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Aude Lancelin : « Le PS mérite d’être liquidé »

Au printemps dernier, la responsable des pages « idées » de l’Obs se voyait débarquée de son poste sans ménagement. Coup politique ourdi par un Hollande aux abois ? Ou simple réorg’ managériale ? La parole est à vous, camarade Lancelin. 

L’OBS, C’EST LA GROSSE ÉCLATE  ?
Aude Lancelin : « Il n’y a plus de vitalité dans ces rédactions… C’est vraiment un monde mort. J’ai vécu des réunions à L’Obs dont le mot d’ordre était “Trouvons-nous des combats !” Évidemment, ce n’est pas comme ça que ça marche. » 

LES RAISONS DE VOTRE LICENCIEMENT ?
« On sait juste que le licenciement a été décidé au moment de Nuit debout. À ce moment-là, je commence à disparaître des boucles collectives de la rédaction et certains journalistes se plaignent de ne pas être à l’aise pour parler du mouvement. Je prends donc rendez-vous avec le directeur de la rédaction Matthieu Croissandeau avec qui je n’avais aucune relation personnelle en dehors du boulot. Je suis obligée de lui parler de Frédéric Lordon pour qui je lui apprends officiellement. Un mois jour pour jour après ce rendez-vous, je reçois la lettre de licenciement. Après l’affaire, une fois que le truc éclate, deux journalistes extérieurs prennent contact avec moi en me disant : “François Hollande a parlé à Xavier Niel de ta relation avec Frédéric Lordon”. L’idée que ça puisse être un sujet, j’ai trouvé ça complètement dingue. Mais je ne suis peut-être pas assez parano… Avec Frédéric Lordon, on s’est dit qu’il avait probablement été écouté, aussi. Donc c’est extrêmement pénible de se dire que rétrospectivement tout cela était aux mains de ces mecs. »

NUIT DEBOUT, MENACE NATIONALE ?
« Nuit debout était à l’évidence menaçant, non pas pour l’État, mais pour le PS. Pour la première fois sous un gouvernement de gauche avait lieu un mouvement social de l’ampleur de celui contre la loi Travail. »

ET LA PRÉSIDENTIELLE ?
« Fillon me paraît très déterminé. Je crois que les 100 jours thatchériens, on y aura droit. Je redoute beaucoup cette élection, mais une chose est sûre : je n’irai pas voter avec un pistolet sur la tempe. Le Parti socialiste mérite d’être liquidé. Je pense d’ailleurs qu’il va avoir ce qu’il cherche. Remplacé par quoi ? Si c’est par un parti démocrate tenu par Valls ou Macron… Il y a une repolarisation aux deux extrêmes. C’est le résultat de 30 ans de clintonisme et de socialisme, de politique libérale menée au nom de la gauche. En France, la gauche gouverne contre le peuple depuis les années 80. » 

Le Monde libre (Les Liens qui libèrent, 232 p., 19€ )

JULIEN DOMECE

Retrouvez l’intégralité de notre portrait-interview dans Technikart #208, décembre 2016/janvier 2017

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