THIERRY ARDISSON
« NON ! »
_56 ans
_Animateur de «Tout le monde en parle» depuis 1998 et de «93 rue du faubourg Saint-Honoré» depuis 2003.
_Producteur d’«On a tout essayé», «Paris dernière»…
_Ancien pubard («Quand c’est trop, c’est Tropico», «Lapeyre, y en a pas deux»), cocréateur avec Gérard Ponson d’«Interview» en 1992, qui deviendra «Entrevue». Le revend en 1995.
_Porte des costumes noirs et refuse d’enfiler slip ou boxer.

VS

OLIVIER MALNUIT
« OUI ! »
_35 ans
_Rédacteur en chef-adjoint de «Technikart» depuis 2002.
_A créé le site jeboycottedanone.com après le licenciement de 575 ouvriers. Attaqué en justice par Danone pour contrefaçon, il gagne son procès en 2004.
_Auteur de l’article sur Thierry Ardisson «Je vous demande de vous arrêter» au printemps 2003.
_Porte des baskets bleues made in China et les lunettes de Michel Serrault dans «la Cage aux folles».

«Alors, Olivier, toujours vivant ? » Les réconciliations Ardisson-Technikart se font un beau matin de septembre, au café en face de son QG du 93 faubourg Saint-Honoré. Le numéro de Technikart qui a causé la grosse brouille est posé sur la table («Thierry Ardisson [1985-2003] Et si plus personne n’en parlait ? »,n°72, mai 2003). Et notre ressuscité assure à Olivier Malnuit, l’auteur à l’époque de ce beau flingage,que s’il le traite de « connard » dans ses Confessions d’un baby-boomer, il s’agit là d’un « terme affectueux »
Mais bien que nous soyons heureux de le retrouver après un black-out de deux ans et demi, nous restons convaincus d’une chose : l’animateur de Tout le monde en parle – si prompt à déstabiliser ses invités du samedi soir avec des adversaires-surprise ou des « Questions qui tuent » –, protège si farouchement son image qu’il ne supporterait jamais que les « méthodes Ardisson » lui soient appliquées. C’est parti, les mecs ?

 

MÊME PAS MORT !

EN MAI 2003, «TECHNIKART» ANNONÇAIT VOTRE MORT MÉDIATIQUE. DEPUIS, VOUS AVEZ TOUT CHANGÉ: VOUS AVEZ REBOOSTÉ VOTRE ÉMISSION, VOUS VOUS ÊTES MIS À LA PRODUCTION CINÉMATOGRAPHIQUE, ET VOUS RACONTEZ VOTRE PARCOURS DANS «CONFESSIONS D’UN BABY-BOOMER», UN LIVRE D’ENTRETIENS. CETTE RENAISSANCE SERAITELLE À IMPUTER À LA CHOC-THÉRAPIE «TECHNIKART» ?
Thierry Ardisson
: Le jour où on s’est rencontré, Olivier, c’était la fin de la saison, j’étais fatigué, pas vraiment en forme, je ne voulais plus faire d’interview. Et puis je me suis dit : « Bon, c’est Technikart, ce sont des mecs sympas, tout ça, allons-y. » Et quand j’ai lu ton papier, putain !, ça m’a fait un choc. L’article m’a vraiment blessé. Mais à toute chose malheur est bon : ça a généré ce bouquin.Pour le reste, je ne pense pas que ce soit dû au magazine, quand même !
Olivier Malnuit : Je comprends que l’article t’ait blessé. Mais ce que je trouve surprenant, c’est que le créateur d’Entrevue et du slogan «Toutes les vérités sont bonnes à dire » soit froissé parce qu’un journaliste n’a pas été gentil avec lui. Et, aujourd’hui encore, tu vas beaucoup plus loin chaque samedi soir. Il y aurait donc deux poids deux mesures : on aurait moins de droits en presse que toi en télé.
Th.Ardisson : Non. Moi, j’ai les gens en face de moi, c’est filmé, je leur pose une question et ils répondent.Toi, t’es parti dans ton coin, et t’as fait un papier ultraméchant, ça n’a rien à voir.
O. Malnuit : Sur cette couverture, on t’a couillonné, certes, mais c’était à l’exacte proportion du côté « officiel » de cette photo : tu nous avais imposé ton photographe, on s’est retrouvés avec cette photo un peu lugubre. Tu verrouilles ton image et tes propos alors que tu mets tous les autres à nu dans Tout le monde en parle. C’est tout le problème avec le personnage Ardisson : on voit Iggy Pop en costard à la télé mais, en réalité, c’est Benoît XVI sans les chaussettes !
Th. Ardisson : Trouve des gens qui sont dans ma position et qui sont aussi libres dans leur discours,aussi transparents.Essaie d’interviewer Jean-Luc Delarue ou Michel Drucker, tu verras la différence…
O. Malnuit : Mais toi, contrairement à un Delarue, tu nous as beaucoup appris en termes de techniques d’indépendance et d’insolence journalistiques. Et,finalement, tu es dans un contrôle presque maladif de tes propos et de ton image.
Th. Ardisson : J’ai envie d’être beau en photo, c’est tout. Et si je vous demande de relire mes propos,ben,c’est normal : avec votre magazine, y a un passif ! Cela dit, je ne sais pas si t’es au courant, mais j’avais pris des risques pour toi, Olivier. Quand tu avais fait Danonemachin (le site www.jeboycottedanone.com – NDLR), je t’avais donné la parole (à Rive droite Rive gauche sur Paris Première – NDLR), et j’avais eu les pires problèmes avec la chaîne, qui n’avait aucune envie de se disputer avec le groupe Danone.
O. Malnuit : Ah, je ne savais pas…

LES TRENTENAIRES DOIVENT-ILS TUER LES BABY-BOOMERS ?


DANS LE LIVRE, VOTRE INTERVIEWEUR PHILIPPE KIEFFER EXPLIQUE NOTRE COUV’ DE «TECHNIKART» EN DISANT QUE «C’EST LE COUP ASSEZ CLASSIQUE DU MEURTRE DU PÈRE» ET QU’ON VOUS FLINGUAIT «COMME TOI TU EN AS FLINGUÉ D’AUTRES». VOUS L’AVEZ PRIS COMME ÇA ?
Th. Ardisson
: Disons qu’aujourd’hui, notre génération, celle des baby-boomers, occupe des places stratégiques dans les médias et ailleurs. Et ceux qui ont 30 ou 40 ans, ben, si j’étais à leur place, je serais terriblement énervé. Il y a peu de place, et nous, on est là pour encore vingt ans, minimum… Et ça ne fait que commencer : quand les mômes vont travailler la moitié de leur temps pour payer la retraite d’une bande de connards qui fumera des pétards à Goa, c’est sûr que ça va encore plus les énerver !

CETTE CRISE-LÀ, ON EN PARLE SUR UN TON BADIN, MAIS ELLE VA SÛREMENT ALLER EN S’AMPLIFIANT.
O. Malnuit
: Pourquoi ne pas avoir fait, avec ton livre, une mise au point sur le sujet des baby-boomers, très critiqués aujourd’hui ? Parce que là, dans ton bouquin, on a droit à une longue interview dans laquelle tu dis ce qu’on a déjà pu lire ailleurs, non ?
Th.Ardisson : D’abord,je ne voulais pas faire un livre sociologique, mais simplement raconter le destin d’un baby-boomer, moi. Et il y a des choses qui ont été mal racontées : par exemple, j’ai toujours dit que j’avais eu une enfance malheureuse, alors qu’avec le livre on voit bien l’importance de mon père. Et puis j’assume mon côté « killer » dans les années 80. Y a plein de choses qui n’ont jamais été dites !

DR. THIERRY OU MR. ARDISSON ?


SERIEZ-VOUS CAPABLE DE SUBIR CE QUE SUBISSENT LES INVITÉS DE «TOUT LE MONDE EN PARLE»: NE PAS SAVOIR S’ILS VONT AVOIR AFFAIRE AU GENTIL DR. THIERRY OU AU MÉCHANT MR. ARDISSON ? CELUI QUI LES ENGUEULE POUR DES PÉCADILLES, QUI LEUR MET UN ADVERSAIRE-SURPRISE DANS LES PATTES ET QUI FAIT LE MONTAGE DERRIÈRE À SA GUISE…
Th.Ardisson
: Je pense que oui. J’apprécierais, si j’étais invité à Tout le monde en parle, le fait qu’on rende les gens plus intelligents au montage. On coupe les répétitions, les hésitations, les digressions…

Y A-T-IL DES PICS D’AUDIENCE QUAND VOUS VOUS MONTREZ MÉCHANT AVEC LES INVITÉS ?
Th. Ardisson
: Non. Mais on n’a jamais mesuré s’il y avait une corrélation entre la méchanceté et l’audience. Y a des pics d’audience quand c’est rigolo, c’est tout. Et je ne me trouve pas si dur avec les invités. Aujourd’hui, je me suis beaucoup ramolli.
O.Malnuit :Tu en es où de ta « druckerisation » ?
Th. Ardisson : Au maximum, je ne peux pas aller plus loin !

ET VOUS ALLEZ CONTINUER À INVITER LES «INFRÉQUENTABLES», LES DIEUDONNÉ, SORAL, RAMADAN, NABE… ?
Th.Ardisson
: Oui,avec un bémol pour Dieudonné,quand même,compte tenu de ce que je lui ai dit la dernière fois qu’il est venu. Je l’inviterai de nouveau le jour où il aura changé de discours. Je ne pense pas que se servir de l’antisémitisme soit une manière efficace de défendre la communauté noire. Tant qu’il défendra les Noirs en attaquant les juifs, je ne l’inviterai pas.
O. Malnuit : Pour revenir à ces histoires de montage : si tu avais un rapport de transparence totale avec l’interviewé…
Th. Ardisson : Mais pourquoi aurais-je un rapport de transparence totale ? Vous, elle est où, votre transparence ? Tout ce que je dis là, pendant une heure, vous allez en faire deux pages.Vous allez décider de ce que vous allez garder, vous allez couper… La presse s’arroge ce droit – interviewer les gens pendant une heure pour faire paraître quelques feuillets –, et si vous le faites à la télé, elle vous le reproche. Je ne comprends pas.

PAUSE BISOU ?


BON, POUR MONTRER QUE VOUS ÊTES TOUT À FAIT RÉCONCILIÉS AUJOURD’HUI, SERIEZVOUS PRÊTS À FAIRE UNE «PAUSE BISOU» ? SUR LES LÈVRES, MAIS SANS LA LANGUE, HEIN !
Th.Ardisson
: Ah ah ah !
O. Malnuit : Euuuuh… je préférerais pas.
Th.Ardisson : Pas de bisou, alors, mais on peut se serrer la main.
(Les deux hommes se serrent très officiellement la main.)
Th. Ardisson : Bon, Olivier, je pense que t’es un bon journaliste, que ton papier était méchant et que j’en étais la victime. Mais tu l’aurais fait sur quelqu’un d’autre, je l’aurais trouvé très bien !
O. Malnuit : Ah ça, c’est de la confession !

QUI ES-TU, THIERRY ARDISSON ?
Le pitch, vous le connaissez: les années pub-défonce-Palace, le plagiat de «Pondichéry», son expérience homo… Tout ça se retrouve dans ces «Confessions d’un baby-boomer », recueillies par Philipe Kieffer (ex- «Libé», producteur d’«Ubik») à la suite de notre annonce de la mort médiatique d’Ardisson. Les deux hommes reconnaissent le rôle déclencheur de notre «nécro» publiée à un moment où l’animateur traversait un «passage à vide», aujourd’hui visiblement surmonté.

QUI ES-TU, OLIVIER MALNUIT ?
Le grand public le connaît surtout pour ses prises de parole sur les plateaux de diverses émissions télévisées: on a pu le voir expliquer pourquoi il fallait «virer les vieux», dans une chemise non repassée, chez Arlette Chabot et au JT de France 2. Ou lorsque, à la suite de la fermeture par Danone des usines de Calais et Ris-Orangis au printemps 2001, il avait ouvert le site jeboycottedanone.com. Publie prochainement «La France s’emmerde, mais ça pourrait être pire» (éditions de l’Archipel).