Brèves rencontres avec George Michael

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À quoi ressemblait la superstar en privé ? Notre reporter Eric Dahan, qui l’a souvent croisé, se souvient d’un garçon courtois et charmant. 

C’était en 1989 à Los Angeles. Officiant, très modestement, dans l’industrie musicale, j’étais invité aux concerts et after parties les plus courus de la ville, et avais déjà aperçu George Michael au Dôme, le restaurant à la mode, de Sunset Boulevard. Mais, aussi paradoxal que cela puisse paraître, il m’avait semblé moins accessible que David Bowie ou Mick Jagger, idoles de mon adolescence que je n’avais jamais hésité à aborder à la fin des années 70.
En revoyant aujourd’hui les clips de « I Want Your Sex » et « One More Try », je réalise la sophistication extrême du nouveau personnage qu’il s’était créé : le boy next door benêt et jovial de Wham! avait mué en macho de papier glacé, sûr de son talent et de son charisme sexuel.

Charisme sous cuir, le magnétisme selon George Michael

La tournée Faith, surexposant le chanteur condamné à multiplier ses effets à destination des jeunes filles pré-pubères, avait cruellement manqué d’âme et de substance. Mais le héros des clips, tout de regards courroucés et baisers profonds à des créatures de rêve, restait fascinant. Et, contre toute attente, il finit par se matérialiser dans le hall du Carolco Building, à l’angle de Sunset Boulevard et de Holloway Drive, où je me rendais régulièrement pour raisons professionnelles. Je venais d’appuyer sur le bouton de l’ascenseur quand il pénétra dans le hall, reconnaissable entre mille dans son jean délavé et moulant sur baskets blanches, son tee-shirt Fruit of the Loom et sa casquette de baseball rouge. Je lançai, sans préambule : « Nous avons un ami commun. » Il prit un air surpris : « Ah bon, c’est qui ? » Et je répondis : « Tony Garcia. » Le garçon en question était un musicien français qui lui ressemblait énormément au point que Nice Matin s’était trompé en légendant une photo de lui à Saint-Tropez, sans voir que le chanteur était, en fait, de dos sur l’image.

George Michael sourit et, tandis que je le complimentais pour la production de Faith, il me donna le sentiment d’être un garçon honnête, sympathique et heureux. A la fois, comment ne pas l’être quand on a 26 ans et que l’on est beau, riche et célèbre ? Réalisant que l’immeuble abritait, entre autres bureaux, ceux de ses managers Michael Lippman et Rob Kahane, je lui demandai ce qu’il préparait et il resta évasif. Logique : il était en train d’organiser son grand « retrait médiatique ». 

Star sous lunettes noires : le mystère George Michael hantera Noël encore longtemps ..

Quand je le retrouvai, deux ans plus tard, aux studios de Boulogne- Billancourt pour le tournage de « Too Funky », il arborait chemise, pantalon et chaussures noirs, était assez tendu mais néanmoins amical. Devenu journaliste, je croisais désormais, chaque jour, des artistes célèbres ; ce qui ne m’empêchait pas d’exprimer mon admiration à certains d’entre eux, dont encore George Michael après qu’il eut livré un ravageur « Somebody To Love » au stade de Wembley, en hommage à Freddie Mercury qui venait de disparaître ….

Notre dernière rencontre eut lieu au restaurant Spago, à Los Angeles. Après qu’il m’eut poliment demandé de mes nouvelles, je le remerciai pour Older, qui avait été la bande-son inattendue – car choisie par un ami – mais néanmoins parfaites de mes dernières vacances à Moustique. Je lui décrivis, à grand renfort de détails ironiques, l’adéquation miraculeuse de la trompette rêveuse de « You Have Been Loved » et de la lune se levant au-dessus de Britannia Bay où mouillait notre yacht, ce qui ne manqua pas de le faire rire. Il était un peu moins réservé ; l’âge et l’expérience, sans doute. Mais toujours aussi charmant. 

ERIC DAHAN

PHOTO À LA UNE : FAITH @ChrisCuffaro

Technikart #218, décembre 2018




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