CYRILLE PUTMAN

Paru dans Technikart n° 56
Ex-punk, ex-galeriste, toujours «fils de» et nouvellement «Coopérateur», il expose les meubles qu’il a commandé à des néophytes.
Fils du galeriste Jacques Putman et de Andrée, la designer du même nom, la voie semblait toute tracée. Pourtant, Cyrille a fait des détours. Sacré «premier punk de France» dans «Libération» en 1977 par le flamboyant chroniqueur de la nuit Alain Pacadis, Cyrille vit à Londres, est batteur dans un groupe punk, The Outpatients, et fréquente ce qui se fait de moins bien pour la santé: Malcolm Mc Laren, Vivianne Westwood, les Sex Pistols. Il a 15 ans. Deux ans plus tard, retour à Paris, où il entame une carrière de pubard, le comble de la branchitude en 1980. Après un passage à New York et en Inde, sa rencontre avec Fabrice Hybert, alors élève des Beaux-Arts, va faire basculer sa destinée définitivement du côté des arts. L’envie de suivre la carrière de l’artiste le pousse à ouvrir une galerie en 1989, Froment-Putman à Bastille. Il en garde de bons souvenirs: la première exposition de James Turrell en France qui a créé une véritable émeute le jour du vernissage, les expos des copains, comme «le Dépeupleur» organisée par Nicolas Bourriaud, l’histoire de l’éléphant empaillé accroché au plafond qui s’était lamentablement écrasé au sol… En 1997, Cyrille Putman rompt avec sa compagne-associée, partie depuis fonder la galerie Almine Rech. Il ferme sans regrets la galerie. «On n’avait pas les moyens de faire les choses bien. Sans deux ou trois stars dans son sérail ou un gros fichier de clients jet-set, c’est impossible de survivre dans l’art contemporain. Pour un entrepreneur, le système de la galerie est une aberration économique !» L’envie de se battre pour les artistes auxquels il croit ne le quitte pas pour autant. «Quand j’ai rencontré Huang Yong Ping, il était dans une merde totale. Il était venu de Chine pour montrer son œuvre à l’expo “les Magiciens de la Terre” (1986). Il n’a pas voulu repartir.» Cyrille inaugure un nouveau métier: agent d’artistes. Il fonde Flux, une structure à mi-chemin entre l’agence de com’ et la boîte de production. Il édite les multiples des POF (Prototypes d’Objets en Fonctionnement) de Fabrice Hybert, comme le célébrissime ballon de foot carré. Avec lui, il partage l’idée de faire pénétrer l’art dans la logique de marché et vice-versa. Toujours précurseur, il se lance dans le conseil pour entreprises: l’idée des sacs Tati, c’est lui. Il ne s’agit pas de transformer les artistes en pros de la communication —«Les artistes ont leur propre vision. Je pense qu’ils ont la faculté de donner des réponses simples à des problèmes compliqués.» Cette «croyance dans le talent pur» l’amène à créer une autre structure, Coopérateur, il y a cinq mois. Le pari est assez fou: demander à des plasticiens, couturiers, musiciens d’imaginer des meubles. Hybert a conçu un fauteuil couteau suisse, le galeriste Edouard Mérino des enceintes en forme de test de Rorschat… On attend avec impatience la chaise dessinée par les Clash. «C’est un moyen de faciliter l’accès à l’art. Les acheteurs auront moins de réticences à acheter un objet utile atypique, plutôt qu’une œuvre d’art. En plus l’objet a une telle évidence qu’il se passe de discours.» Et sa mère, elle en pense quoi ? «Elle s’en fout. Ce sont plutôt certains designers puristes qui font la gueule.» Du 10 au 20 octobre. Galerie Air de Paris. 32 rue Louise-Weiss, 75013 Paris. Tél: 01 44 23 02 77. In « Sdc » art




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