Gilbert & George : « Les punks se sont inspirés de nous ! »

G&G

Ces deux londoniens en costume de tweed sont les représentants les plus scandaleux et les plus attachants de la scène de l’art contemporain. Tea-time conversation. 

Peut-on imaginer les carrières artistiques que vous auriez eues si vous ne vous étiez pas rencontrés il y a cinquante ans ?
George : Je préfère ne pas y penser ! Lorsque nous nous sommes rencontrés le 25 septembre 1967 à la Saint Martin’s School of Art, j’arrivais du fin fond de l’Angleterre et Gilbert était un immigré italien. Nous étions les élèves les plus pauvres.
Gilbert : Nous n’avions pas, comme les étudiants issus des classes moyennes, la possibilité de retourner dans notre famille si nous 
n’arrivions pas à gagner notre vie. Matériellement, nous ne pouvions pas échouer. Nous étions obligés de réussir ! Il nous est très vite apparu que c’est à deux que nous pouvions inventer quelque chose de nouveau. C’est ainsi qu’au lieu d’être des sculpteurs, nous sommes devenus des sculptures vivantes.

Dans votre fameuse Singing Sculpture, vous interprétez un morceau, « Underneath the Arches », qui est devenu en cinquante ans un tube de l’art contemporain. Comment l’avez-vous choisi ?
George : Avez-vous écouté les paroles ? « Sous les ponts, sur les pavés »… C’était une chanson qui parlait des clochards. C’était nous, c’est ce que nous étions !
Gilbert : « Nous sommes dehors, frappant à la porte. »
George : En chantant cette chanson et en devenant nous-mêmes des sculptures vivantes, nous parlions à tout le monde, pas seulement à l’élite. Pendant des années, nous avons continué à présenter The Singing Sculpture dans des galeries, le visage et les mains maquillés de bronze. Parfois pendant quelques minutes, parfois pendant huit heures, tous les jours, pendant des semaines.

Deux hommes, deux costumes, un style

Vos premiers montages photographiques en noir et blanc parlaient de violence, de pauvreté, de solitude. Vous êtes-vous reconnus dans le mouvement punk de la fin des 70’s ?
Gilbert : Cela faisait déjà dix ans que nous avions commencé ! Malcolm McLaren, bien avant de lancer les Sex Pistols, venait voir nos expositions.
George : Les punks se sont inspirés de nous.

Avez-vous eu envie de collaborer avec des musiciens ?
George : Beaucoup de groupes nous ont approchés. Les danses robotiques de Kraftwerk sont empruntées à nos sculptures vivantes.
Gilbert : Il y aussi ce musicien qui s’intéressait beaucoup à notre travail et qui est mort. Un Anglais, qui est parti pour les États-Unis, je ne me souviens plus de son nom …

Euh… Vous voulez dire David Bowie ?
Gilbert : Oui, c’est ça. Nous ne sommes pas très impliqués dans la musique.

Vous disiez que la sexualité était un des sujets les plus importants du XXe siècle. Est-ce encore le cas ?
George : Les homosexuels sont encore ostracisés et tués dans le monde entier et la religion est largement en cause.
Gilbert : Le problème c’est la liberté, pas le sexe.

Bras dessus, bras dessous, aimons-nous

Dans votre travail, où vous êtes au centre, on rencontrait déjà des insectes, des fleurs, des bâtiments, des croix, de la merde, du sperme, de la pisse… Et maintenant, des barbes ?
George : Nous avons commencé il y a deux ans, à l’époque de Noël, par coller des barbes sur des portraits de nous-mêmes. Très vite, il est apparu que nous étions en train de parler des religions. Les barbes, ce sont les juifs, les musulmans, les hipsters, c’est-à-dire aussi le pouvoir.
Gilbert : Les premières barbes étaient conçues à partir des feuilles d’un mûrier tout près de notre maison, mais nous sommes allés chercher les références de plus en plus loin. Les hommes représentés sur les pièces de monnaie de toutes les époques et de tous les pays, des rois, des religieux, des militaires, nous ont amenés à créer de nouvelles œuvres.

George : C’est un travail sur les murs qui séparent les hommes et les pays, sur les grilles, sur les frontières.
Gilbert : C’est un travail de libération. Nous ouvrons des fenêtres sur le monde.

Pour terminer, désirez-vous donner votre opinion sur quelque chose en particulier ?
Gilbert : Nous essayons de ne pas avoir d’opinions à propos de sujets sur lesquels nous ne travaillons pas.

Même sur le Brexit ?
Gilbert & George (joyeusement) : Happy Brexit !

HÉLÈNA VILLOVITCH
PHOTOS THOMAS LAISNÉ

Cadence assurée sur l’escabeau de la vie

Paru dans Technikart #217, novembre 2017




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