Le LSD à micro-dose rend-il con ou créatif ?

MPK

Notre reporter a testé la dernière lubie venue de la Silicon Valley : ingérer du diéthylamide de l’acide lysergique (LSD) à micro-dose serait un sacré booster de créativité au travail. Le point de vue de Muriel Grégoire, psychiatre et addictologue à l’hôpital Marmottan.

Techniquement, en quoi le LSD peut-il stimuler la créativité ?
Muriel Grégoire :  Par des IRM fonctionnels, on constate la stimulation de nombreuses zones du cerveau qui, d’habitude, ne marchent pas ensemble. Mais on n’explique pas encore « scientifiquement » cette hyper connexion.

D’où vient cette sensation d’euphorie et de bonne humeur ?
Le LSD agit sur les récepteurs sérotoninergiques. Il a donc une action sur la dopamine, la noradrénaline mais aussi et surtout sur la sérotonine. La sérotonine est vraiment la molécule qui régit l’humeur : une personne très déprimé n’a pas exemple plus de sérotonine.

Le mot qui revient le plus souvent dans mon expérience est celui de « focus » ou « concentration ». Comment l’expliquez-vous ?
On cerne assez bien l’action des amphétamines sur la dopamine, qui donne un effet de focus et de concentration. Pour le LSD, c’est un peu plus complexe et différent : on peut se concentrer mais on a une vision plus globale. On est plus conscient de soi, de qui on est, et aussi de son environnement. Il y a une  hyper-conscience que l’on ne retrouve qu’avec les drogues psychédéliques. Et à haute dose, il y a aussi ce que l’on appelle le sentiment océanique, c’est à dire le besoin d’être en unité et en harmonie avec le monde.

Existe-t-il un risque physique suite à la prise quotidienne d’une micro-dose de LSD ?
Il peut y avoir des problèmes artériels avec des doses plus importantes, à partir de 150 microgrammes. Sur le microdosing, on a très peu de recul sur son effet à long terme. Ce que je sais, c’est que le Dr Fadiman avait déjà fait des expériences sur cette pratique dans les années 60 et qu’il n’avait repéré aucun problème. Quoi qu’il en soit, le LSD n’est pas un neurotoxique comme certains psychostimulants : il ne détruit pas les connexions neurologiques.

Et sur les dents ?
Il peut y avoir une sensation d’attaque de l’émail. C’est plus une conséquence de l’effet du produit sur les glandes salivaires, il y a du coup un peu d’acidité dans la bouche.

Et les risques psychiatriques ?
Le risque psychiatrique est le plus important. Avec des doses importantes, il s’agit du « bad trip », un état psychotique aigu qui dure quelques heures, avec  délire interprétatif, sentiment de persécution, angoisses massives, etc. La seul chose qui pourrait m’inquiéter avec le microdosing, ce serait une addiction psychologique au fait de se sentir « créatif ».

Attention la consommation de drogues est néfaste pour la santé

MICHAEL PECOT-KLEINER
PHOTOS FLAVIEN PRIOREAU & NI-VAN

Le Dr. James Fadiman au sujet de son livre Psychedelic Explorer’s Guide sur le micro-dosing, ses effets et ses risques


Paru dans Technikart #203, juillet-août 2016

Photo : Thomas Laisné Maquillage : Yann Boussand Larcher II pour NARS Cosmetics Coiffure : Rudy Marmet pour Bumble & Bumble

Photo : Thomas Laisné
Maquillage : Yann Boussand Larcher II pour NARS Cosmetics
Coiffure : Rudy Marmet pour Bumble & Bumble




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