Le Top 4 : la nouvelle selon Masud 

Ernest

Notre ancien collaborateur Mehdi Masud sort son premier recueil de nouvelles, le décapant Poussière d’étincelles et verres fumés (éd. Crispation, 100 pages, 10€). Il nous livre son top « format court ».

Ernest Hemingway, « L’étrange contrée »

On retrouve Hemingway (toujours aussi agaçant que fascinant, quand il relate la guerre d’Espagne par exemple) en virée dans les Everglades, en compagnie des moustiques et d’une femme bien plus jeune que lui. Une Buick de location couleur sable, du fric plein les poches, du whisky soda dans un sac en carton. L’essentiel. Comme son style, désossé, dur, ultra-efficace . On ressent le malaise de « Papa »;  en proie au vide, à ses propres mensonges, sa solitude. Avec en fond le soupçon incestueux qui plane au dessus des dialogues tendres et violents à la fois. L’étrange contrée, c’est l’amour. Pas seulement le vagin de sa copine, comme j’ai pu le croire lorsque je l’ai lu pour la première fois il y a une dizaine d’années. 

Jacques Sternberg, « Marée basse »

« Marée basse », c’est la nouvelle qui sert de prélude au roman « Le coeur froid ». Une plage abandonnée, une silhouette: la rencontre de la perfection. Cette femme sans réaction ni émotions, qui ne ressent ni la fatigue ou la faim, lui dit oui et lui jure fidélité dès qu’elle lève la tête, un peu comme dans un film de Blier, c’est désespérant. Et souvent hilarant. C’est la rédactrice en chef d’un magazine parisien – étant certaine que je m’en étais inspiré – qui m’a fait découvrir Sternberg il y a peu. J’adore cet auteur depuis, car il utilise une langue simple mais pleine de grâce, un ton trempé d’un magnétisme lancinant.

Nicolas Gogol, « Le nez »

Le barbier Ivan Iakovlievitch se réveille un matin sans son nez et découvre que celui ci est devenu un officier renommé de Saint Petersbourg. Le monde entier connaît cette histoire. Gogol sublime par sa prose le ridicule, les humiliations sociales, la jalousie et la puissance du grade avec une cruauté et un degré d’humour qui me rendent fou. Il arrive à donner une âme à un appendice et rend littéralement palpable le désespoir de son personnage. Les dialogues sont impeccables, et hurlants de modernité. Une tuerie totale.

Somerset Maugham, « Il suffit d’une nuit »

Les dîners mondains avec courbettes dans un jardin florentin, les comtesses piaffant au milieu de tweeds cintrés sous fond de suspense à la Agatha Christie, pas vraiment ma tasse de thé au départ. Pourtant, son univers est davantage proche d’un Proust ou d’un Scott Fitzgerald. C’est assez captivant, cette histoire de meurtre au couteau déguisé en suicide, l’auteur sait vraiment tenir son lecteur par la gorge. C’est une leçon d’écriture, autant pour l’intrigue huppée, le style classieux, que les dialogues qui contiennent ce qu’il faut d’astuce et de vivacité. Je crois que Maugham était bisexuel, et on le ressent. Son attirance pour les deux genres transpire. Bon, un peu plus pour les mecs, j’ai l’impression.




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