Christophe Gegout

« Innover ce n’est pas avoir une nouvelle idée mais arrêter d’avoir une vieille idée » Edwin Herbert Land

Le CEA, Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives.

Depuis toujours je suis passionnée par les autres et l’Aventure Humaine sous toutes ses formes et si la plupart des gens voient dans la recherche scientifique un processus purement logique et la considèrent comme une activité froide et rigoureuse comme elle apparaît dans les manuels de sciences, moi j’ai envie de la découvrir pour ses qualités et connaître ses travaux.

Il faut en permanence savoir se lancer des défis et celui la n’est pas le plus facile! Le poète romantique anglais John Keats, écrivait « La seule façon de renforcer notre intelligence et de n’avoir d’idées arrêtées sur rien, de laisser l’esprit accueillir toutes les pensées ».

Je vais essayer de comprendre quel est le fonctionnement de ce Commissariat classé au premier rang mondial des laboratoires publics innovants par l’agence Reuter notamment pour le grand nombre de brevets utilisés dans les applications commerciales. Cocorico !

J’aime les champions mais le groupe LVMH ne peut pas être notre seule fierté nationale malgré sa réussite internationale… Il est évident que ses activités mode, cosmétique, champagne sont plus glamour que les centrales nucléaires et les laboratoires de Recherche Fondamentale.

Ma naïveté et mon ignorance sur ce terrain m’offrent l’avantage de partir à la conquête de ce nouveau monde, sans bagages !

Si le mot nucléaire évoque encore trop souvent l’arme, et quid des énergies alternatives qui restent un progrès trop méconnu (un brin écolo). Grâce à Google je me transforme en « chercheuse » et j’éprouve une étonnante et insolite fascination pour les travaux, les pratiques, et les champs d’application du CEA.

Subitement je me remémore une visite touristique originale de la centrale nucléaire d’Angra au Brésil avec Christine Lagarde, Ministre du Commerce extérieur, et par hasard je retrouve les photos de l’avancement de la construction pharaonique de la centrale nucléaire à Olkiluoto en Finlande et du réacteur EPR de Taishan en Chine qui m’avaient été envoyées par mon ami David Emond, un autre polytechnicien. Mais je n’ai eu à cette période que des impressions esthétiques sans me poser de questions sur les acteurs de ces réalisations.

C’est alors que j’envisage d’inviter Christophe Gegout, responsable du fonds de capital risque CEA Investissement et n° 2 du CEA, un ami discret et joyeux qui accepte de passer une petite heure originale et amicale avec moi entre une séance de jogging un samedi matin et une visite au Grand Palais

(J’ai enfin trouvé l’interlocuteur adéquat pour satisfaire mon insatiable curiosité)

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Comment est né ton goût pour la science?

J’ai le souvenir qu’à l’âge de 12 ans j’étais fasciné par le rebond et la chute de mon ballon et surtout fasciné par le fait qu’un calcul mathématique permettrait de le prévoir : ce fut mon premier amour pour une équation !

As-tu été inspiré par ton père ? Et t’a t-il conseillé de faire une grande école d’ingénieur ?

Petit j’étais fasciné de le voir étudier un livre de 1200 pages sur le fonctionnement de la cellule. Mon père est médecin. Je suis fier de lui car il vient de passer un entretien d’embauche pour devenir médecin dans un centre d’enfants handicapés à 74 ans. Mon frère ainé Pascal est aujourd’hui un physicien au CNES.

Je retrouve dans cette réponse la caractéristique principale du scientifique qui est la modestie. Serait-ce une forme d’honnêteté intellectuelle ?

Alors à quoi ca sert ton grand Commissariat le CEA ?

C’est un organisme public qui a pour mission de fournir les technologies stratégiques au pays dans 4 domaines : la Défense et la Sécurité, l’Energie nucléaire (fission et fusion), la recherche technologique pour l’industrie, et la recherche fondamentale (science de la matière).

Nous avons plus de 600 partenaires industriels dans des domaines qui peuvent sembler inattendus. Ainsi, nous travaillons pour la Fromagerie Bel sur les sujets de capteurs, de robotique et de traitement des données : le fameux petit Babibel avec son écorce rouge…

La spécificité et la force particulière des équipes du CEA, c’est de savoir transmettre à l’industrie des innovations radicales développées dans les laboratoires. Le

CEA a su marier les cultures du chercheur et de l’ingénieur et les faire travailler ensemble au quotidien en supprimant toute barrière entre ces métiers.

Certains de nos laboratoires étudient l’avenir du secteur de l’habitat, étude de construction de pavillons responsables économes en énergie sans réduire le confort des habitations en intégrant des solutions de gestion énergétique, des toitures composées de panneaux photovoltaïques.

D’autres laboratoires s’intéressent à l’énergie solaire qui est une énergie renouvelable dont l’utilisation ne produit pas de CO2, dont le développement est manifestement appelé à répondre massivement aux besoins énergétiques de la planète. Il faut être réaliste : la population mondiale augmente, et les gens veulent un niveau de vie élevé qui suppose une production d’électricité et forte hausse dans le monde (même si elle stagne en France) : tablettes, machines à laver, véhicules électriques…

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Il faut donc des réponses massives à cet enjeu majeur, tout en préservant le climat. Le solaire, notamment le solaire photovoltaïque, est en plein développement dans le monde.

C’est une technologie qui convertit l’énergie solaire en électricité : et c’est une découverte qui date de 1839 mais il a fallu attendre jusqu’au début du 20ème siècle pour que Albert Einstein explique ce phénomène. Comme dit le poète William Blake : « ce qui est aujourd’hui prouvé fut autrefois imaginé ».

Alors que la conquête spatiale se dessine dans les années 50 cette façon de produire de l’énergie apparaît comme la plus adaptée à l’approvisionnement en énergie des satellites. Depuis les panneaux photovoltaïques ont équipé nos radars routiers ou de larges fermes de production. En 2015, 45 GW de capacité solaires « pic » ont été installées dans le monde. Dans les pays fortement ensoleillés, le prix du kWh prhotovoltaïque est très compétitif.Le solaire est appelé à représenter une part importante du bouquet énergétique futur.

Mais au delà du solaire, il y a bien d’autres développements : batteries, utilisation de l’hydrogène, gestion optimisée de la consommation et productions renouvelables, gestion de l’intermittence des énergies renouvelables. Le CEA est également actif dans les matériaux avancés, les biotechnologies et technologies pour la santé, l’électronique du futur, capteurs, systèmes numériques avancés, la réalisation du composants technologiques pour les grands instruments de recherche fondamentale, notamment en matière de cryotechnologies et d’accélérateurs. Sans oublier bien sûr le nucléaire, notre cœur de métier ! La recherche dans ce secteur vise conforter la sûreté et la compétitivité de cette énergie sans carbone.

C’est en 2009 que tu as rejoint le CEA. Où en est la situation des chercheurs ingénieurs en France ?

Il faut considérer que l’ambiance politique et médiatique en France est en ce moment très anxiogène pour les chercheurs comme pour les autres, les gens sont noyés sous les problèmes de la dette publique, du chômage, de l’avenir des retraites, de l’épargne, de l’impôt, du terrorisme, etc…

La recherche c’est la confiance dans le progrès et dans l’avenir. Nos équipes font des miracles parce qu’elles ont la foi malgré les difficultés budgétaires. L’esprit d’initiative et la compétitivité sont au plafond en Asie dans tous les domaines, y compris la recherche. Je vois cette combatitivité chez mes collègues du CEA et des autres labos.

Souvenons nous qu’en 1980 la Corée était un pays pauvre et qu’aujourd’hui elle est en pleine croissance. Pourquoi ? Elle a su investir envers et contre tout dans l’innovation pour être compétitive sur les marchés mondiaux.

Investir dans la recherche c’est préparer un futur meilleur.

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Aujourd’hui en France on préfère les start-up de l’e-commerce et du numérique, pourquoi pas ? Mais nous pouvons aussi agir dans le domaine industriel parce que nous avons parmi les meilleurs chercheurs du monde. Il faut libérer cet immense potentiel créatif, les laboratoires publics sont une mine d’or encore largement inexploitée.

Beaucoup de projets sont viables mais peu survivent. Une étude récente de la Commission Européenne a montré que ce phénomène n’est pas spécifique à la France : toute l’Europe doit s’attaquer à cette vallée de la mort, liée à la longue phase de maturation permettant d’utiliser une innovation du rupture dans un produit commercialisé à grande échelle. Pour passer des laboratoires jusqu’au marché, les « pertes » sont excessives. Il faut inviter des « commerciaux »à entrer dans la danse aux cotés des savants dans les laboratoires, car tout cette transformation repose aussi sur un effort de conviction.

Le CEA, comme le CNRS et les autres organismes de recherche, est une source considérable d’entreprises et d’emplois à forte valeur ajoutée. Il est aussi indispensable que les femmes se sentent légitimes dans le monde scientifique, elles sont courageuses, ambitieuses et intuitives.

La science peut être belle pas seulement utile… Une œuvre de l’esprit humain qui est destinée plutôt à étudier qu’à connaître, à chercher qu’à trouver la vérité.

« Innover ce n’est pas avoir une nouvelle idée mais arrêter d’avoir une vieille idée » Edwin Herbert Land

 

photo-01-12nbMariella Berthéas




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