le modèle du Jockey, qui s’appellerait le « Club des vieux garçons ». Le profil-type du membre ? Un homme ou une femme (oublions le genre) qui « aime les feux de cheminée, les couchers de soleil, les chaussettes montantes, l’humour anglais et les vestes d’intérieur » – la littérature, aussi… Les réunions mensuelles seront l’occasion de former un cercle d’olibrius pour qui, bientôt, il conviendra de passer à l’action. Et la révolution de ces « chaps » prendra des formes aussi cocasses qu’inattendues.

ROMAN À LODEN ?

Bien sûr, ce Club des vieux garçons ne manque ni de charme, ni d’humour. Mais au-delà des péripéties potaches, c’est surtout un parfum de mélancolie proustienne (eh oui !) qui séduit dans ce roman de passage à l’âge adulte, où le poids des ans ne se situe pas forcément où on l’attend. Il n’est d’ailleurs pas obligatoire de porter un loden, de se déguiser en Sherlock Holmes ou de décorer sa chambre avec des têtes de sanglier pour prendre un plaisir infini avec ces quelque trois cents pages. Alors, à quand Louis-Henri de La Rochefoucauld sous la Coupole, en tenue d’immortel ?

Le Club Des Vieux Garçons, DE LOUIS-HENRI DE LA ROCHEFOUCAULD (Stock, 328 p., 20 ¤)

⭐️⭐️⭐️

BAPTISTE LIGER

Paru dans Technikart #209, février 2017




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