LA SPIRALE

Paru dans Technikart n° 50
Contre toute attente, le site du mois ne ressemble pas du tout à Boursorama.
Conspiration, piratage, musiques électroniques, activisme en ligne et, bien sûr, sadomasochisme… Depuis six ans, la Spirale passe au mixer toutes les contre-cultures. Avec ses images déviantes et ses interviews exclusives de déjantés, ce magazine devrait électriser vos paupières alourdies par l’insipide ronronnement mercantile du Web français. Normal : on y trouve les témoignages les plus hallucinants d’Internet. Quelques mois avant sa mort, Timothy Leary confesse d’ultimes pensées délirantes. Marilyn Manson lâche de fausses provocations. Cindy Plenum, reine du X, défend les bienfaits de la zoophilie. Les Volontaires pour l’Extinction de l’Humanité prônent l’interdiction du coït à visée reproductive. Le savant Kevin Warwick justifie son dangereux projet de greffe neuronale. Les media-terroristes militent pour le guerilla art et la très fétichiste Poupée Mécanique râle son plaisir dans du latex.
Sous-titré « An e-zine for the digital mutants », la Spirale est un maelström baroque conçu par l’agitateur on-line Laurent Courau. « Ma mère était baba cool. Du coup, je suis devenu punk, grogne-t-il. Elle m’a emmené au Maroc, en Inde et même dans les Cévennes avec les chèvres ! A 13 ans, adorateur de Sid Vicious, j’ai voulu me couper les cheveux et avoir une guitare électrique. Elle m’a tout interdit. » Trop énervé ! A 15 ans, frustré de musique violente, Laurent Courau publie des fanzines. Quand déferle la vague hardcore, il organise une quarantaine de concerts (Fugazi, Nomeansno, Godflesh), tout en bidouillant des flyers sur Amiga. Quand la techno-indus débarque, il se forme tout seul à la palette graphique et aux régies de montage. Clips pour le groupe Spina, première pub de Beck, dessins animés… Le voilà graphiste 3D, journaliste pour Arte et « le Monde interactif » et gourou despotique de la Spirale.
Son plus beau fait de guerre : une interview de La Milice du Montana, un groupuscule paramilitaire qui fabrique des armes pour lutter contre les extraterrestres. Autre action d’éclat : une enquête souterraine sur la cryogénie. Laurent Courau parvient à rencontrer les directeurs des trois principales sociétés qui congèlent des humains, la tête en bas, « pour qu’en cas de fuite du container, seuls les pieds soient dégelés ! » Distant, ironique, Laurent Courau s’intéresse à tous les fous sans jamais adhérer à leur trip. La cyberculture ? « C’est l’underground californien des années 80 récupéré par des suiveurs et de futurs start-uppers sans ambition. »
Les activistes de tous bords ? « Des dingues égocentriques et mégalos, mais sympathiques : leur dinguerie participe à la richesse de l’époque. » Le bon goût ? « L’ennemi de la créativité. »
Electron libre, Laurent Courau préfère discuter avec les pires timbrés que regarder la télé. Nettement plus drôle d’échanger des mails avec une body-buildeuse blonde qui veut devenir immortelle ! « Il y a un côté voyeur dans la Spirale : j’observe des fous divers et variés, j’expose des images bizarres, j’analyse des mouvances de cul à la jonction des modifications corporelles et des nouvelles technologies. Tout ce qui est marginal et barré, dans le côté obscur de la culture actuelle m’intéresse. » Parce que c’est là que ça se passe.
http://www.laspirale.org
L’interview de Laurent Courau et les meilleures images du site sur www.technikart.com




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