Daphnée Leportois : « Un jour les femmes revendiqueront leurs menstruations »

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La journaliste Daphnée Leportois vient de publier le roman La Femme qui voit de l’autre côté du miroir (ed. Eyrolles) avec la psychologue Catherine Grangeard. Cette plongée dans l’intimité complexée d’une ado obèse nous apprend comment mieux considérer les fluides corporels dans une société ultra-hygiéniste. Les tampons, nouveau combat féministe ? 

Dans votre roman, vous évoquez les règles, que l’on cache avec les tampons ou les serviettes. D’où vient ce tabou ?
Daphnée Leportois : C’est un tabou religieux, qui vient de l’époque où la femme était vue comme un outil de procréation. Or, pendant ses règles, la femme est considérée comme infertile, inutile, impure. C’était aussi vu comme une preuve que la femme ne contrôle pas ses sangs. Ça a contribué à regarder les règles avec mépris et dégoût.

Que conseiller aux femmes qui veulent aller à la plage pendant leurs règles sans s’astreindre à porter un tampon, une coupe menstruelle ou une serviette ?
D’abord – si elles prennent la pilule – elles peuvent continuer à la prendre pendant leurs règles. Quand on prend la pilule, les règles ne sont que des « fausses règles » provoquées par la chute d’hormones. Donc, il n’y a aucun intérêt physiologique à les conserver. On peut tout à fait prendre la pilule en continu et s’éviter d’avoir des règles – si on est à l’aise avec ce mode de contraception, évidemment.

J’ai aussi entendu parler de culottes menstruelles…
Ça existe, oui ! Ce sont des slips en coton avec une protection incorporée. Il faut espérer que le concept sera bientôt étendu aux maillots de bain [seule la marque Modibodi en propose aujourd’hui, NDLR].

Pouvez-vous m’expliquer la technique du « flux instinctif » ?
C’est une méthode qui permet de retenir ses règles en contractant les muscles de son vagin et périnée. Le sang est ensuite évacué en allant aux toilettes par exemple. Moi ça ne me choque pas, mais il ne faudrait pas que ça devienne une injonction à ne plus laisser couler « pour ne pas être sale ». En réalité, l’important c’est de dédramatiser :« j’ai un fil de Tampax qui dépasse du maillot ? So what ?! » On pourrait même imaginer qu’un jour les femmes en arrivent à revendiquer leurs menstruations, à porter des jeans blancs avec « I got my period ! » écrit sur leurs fesses.

Le tampon hygiénique serait-il un instrument d’asservissement de la femme ?
Quand même pas. Par rapport aux linges ultra-épais que mettaient nos grands-mères, c’est clairement un outil de libération, à condition de savoir l’utiliser. Tout le monde n’est pas à l’aise avec ça. Beaucoup ont peur de le perdre ou de le mettre trop loin. L’ennui, c’est aussi qu’on ne sait pas avec quoi les tampons, tout comme les serviettes, sont fabriqués : on ne sait pas ce qu’on met près de notre vulve ou dans notre vagin. Il n’y a aucune réglementation qui exige de donner la composition des produits.

Quand résoudra-t-on enfin cette inégalité terrible qui force les femmes à se cacher pour uriner accroupies, alors que les hommes peuvent se soulager à la sauvette, décontract’ et debout ?
Mais la solution existe ! C’est l’urinoir de randonnée : ça se trouve sur internet ou dans les boutiques d’équipement de rando. Ça prend la forme d’un entonnoir et qui permet de faire pipi partout et debout, même accrochée à une paroi. Cet outil est de plus en plus utilisé, notamment dans les campings ou les festivals.

Daphnée Leportois, Catherine Grangeard, La femme qui voit de l’autre côté du miroir, ed.Eyrolles.




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