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Glory hole

Lundi
J’ai glissé ma bite dans le trou du mur des toilettes. Un trou rond comme la bouche d’une pâtissière. J’ai glissé ma bite et j’attends toujours qu’il se passe quelque chose. Les couilles contre l’aggloméré, je sens l’air chaud du sèche-mains et les effluves de Javel. J’entends les pas et les soupirs, le jet d’urine contre la flaque avachie des fonds de tuyau, le floc-floc lamentable des colombes de fins de repas, le frôlement d’un slip éventé qui m’a pris pour un portemanteau. La gueule écrasée et les mains en croix, je suis l’homme placard qui fait don de son zobe à l’humanité. Je suis une queue sans visage au garde-à-vous, droite et fouine comme la canne blanche d’un aveugle. Que les femmes que j’aime se rassurent, je suis là et j’attends. J’attends la bouche qui m’emmènera voir la mort. J’attends la main qui m’expliquera le sens du monde. J’attends la langue qui redresse tous les torts. J’attends les dents qui rappellent qu’on est toujours vivant. Et comme le doute n’est pas permis, je bande puisqu’il n’y a rien d’autre à faire. Le mur peut bien s’écrouler mais je bande quand même. Depuis que mes couilles sont en jachère, ma bite dérive au vent.

Mardi
Cela fait déjà pas mal de temps que j’ai glissé ma bite dans le trou du mur des toilettes. Et je sens bien qu’il faudra être patient, que tout le monde n’a pas forcément le manchon en ébène des films de fion. Mon porte-serviettes n’est qu’une tagliatelle dans un aquarium désodorisé. Alors je me doigte les fesses en espérant qu’on s’occupe du reste. Un avant-goût de soupe à la prostate me remonte à la gorge. Mes couilles claquent contre la paroi comme si je faisais l’amour à un cube. J’ai chaud. Une sueur de bouc à base d’acariens et de chiures de bois me coule entre les jambes.
Mais – sans faire de mauvais jeu de mots – je crois que je tiens le bon bout. Ma bite est universelle depuis qu’elle ne m’appartient plus. C’est ce que l’on pourrait appeler une bite d’intérêt public. On la prend, on l’éponge, on fait le plein et on ferme le robinet. Prière de la laisser dans l’état où vous l’avez trouvée. Ce matin, une main m’a prise entre ses doigts. J’ai senti le contact laqué des ongles vernis, l’anneau râpeux d’une alliance bon marché, la moiteur aux interstices et la corne de grand-mère sur les arêtes. Elle m’a serré comme un tuyau d’arrosage et relâché comme une couleuvre au RMI. J’ai entendu les cris et les hurlements, le bruit du talon qui s’écrasait sur mon gland, la fontaine de sang qui jaillissait sur le sol, la déflagration dans ma tête qui sonnait comme un missile Shahab-3 dans une chambre de bonne. Et pourtant, sans mentir, je bandais quand même.

Mercredi
Depuis que j’ai glissé ma bite dans le trou du mur des toilettes – c’est vrai –, je suis un autre homme. Entre deux séances de défécation, quelques divas pétomanes en tailleur dégriffé confondent ma verge purulente avec une poignée d’aisance pour personnes âgées. C’est la Cité des vieilles femmes aux portes de la branlette. Après les jack-off parties des années sida (tout le monde se branle, personne ne baise), voici venu le temps du « All in all, you’re just a SEX in the wall ». Avouons-le. Pendant des années, j’ai dû agiter les bras en l’air pour faire remarquer au plus grand nombre que personne ne m’avait sucé depuis cinq ans. On aurait dit Casimir voulant détrousser Julie, Divine remixant les Pointer Sisters pour la descendance de Farrah Fawcett, Barry White dans un teenage-movie avec de la jute en spray et des tartes chaudes. Combien de conversations faussement drôles ai-je dû enflammer pour vérifier que celui qui baise est celui qui sait se taire ? Combien d’hectolitres de mauvais alcool ai-je dû engloutir pour oublier que ce que nous faisions était terriblement vulgaire ?
Aujourd’hui, fini les restaurants à la con et le pilon de poulet braisé à la provençale. Me voilà au centre du monde parce que ma bite est devenu le cœur de l’enfer. Emmanché dans la cloison en contre-plaqué des toilettes, je suis le pénis anonyme que l’on déteste ou que l’on s’arrache. Certes, mes croûtes me font mal. Je n’ai pas dormi depuis trois jours. J’ai chié et uriné sans contrôle de chaque côté du mur. J’ai les membres ankylosés et la bite aussi froide qu’un glaçon.
Mais grâce à un subtil tour de passe-passe yoga, j’arrive à me caresser le bas des couilles par derrière du revers de la main gauche. Et me croirez-vous ? Je bande toujours…

« J’AI HURLÉ À LA MORT QUAND ELLE M’A DÉSINFECTÉ À L’EAU CHAUDE ET AU VINAIGRE DE MUSCADET. JE ME SOUVIENS DU GANT HUMIDE ET BRÛLANT QUI M’ENTOURAIT LE GLAND, DE SA LANGUE AFFÛTÉE SUR LE MÉAT,

Jeudi
Il y a quelques jours, j’ai glissé ma bite dans le trou du mur des toilettes. Et je n’arrive plus à la retirer… Cette nuit, la folle aux talons pics-à-glace est revenue pour me pilonner la verge façon Fight Club. Je l’ai reconnue à son pas et son dentier. Croûte après croûte, elle m’a déchiqueté les peaux et m’a fait saigner comme un pourceau. J’ai hurlé à la mort quand elle m’a désinfecté à l’eau chaude et au vinaigre de muscadet. Je me souviens du gant humide et brûlant qui m’entourait le gland, de sa langue affûtée sur le méat, de son parfum Vétiver et des pastilles Vichy qui s’agglutinaient dans sa bouche comme les derniers survivants d’un convoi de spermatozoïdes vers l’utérus de Katherine Hepburn. Elle devait me cisailler l’urètre lorsque j’ai perdu connaissance. Suspendu au mur par un sexe chevillé, j’ai dormi debout pendant des heures et rêvé de cette blonde cubique à la Tiffani Amber-Thiessen (« Beverly Hills 90210 ») qui m’obligeait à me branler devant un miroir pour admirer le galbe de mes couilles pendant l’orgasme. Elle me susurrait à l’oreille en me glissant tendrement sa poupée russe dans l’anus :
« Branle-toi bébé, branle-toi et regarde comme tu es beau…
— J’ai envie de toi, mon amour…
— D’accord, mais jouis d’abord et baise-moi après.
— Mais comment ?
— Démerde-toi, je veux pas le savoir ! »
Dans mon rêve, ma mère qui passait par là parce qu’elle était rentrée plus tôt du bureau, me détachait le chibre comme une tringle à rideaux pour le passer à la machine avec le reste de linge sale qu’elle avait trouvé sous mon lit. C’est probablement ce qui m’avait réveillé en sursaut quand deux bouches et deux langues, soit six muqueuses à plein temps, m’embrassèrent la verge comme s’il s’agissait du Saint-Suaire ou du caleçon d’Eminem. Elles déposaient leur bave sur les ruines de mon pénis en feu, comme un essaim de lèvres sans joues en plein vol plané. Nous étions les trois insectes butinant des sanitaires Jacob Delafon, une limace au bord de l’œdème et deux papillons de nuit contre le reste du monde, le Concombre volant, Maya l’abeille et Zébulon. Epuisé, affamé, le sexe en rondelles de saucisson, je jouissais mollement à sec, puis les arrosait d’un mince filet d’urine, lorsque deux anges à casque à pointe me tendirent un dossier de presse sur lequel on avait inscrit en lettres fluorescentes et gothiques : « Enlarge your pénis. 50 % de réduction. » C’est vrai, je n’avais plus toute ma tête. On peut même dire que je nageais en plein « penisium tremens ». Mais me croirez-vous vraiment ? Je bandais à nouveau…

Vendredi
Cela a commencé comme la caresse d’un Chamallow sur une barbe de trois jours, l’effleurement du paradis sur la terre aride des fins de semaine, un clip de Snoop Doggy Dog dans un show-room Cyrillus de Beauvais-sur-Oise. Nous étions deux et pourtant nous étions la planète entière. Sa bouche m’aspirait l’âme et ma bite n’était plus qu’une courroie de transmission. Lentement, elle m’a pris le trop plein d’amour accumulé dans une vie de merde et de tickets-restaurants à sept euros. J’ai joui si fort, si loin, si profondément que j’aurai pu rewriter la Marseillaise en togolais du bout du gland. Quand j’ai voulu la rencontrer, lui dire combien je l’aimais, comment j’allais lui faire l’amour debout quatre fois par jour jusqu’en 2040, elle s’est retournée vers moi et m’a collé ses moustaches jaunies par le Ricard sur la joue en me tapant très fort sur l’épaule. Je lui ai dit : « Papa ? » Il m’a répondu : « Ça va mieux, fiston ? »
 

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