David Desclos : « Braquer une banque ? Facile ! »

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Ancien braqueur spécialisé dans le perçage de coffres, David Desclos s’est mis au stand-up avec l’aide de son complice Stomy Bugsy. Sous interrogatoire, il nous livre ses meilleurs tuyaux.

Votre show Écroué de rire raconte votre parcours de braqueur non-violent dans le détail, mais pas ce qui vous passait par la tête en dévalisant une agence. Alors, on pense à quoi ?
David Desclos : Au butin. C’est grisant de penser à combien on va pouvoir se faire. On a envie de prendre des grosses sommes et sortir de la merde. J’ai grandi dans un quartier très pauvre de la banlieue caennaise, et depuis tout petit je fais tout pour m’en sortir.

On t’a déjà comparé à Albert Spaggiari, connu pour ses braquages « sans arme et sans violence ». T’en penses quoi ?
Je préfère qu’on me compare à un Spaggiari qu’à un Mesrine. Je ne voulais surtout pas traumatiser une agent d’accueil en lui foutant un pistolet sur la tempe. Mon but, c’était de prendre l’argent le plus intelligemment possible. Sans violence.

Sans violence mais avec du gros matos, non ?
Oui, c’est essentiel d’être bien équipé. Rentrer dans la banque en creusant un tunnel (son modus operandi, ndlr), c’est bien, mais il faut par la suite neutraliser les alarmes et ouvrir le coffre. Mes outils de prédilection : chalumeau découpeur, burins, disqueuse lapidaire, marteaux, disque diamant, lance thermique… mais surtout : une bonne équipe. Des mecs qui balancent pas.

Aujourd’hui, il n’y a plus de liquide dans les banques, si ?
C’est fini les années 80 où l’argent se trouvait directement dans le tiroir-caisse. Maintenant, ils décomptent sur l’ordinateur et l’argent sort. Leurs systèmes sont de plus en plus sophistiqués, c’est pour cela qu’il y a de moins en moins de braqueurs. Chez MacDo par exemple, il te faut deux clefs pour ouvrir le coffre-fort, celle du convoyeur de fonds et celle de l’employé. Idem pour les grandes surfaces.

Tu aurais des conseils pour les débutants ?
Aujourd’hui, je leur dirais de ne pas gâcher leur talent dans le monde malhonnête. Un vieux bagnard m’a dit un jour : « Quand tu comprendras qu’il est plus facile de gagner un euro honnête que deux euros malhonnêtes, tu auras tout compris » et je pense qu’il avait raison. Braquer une banque, c’est facile. Vivre honnêtement, c’est plus dur.

Un souvenir qui t’est resté ?
C’était à Morlaix, en Bretagne. On était sur le viaduc, on marchait sur les rails pour faire du repérage avec mes guetteurs. Je me retourne et je vois deux feux derrière nous. On sent qu’on va se faire tricard. Je pousse mes gars sur le côté, et là, le train passe. J’en ai encore des frissons quand j’y pense, j’entends le souffle du train qui passe à quelques centimètres de nous. C’était une question de secondes.

Et sinon, on a du succès avec les filles quand tous les médias nous appellent « le bandit » ?
Comme le dit Stomy dans sa chanson : « Les rates aiment les lascars. » On a du succès, mais il ne faut pas en jouer (rires)

Aujourd’hui, tu es repenti. L’adrénaline des braquages ne te manque pas ?
Non. Il y a trop à perdre maintenant. Le jeu n’en vaut plus la chandelle.

J’ai vu que tu as préparé ton spectacle quand tu étais encore en prison. Tes camarades t’ont aidé ?
Bien sûr, ils me donnaient des conseils et m’encourageaient. Quand je m’entraînais dehors, ils appelaient ça « la promenade du Comedy Club ». C’était aussi une manière de remonter le moral des troupes.

Avec le stand-up, tu ressens la même adrénaline que sur un coup ?
Oui, il y a des sensations similaires. Avant de rentrer sur scène par exemple. C’est le même enthousiasme, en plus fort encore, car cette fois il y a le public.

C’est Stomy Bugsy qui gère ta mise en scène. Comment vous vous êtes rencontrés ?
J’étais en prison avec un de ses potes et j’avais dans l’idée de faire une série carcérale, une sorte de H revisitée. Je voulais qu’il tourne dans un des épisodes, et je lui ai proposé qu’on l’écrive ensemble. On a fait ça à trois avec un autre rappeur, Calbo du groupe Ärsenik. Le feeling est super bien passé, nos idées fusaient, il y avait une vraie osmose. Je lui ai proposé de m’aider pour le scénario du spectacle et on s’est bien complétés.

Et pour plus tard, vous avez d’autres projets ensemble ?
Oui, on voudrait faire un livre et une adaptation cinéma du standup. On a écrit avec Éric Delafosse et Stomy une nouvelle pièce, Mon Papa à moi est un gangster. On se découvre de plus en plus dans l’écriture. On s’entend super bien, on aurait fait de bons codétenus.

Écroué de rire au Théâtre du Gymnase tous les jeudis, vendredis et samedis à 21h30 (38 boulevard de Bonne Nouvelle, Paris 10e)

ENTRETIEN ARIANE QUIGNON

Technikart #212 mai 2017




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