D’intérieur nuit à extérieur jour : les deux visages du photographe Romain Bourven 

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Originaire d’Orléans, Romain Bourven est un personnage complexe qui conjugue le contraste à merveille. Après avoir été, entre 2007 et 2013 le photographe du Social Club, boîte mythique qui a vu briller des labels comme Ed Banger, Sound Pellegrino, Marble, Bromance ou bien encore Mad Decent, il se consacre désormais à la course à pied, qu’il pratique et fige grâce à son objectif. Son heure à lui, c’est 6h00 du mat. Après avoir été longtemps celle à laquelle il se couchait, elle est désormais celle à laquelle il se lève. Rencontre avec un artiste qui se joue des excès.

Comment es-tu tombé dans la photo ?
J’y suis tombé très tôt. J’ai commencé avec mon père. Il est féru d’astronomie et faisait beaucoup de photos. Je me souviens, je faisais mes tirages dans un labo qu’il m’avait fabriqué. Au début des années 2000, j’avais un petit compact et je photographiais des potes skateurs à Bordeaux. Dans le même temps j’étais barman. Après mon service, je prenais mon appareil pour shooter des soirées sur une péniche. J’ai vraiment accroché sur la techno à ce moment-là, en partie grâce à Adjust, un DJ local avec qui je traînais. Le concept marchait bien. Le deal était que je buvais à l’oeil et que je touchais un petit bifton en échange de mes photos. A l’époque je croisais quelques artistes en devenir comme les Naive New Beaters ou encore Bobmo. Paradoxalement, je me suis toujours fait chier dans les boîtes de nuit. La photo a été un moyen de m’amuser et d’être créatif.

   

Comment faisais-tu connaître tes clichés ?
Je les mettais sur Myspace. J’avais mis en place un système de bannières : lorsque tu cliquais dessus, t’avais toutes les photos de la soirée empilées chronologiquement. Les gens kiffaient scroller et avoir une vision d’ensemble des photos, un peu comme sur Instagram aujourd’hui. Le truc cool avec Myspace, c’est que tu pouvais exprimer ta créativité assez simplement. Il suffisait de quelques notions d’HTML et Photoshop pour changer ta mise en page, ta police ou même ton style. Toutes les sensibilités graphiques pouvaient s’exprimer, pour le meilleur et pour le pire. Aujourd’hui tout le monde a la même interface, c’est parfaitement accepté, mais très chiant quand on y pense. Myspace a été un véritable laboratoire pour ça.

Après avoir quitté Bordeaux pour Paris, comment es-tu devenu LE photographe du Social ?
À mon arrivée sur Paris, je travaillais comme web designer pour le skateshop « Street Machine ». J’avais une amie qui travaillait dans l’industrie de la musique : Laure. Grâce à elle, j’avais mes entrées partout. Une des premières soirées que j’ai shootée, c’était une Ipod Battle au Paris-Paris avec Mouloud Achour, Romain Rock, Tekilatex, Bobmo, Surkin, etc. Après ça, j’avais toujours mon appareil photo en soirée. Le gros tournant a été la fête des 4 ans d’Ed Banger en 2007 à Paris, avec Justice, Sebastian, Uffie, Mehdi, Vicarious, Flash, So Me… tout Paris était là et Ed Rec devenait fat. J’avais rencontré Pedro Winter auparavant via Ganmor de Street Machine. Ce soir-là, il m’avait filé un pass all access en me disant « éclate-toi ». J’ai shooté la soirée et il a ensuite publié mes photos sur sa page. Ça a tout accéléré, comme la flèche au sol dans Mario Kart. Aujourd’hui, on parle beaucoup « d’influenceurs ». Pedro, c’est plus que ça, sans compter la gentillesse qui va avec. Tout s’est enchaîné hyper vite. L’année 2007 fut incroyable, tellement de bons moments, de rencontres, d’insouciance. C’est finalement grâce à mon vieux pote DJ Need de Birdy Nam Nam, que la connexion avec l’équipe du Social (ex UWE) s’est faite.

Tu as pris conscience que tu étais là au bon endroit au bon moment ?
Pas vraiment. Je suis un passionné excessif, quand je fais un truc je le fais à fond. Je voulais être de toutes les fêtes et qu’elles ne s’arrêtent jamais. Dans cet éco-système où je faisais le lien entre les artistes et le public, j’avais une position privilégiée et un traitement de faveur. Ça me plaisait.

Qu’en retiens-tu aujourd’hui ?
J’ai le sentiment d’avoir vécu une période transitoire dans le monde de la musique. La vente digitale et l’auto-promotion via Myspace ont fait, à l’époque, exploser les vieux standards du marketing de la musique, et j’ai eu la chance de côtoyer ceux qui étaient les plus créatifs au moment de ce virage. Je parle de la scène électro Française de l’époque, La French touch 2, comme on aime l’appeler. J’ai le sentiment, qu’à un moment, il y a peut être 6-7 ans, ces nouveaux modèles créatifs sont devenus des standards de réussite à copier-coller, et qu’on on a vite re-basculé dans le conformisme. C’est à partir de ce moment que j’ai commencé à décrocher doucement…mais j’ai vraiment kiffé être le témoin privilégié de cette époque.

Tu peux nous livrer quelques anecdotes ?
Je me souviens d’une release de Surkin au Social avec les Daft Punk passant en backstage en fin de soirée, d’une soirée Forma T. À Bruxelles, d’un soir où Xavier de Rosnay (Justice) était programmé comme invité surprise. Lorsqu’il est apparu, Il y avait une telle poussée du public que la scène a failli lâcher. Les videurs tenaient le public à bout de bras. S’ils lâchaient la pression, tout se cassait la gueule. Je me rappelle aussi de pas mal fois où je devais dire au videur que Clara3000 (pas encore 3000 à l’époque, ndlr) était ma petite sœur pour qu’elle rentre en boîte… au point que les gens finissaient par le croire.. Après des anecdotes y’en à trop ! Dur de tout passer en revue.

Tout cela semble être aujourd’hui une période révolue, c’est le cas ?
Oui. le monde de la nuit marche par cycles, et j’ai fait le mien. j’ai fermé mon site et effacé toutes les photos de cette période. Je trouve ça bien de les enterrer, quitte à les ressortir plus tard. J’ai pu éprouver de la nostalgie sur la fin quand je réalisais que les choses avaient changé très vite, mais voilà … je suis passé à autre chose maintenant.

Aujourd’hui tu as complètement arrêté les photos de soirée. En parallèle, tu t’es consacré à ta passion qui est la course a pied. C’est un peu l’opposé non ?
J’ai commencé la course la pied en 2012 car je sentais qu’au niveau de la santé j’avais besoin d’un contre-poids et progressivement cela a pris le pas. Ce sont deux univers qui se font face mais dans lesquels je retrouve la même envie, l’un étant plus constructif que l’autre… je te laisse deviner lequel. J’ai été dans l’excès dans le premier et aujourd’hui, très investi dans le second. Je retrouve plus d’excitation dans la course, de plaisir et de fierté dans ma vie désormais. Puis, au niveau physique et mental, c’est plus sain, ça me donne de l’énergie pour mes autres projets et pour tous les autres aspects de ma vie en fait. C’est tout le contraire de la nuit, qui avait tendance à m’enfermer et m’affaiblir sur la fin. J’ai la chance de travailler sur plein de projets qui me passionnent, comme récemment le shooting de Kylian MBappé pour la collaboration Nike / Off-White, le Rallye Club avec l’application Strava, mon club de course à pied (Stamina Running Club) et tant d’autres…

Vous pouvez suivre Romain Bourven sur ses comptes Instagram @romainbourven / @faster__ro

Par Hugues Pascot

Crédits portraits : Hugues Pascot. Autres photos : Romain Bourven




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