DAVID HAMILTON «LE MONDE ÉTAIT INNOCENT… C’EST TERMINÉ»

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Maître de la photo « érotico-romantique » débarqué d’Angleterre à 20 ans, il travaille comme directeur artistique et explose dans les années 70, marquant à jamais l’esthétique de l’époque. Une rétrospective de son travail est parue récemment sous la forme d’un beau livre. Il sort aujourd’hui un coffret contenant des photos, mais aussi un recueil de ses propres textes érotiques.

David Hamilton, vos photos et vos films ont toujours mis en lumière de très jeunes filles désirables. Serait-ce possible aujourd’hui ?
Non, c’est presque impossible. Moi, c’était avant. J’en suis à mon trente-deuxième livre. J’en ai vendu plus d’un milion. Il y a eu une vingtaine de bonnes années, entre la fin des années 1960 et les décennies 1970-80.

Qu’est-ce qui s’est passé depuis?
Le problème, c’est que le monde était « innoncent » jusqu’à l’affaire Dutroux qui a tout cassé. Et ceux que j’appelle « les chiens de presse » ont poussé le scandale jusqu’au bout.

Est-ce que l’actuelle chasse aux sorcières pédophiles empêche de faire un travail tel que le vôtre ?
Ce sont les méchants, les mal baisés qui font tout ce bruit. Avant d’habiter à Saint-Tropez, j’habitais au Cap d’Agde. Les familles étaient ouvertes, elles me laissaient photographier leur filles. Après Dutroux, c’est terminé.

Pourtant, on exhibe le sexe partout …
Oui, mais on ne voit jamais de jeunes filles. On voit tout, sauf ça. C’est strictement interdit. On peut tout dire dans ce monde, comme Houellebecq. Sauf qu’il parle de femmes. Pas de jeunes filles. C’est là que ça s’arrête.

Vous parlez principalement de la France et de l’Europe, en l’occurence …
La France a toujours été tolérante, c’est pour ça que je sors mon bouquin ici et pas en Angleterre ou aux Etats-Unis. Traditionnellement, les Latins vivent comme ils l’ont toujours fait. Ils boivent, ils mangent, ils font tout ce qu’ils veulent et ça marche.

Les Anglo-Saxon sont-ils plus coincés ?
Oui, c’est un problème anglo-saxon. Les Anglais sont des hypocrites, depuis la reine Victoria. Et l’Amérique, c’est la même chose …

… en pire …
Non, c’est le contraire. Parce qu’en Amérique, il y a de tout : des Irlandais, des Italiens … Alors que les Anglais son restés purs. Donc, ce sont les pires.

Pourtant, ici comme là-bas, on a jamais vu autant de très jeunes filles sur les podiums de défilés ou dans les publicités …
Habillées en femmes, oui. La vulgarité totale. Mais jamais nues. Tout ça est plutôt stricte.

Les publicitaires et les gens de la mode respectent-ils certaines limites ?
Ce n’est pas qu’ils respectent ! C’est qu’il y sont obligés. Il y a déjà quinze ans, Calvin Klein a fait un coup énorme avec une photo d’une soi-disant jeune fille, pour ses culottes. Ca a fait un scandale. C’était très bien monté, parce qu’en fait elle avait dix-huit ans, donc on ne pouvait pas l’ennuyer. Depuis, il a gagné des millions, il était couvert. Si elle avait eu seize ans, c’était fini.

Peut-être est-on plus libre dans l’art que dans le domaine de la marchandise ?
L’art, c’est un grand mot. Tellement vague … Mais sur ce créneau il n’y a eu que Balthus, Nabokov et moi …

Et au cinéma ? Peut-on encore représenter des jeunes filles en situation érotique ?
Ca n’a jamais existé. Pas vraiment. Il y a une minute où l’on aperçoit Jodie Foster à quatorze ans dans « Taxi Driver ». Et il y a « La petite » dans Louis Malle. C’est tout …

Vous-même, avez-vous été menacé, censuré ?
Je n’ai pas eu de problèmes, mais il y a toujours une première fois.

On aime aussi vos photos pour les silhouettes très fines de vos modèles. Est-ce qu’aujourd’hui, on vous ennuie pour ça ?
Ah oui, il y a cette fille qui est morte récemment. Mais ce sont des femmes qui essaient d’être maigres. Moi, je photographiais des jeunes filles naturellement maigres parce qu’elles étaient très jeunes.

Alors que rest-t-il aux photographes pour créer du désir ? Faut-il faire du Richard Kern ou du Terry Richardson ?
Très bonne question. Les deux plus grands photographes au monde, ce sont deux femmes. Diane Arbus, qui s’est suicidée dans les années 1970. Un film sur elle vient de sortir, avec Nicole Kidman. L’autre, c’est Sally Mann. Elle a fait des photos superbes de ses enfants, deux filles, sans problème. Au bout de douze ans, l’Amérique a dit : Si ça continue, on vous fout en taule. Voilà encore un exemple. Donc Sally Mann a changé, elle fait des paysages. Chaque photo se vend cent ou deux cent mille euros.

Vos modèles, est-ce que vous savez ce qu’elles en pensent ?
Elles me disent : Toi, tu as eu le meilleur. Pour nous, regarde le bordel que c’est aujourd’hui. C’est vrai. Le seul Dieu, c’est la Mère Nature. On ne pourra jamais changer la nature de la bête, aucune loi ni aucun malade qui pense autrement.

Face au puritanisme dur, il ne reste plus que le porno hardcore. Où est passé l’érotisme ?
L’industrie du porno fait dix fois plus de fric que tout Hollywood. Donc oui, c’est vers ça qu’on va. Mais moi j’aime bien ce que Polanski a dit à Pivot en interview, qui lui demandait la différence entre érotisme et pornographie : « L’érotisme, c’est de faire l’amour avec une plume. Le porno, c’est de faire l’amour avec toute la poule. »

 Recueilli par Pascal Bories

Contes érotiques de Daivd Hamilton (Editions Hermé)

 


FullSizeRender(1) Technikart Mademoiselle Trimestriel #8

Paru l’hiver 2007




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  1. La cumpilation de la semaine #51 — Le Tag Parfait

    […] • Le photographe David Hamilton est remonté comme un coucou contre nos contemporains et notre “innocence” perdue. Il s’en prend pêle-mêle aux médias, à la publicité, au porno, à la société, aux politiques… Une interview ronchon à lire du maître de l’érotisme « adolescent » des années 70 chez Technikart. […]


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