EB Singe

Edouard Baer : « Tous les nanars deviennent cultes ! »

Alors qu’il fête ses 50 ans, Baer est sur tous les fronts : animation de la matinale de Nova, reprise de Un Pedigree au Théâtre Antoine, et surtout sortie de son nouveau film, Ouvert la nuit, ce mercredi 11 janvier. Autant de raisons de le questionner avant l’inéluctable burn-out ?

Vous n’aviez plus réalisé de film depuis l’échec de votre deuxième, Akoibon, il y a douze ans. Ouvert la nuit est votre meilleur ?
Édouard Baer : Comme acteur, je ne sais pas. Comme metteur en scène, il n’y a pas de doute. Je ne peux pas revoir les deux autres, ça me met trop mal à l’aise. Akoibon, des nuits entières je me disais que j’aurais dû changer le scénario là, demander une prise de plus ici…

Votre premier film, La Bostella, est culte, non ?
Culte veut dire bizarrerie, c’est une façon de revendiquer un underground et tout ça… C’est malgré soi qu’on devient culte. Tous les nanars deviennent cultes. Il y en a, des films avec dans le titre les mots « moussaka géante », qui sont cultes ! Pour La Bostella, on avait voulu tourner en vidéo et l’image est un peu « brûlée », elle vieillit mal… Avec Akoibon, mon problème, c’est le scénario qui est raté.

À cause de la mise en abyme ?
Oui, la mise en abyme n’est pas claire, et puis il y a des scènes que j’aurais dû retourner. Là, pour Ouvert la nuit, je n’ai pas eu ce regret du tout. Il y a même des scènes que j’ai enlevées, dont une que j’aimais bien pourtant, qui était un peu imitée du Feu follet

Louis Malle, c’est l’une de vos références en termes de réalisation ? Quelles sont les autres ? Cassavetes ?
On est influencé, bien sûr, mais sur les tournages j’essaie d’oublier. Que ce soit le plus vivant possible. Je me réfère à des choses de la vie plus qu’à des maîtres. Après, je vois bien qu’il y a des films qui ne me lâchent pas, auxquels je repense tout le temps, dont Le Feu follet, Le Fanfaron, sur ces duos qui circulent, ce mélange de comédie et de mélancolie. Le personnage du Meurtre d’un bookmaker chinois de Cassavetes m’obsède aussi. On ne sait pas pourquoi on l’aime. Est-ce parce qu’il est joué par Ben Gazzara qu’il est irrésistible ? Rien dans le scénario ne nous le rend très sympathique. Il y a des films vraiment burlesques aussi, comme What’s New, Pussycat ?, avec ses nuits américaines inouïes, ses décors sixties, Peter Sellers en psychanalyste avec une perruque, Woody Allen qui va prendre son petit-déjeuner sur les quais de Seine, une liberté totale…

Sans vous confondre avec votre personnage, Luigi, dans Ouvert la nuit, vous êtes ici moins léger que d’habitude : il y a un côté sombre.
Comme spectateur, les comédies où il y a de la mélancolie me restent plus en tête que les choses gags, sauf quand c’est Funès, des gens où la folie est un spectacle à elle toute seule. C’est un film portrait : je voulais créer un personnage de cinéma, pas un personnage de téléfilm, quelqu’un avec un peu de profondeur. Si on veut faire quelque chose à la gloire de quelqu’un, une déclaration d’amour, c’est aussi à ses défauts. Mon personnage, c’était intéressant de le salir un peu…

 Retrouvez l’intégralité de l’entretien dans Technikart #208, décembre 2016 / janvier 2017

ENTRETIEN LOUIS-HENRI DE LA ROCHEFOUCAULD & LAURENCE RÉMILA




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