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Howard Marks

Paru dans Technikart n° 73
Le plus grand contrebandier de haschisch de tous les temps sort sa biographie en format poche : « Mr Nice ». Oui mais Howard Marks est-il si nice que ça, après dix ans de prison ? Réponse ici, n’importe comment et n’importe quoi.

Ça te dérange si je fume ?
Non pas du tout, je serais plutôt gêné que tu ne fumes pas… (Il montre un cendrier rempli de mégots de clopes).

J’ai lu ton livre quand il est paru en France, il y a trois ans de ça, mais je ne me souviens plus très bien. J’ai dû fumer trop de pétards entre-temps…
Pas à cause du livre, j’espère ?

Ben non, j’avais commencé avant…
Ça me rassure. Ce n’est pas le but, je ne veux pas inciter qui que ce soit…

Donc, ça raconte quoi ?
Ça raconte qu’à la fin des années 60, alors que je faisais des études de sciences physiques à Oxford, j’ai découvert le haschich et ça m’a beaucoup plu. Je suis devenu un très gros fumeur, plus de vingt pétards par jour. Alors j’ai acheté du shit pour moi, puis vendu du shit pour payer ma consommation. Et puis j’ai eu l’occasion d’importer du shit d’Afghanistan en Angleterre. Je suis devenu un contrebandier et j’ai eu la belle vie, jusqu’à ce que je finisse en prison.

Tu faisais ça pour le pognon ?
Bien sûr mais pas que pour ça. Je n’aimais pas le rôle du dealer, la vente. J’aimais la contrebande, les stratégies, les voyages, les grands hôtels… Et puis il y avait un côté politique, c’était les 70’s, j’étais révolté par la prohibition.

Il paraît que tu étais le plus gros dealer du monde ?
Non, non, ça c’est la propagande de la presse et de la DEA. Je n’étais que le plus gros importateur d’Europe. De 1970 à 1987 j’ai fait passer plusieurs centaines de tonnes d’herbe et de haschich. Mais il devait y avoir de plus gros dealers aux Etats-Unis…

J’ai 10 € dans la poche. Tu peux me faire quoi, là ?
(Il réfléchit). T’as que 10 € ? Alors, garde-les, je t’offre un verre et un pétard (il attrape ses feuilles).

Tu roules à l’européeenne ?
Ouais : deux feuilles, collage à gauche, filtre en carton…

Tu préfères le shit ou la beuh ?
Je préfère le shit parce qu’en Europe, à l’époque, on ne trouvait que du hash. Alors, j’ai pris l’habitude…

C’est quoi les meilleurs matos du monde selon toi ?
Le Népalais, le Libanais et l’Afghan mais j’aime aussi l’herbe colombienne et la « thaï stick », la beuh thaïlandaise…

Je m’inquiète pour ma sœur : elle a 24 ans et elle n’a jamais fumé. Tu crois qu’elle est anormale ?
Non, je ne dirais pas « anormale », disons qu’elle fait partie des 50 % de gens qui ne fument pas.

Je peux faire quoi pour elle ?
Mais rien, laisse ta sœur tranquille…

Pourquoi avoir choisi de vendre du shit alors que tu aurais pu vendre du pétrole et finir président des Etats-Unis ?
Mais moi, je me fous du pétrole, je vendais du shit parce que j’aime ça. En plus, je ne suis pas un gros consommateur de pétrole.

Ce soir à la télé, il y a « Blow », un film sur la vie de George Jung, un gros trafiquant de coke. Jaloux ?
Non, le trafic de coke, c’est un business trop violent, et puis George Jung, lui, il est encore en prison pour longtemps.

Personne ne t’a proposé de faire un film sur ton histoire ?
J’ai été contacté par Sean Penn, mais ça n’a pas été plus loin. Si Hollywood a fait un film sur George Jung, c’est parce qu’il a fini en prison et qu’il y est encore. Moi, je suis libre, ça ne donne pas un bon exemple. Et puis, à force d’attendre, Sean Penn sera bientôt trop âgé pour tenir mon rôle…

Il paraît que tu aimes la France ?
Oui, j’ai eu ma première expérience sexuelle en France.

C’était comment ?
Super !

Qu’est-ce que tu dirais au gouvernement français qui veut faire disparaître la distinction drogue dure-drogue douce ?
Votre gouvernement a raison. Pour moi, il y a d’un côté des substances naturelles ou chimiques qui agissent sur le corps et l’esprit, de l’autre, des êtres humains libres et responsables. On devrait donc informer les gens des effets de chaque drogue et les légaliser toutes.

Tu as fréquenté du beau monde : les triades chinoises, l’IRA, la CIA, le MI6. Des contacts avec Al Quaida ?
Ben, pas directement. Quoique parmi mes contacts en Afghanistan et au Pakistan, certains sont peut-être passés du côté d’Al Quaida. A l’époque, leur ennemi, c’était l’URSS. Depuis la chute du Mur, l’ennemi c’est l’Amérique, donc…

Tu fais quoi depuis ta sortie de prison pour gagner ta vie ?
On m’a proposé 100 000 £ pour écrire mon autobiographie. C’est devenu très vite un best-seller, 500 000 exemplaires rien qu’en Angleterre. A ma grande surprise, je n’intéresse pas que les vieux hippies dans mon genre. Ce sont les jeunes de ton âge qui achètent mon livre.

Tu écoutes quoi comme musique quand tu as fumé ?
Des trucs que j’ai découvert grâce à ma fille : Leftfield, Fatboy Slim, Cypress Hill et toujours Dylan ou Zappa.

C’est pas très planant tout ça…
Le shit, ça me speede.

Tu as été journaliste sportif aussi ?
Oui, j’ai couvert la Coupe du monde 98 en France. Ah ah ah ! Non, le sport, c’est pas vraiment mon truc mais on m’a proposé ça pour exploiter ma signature. Tu connais les rédacteurs en chef…

A « Technikart », la devise, c’est : le monde entier est défoncé…
Ouais, il paraît même que je suis accro à l’oxygène.

« Mr Nice » (Mama éditions).
600 pages. 12,50 €
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