David et Laurent Nicolas

Paru dans Technikart n° 61
Les deux frères, spécialistes de l’image de synthèse trash, ont sauvé de l’ennui le Festival Imagina à Monaco.
Imagina, c’est un peu le festival de Cannes de l’imagerie numérique. Mais après un an d’interruption pour cause de tarissement des subventions de l’INA et une année 2001 marquée par la grave crise du marché publicitaire, les quelques mille deux cents festivaliers n’avaient rien de joyeux drilles en goguette dans la principauté. L’ambiance était même plutôt morne dans un palais Grimaldi trop grand pour l’occasion. Et on se serait finalement cru dans « le Prisonnier » au milieu de ces innombrables agents de sécurité qui portaient avec plus ou moins d’élégance l’oreillette et le costume croisé, exigeant les badges tous les trois mètres. Heureusement, deux allumés en baskets ont sauvé la fête par leur clip trash, loin des canons américains de l’image de synthèse léchés et cliniques façon « Toy Story ». Car David et Laurent Nicolas aiment mélanger les techniques de dessin traditionnel et le travail numérique pour donner un grain réaliste à leurs animations « façon peau de couille », comme ils le soulignent eux-mêmes. Diplômés de l’école des Gobelins, David a longtemps taggé les murs abandonnés tout en explorant sur son Mac les méandres numériques de l’image de synthèse, alors que Laurent bossait comme créateur de personnages de dessins animés. C’est la série « les Lascars », diffusée sur Canal+, qui les a réunis et leur a donné envie de continuer de bosser à deux. « Nous sommes très complémentaires, explique David. Laurent s’occupe de la partie dessin et création de personnages alors que moi, je me coltine toute la partie synthèse. On avait chacun déjà travaillé avec des équipes de professionnels mais c’est ensemble qu’on est le plus efficace. On se comprend à demi-mots et, en plus, on rigole bien. »
Dans leur coin, ils développent un projet intitulé « Pierre le Cosmonaute », une série psychédélique qui rend hommage aux « boules de Geisha et à la conquête astronomique ». Mais le ton décalé et scato ne trouve pas de diffuseur. Le salut vient en avril 2001 : Julien, un ami producteur, leur passe un morceau de musique – « Starlight » des Supermen Lovers – et leur demande de réfléchir à un concept de clip vidéo. C’est le premier déclic : les frères se mettent au boulot et passent une nuit blanche sous influence éthylique à écrire le scénario et le story-board. Le groupe est enthousiaste, la maison de disques hésite mais finit par accepter. Ils débarquent alors chez Duran, un des spécialistes français de l’image numérique, pour réaliser en un mois une petite merveille en 3D. Le clip remporte un succès international et met sur orbite la brother touch des Nicolas : crade et high tech.
Emballé par le résultat, le groupe Super Furry Animals leur commande un clip pour leur chanson « War », un pamphlet antimilitariste. Ce film, qui présente un robot dans une boîte où s’enchaînent des scènes de guerre et qui dénonce les fantasmes destructeurs des généraux, leur apporte la reconnaissance des professionnels avec le Grand Prix Imagina de Monaco. Moralité : le trash finit par payer, même dans le milieu aseptisé des images de synthèse. La preuve, ils viennent d’être contacté par une marque mondiale de soda. Problème : pourront-ils vraiment décoincer la bulle ?




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