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« ET MAINTENANT, J’ACCUEILLE… »

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Paru dans Technikart n° 72
Grandes gueules néo-réacs, provocateurs de gauche, comiques complaisants, témoins rocambolesques : le plateau de « Tout le monde en parle » ressemble tous les samedis à une cour des miracles du scoop. Décryptage du cas Ardisson à travers ses invités.

ALAIN SORAL L’EXÉCUTEUR TESTICULAIRE
Après Evelyne Thomas, qui l’avait recruté à plusieurs reprises dans C’est mon choix en tant qu’invité, Ardisson s’est pris d’affection pour le psychokiller Alain Soral. Ce quadra très énervé, pratiquant la technique du coup de poing, fut l’auteur remarqué de Jusqu’où va-t-on descendre ?, un pamphlet anti-tout (gays, cailleras, gauche…), vendu contre toute attente à près de 80 000 exemplaires l’année dernière, un abécédaire néo-réac de gauche prolongé récemment par Socrate à Saint-Tropez. A l’époque, la comédienne Anouk Aimé manque de quitter le plateau de Tout le monde en parle (« Excusez-moi, mais je ne peux pas rester à côté de lui ! »), tellement la présence fébrile et les propos du grand rasé médiatique la terrorise. Pauvre chérie. Il faut dire à sa décharge que le frère de la comédienne Agnès Soral prend en otage depuis un moment les plateaux de télé, dont celui d’Ardisson, avec un numéro bien rôdé d’odieux macho en guerre contre les salopes (développé dans son premier livre, Sociologie du dragueur), désormais doublé d’une campagne plus politique contre les tapettes de gauche, ces socio-traîtres à la vulgate marxiste originelle dont il se fait l’unique exécuteur (au sens strict). Ardisson retrouve chez ce bandit/dandy très 80’s les poses excentriques de la période Palace (dont Soral fut l’un des animateurs), le goût pour le dynamitage des élites et de la bonne conscience de gauche (il a lancé un gros doigt d’honneur à Josyane Savigneau sur le plateau de Campus, oulalala) et un allié sûr dans son rapport hystérique aux meufs.

THIERRY MEYSSAN LE CONSPIRATIONNISTE DE GAUCHE
En amorçant sur son plateau la thèse de Thierry Meyssan, animateur historique du Réseau Voltaire et auteur de l’Effroyable Imposture (ou comment un avion de ligne a disparu comme le Nimitz, sans jamais s’écraser sur le Pentagone), Ardisson a satisfait à la fois son goût immodéré pour la conspiracy culture et sa boulimie de coups médiatiques foireux. Comme dans le cas d’Alain Soral, il s’agit de démarrer au quart de tour avec un carburant explosif : air du temps conspirationniste ; succès (possible) de librairie ; anti-unanimisme (face à l’indignation générale autour du 11 septembre) ; goût du paradoxe déguisé en scepticisme scientiste et liberté d’expression. Meyssan incarne ce qu’Ardisson adore : les marginaux, de gauche de préférence, stigmatisés par les élites du même nom à cause du tapage pseudo-subversif qu’ils produisent. Même si on trouve nous aussi que les médias sont allés un peu vite en besogne dans la dénonciation expresse de Meyssan, balayant des questions grosses comme le nez d’un avion au milieu de la figure (exemple : comment faire entrer un Boeing dans une fenêtre de sept mètres sans casser les portants ?), il faut bien avouer que sa thèse semble s’effriter chaque jour un peu plus. L’impression qui domine, peut-être encore plus avec Meyssan qu’avec d’autres invités, c’est : Ardisson préfère le bruit infernal que fait la thèse quand elle s’écrase sur son plateau que les vapeurs de vérité qui peuvent parfois s’en dégager. Faut-il cependant rappeler que 200 000 lecteurs de l’Effroyable Imposture ont pensé comme lui ?

LAURENT BAFFIE LE ROBOT COMIQUE
Sniper virtuose de la blague de plateau, Baffie est devenu le bras droit officiel d’Ardisson au fur et à mesure des émissions. Recruté en 1990 par le présentateur de Double Jeu, il dispose aujourd’hui d’une « piste son » divergée et d’une caméra braquée en permanence sur lui pour capter à temps ses répliques du genre : « Tu veux un pain au chocolat ? » « Non, t’es gentil, j’essaie d’arrêter. » Mais derrière ses redoutables one shots, dégainés plus vite qu’un tir de char Abrams sur une camionnette de civils irakiens en fuite, il y a comme quelque chose qui cloche. Moins la pitié qu’il pouvait inspirer lorsqu’il se faisait charrier par les Guignols (« Demain, j’ai piscine », mine de chien battu) qu’une difficulté troublante, voire trouble, à le situer. Cet amoureux des encyclopédies pour animaux, auteur du premier spectacle de Jean-Marie Bigard et ami de ce dernier (ce qui n’est pas pour nous rassurer), tire sur tout ce qui bouge et c’est bien le problème. Il est peut-être le premier comique vraiment apolitique de la place, se ruant sans discernement sur les parties faibles (les femmes, Christine Angot de préférence) plus que sur les gros cons suffisants (si je mets un nom, c’est dix plaques de procès pour Technikart), élevant la réplique robotique au rang de techno-science au lieu d’en faire une spécialité spirituelle gratuite et humaine. Pourquoi pas ? Mais au service de quoi, de qui ? D’Ardisson, pardi, dont il est le porte-flingue comique et l’inquiétante âme damnée. Enfin, quelqu’un qui aime Michel Delpech ne peut être complètement blanc-blanc.

KAREN MULDER LA DÉPRESSION EXERCÉE
Avant de reprendre I Am What I Am pour signifier à la face du monde sa sortie de dépression, Karen y est d’abord entrée (dans la dépression). Et, comme par hasard, Ardisson et sa machinerie étaient là pour ramasser les morceaux. C’était le 31 octobre 2001. Ce jour-là, le mannequin arrive défaite à l’enregistrement. « Au bout de cinq minutes, racontait Ardisson à l’époque et à Libération, j’ai compris qu’elle était malade. » Pour une fois, Ardisson décide d’être prudent. Mulder accuse la moitié de la jet-set européenne de viol aggravé. « J’ai arrêté l’interview et avec Michèle Cotta (directrice générale de France 2, NDLR) et Catherine Barma, la productrice, nous avons décidé de ne pas la diffuser, quitte à être accusés de censure. Ça aurait été un superscoop : elle a travaillé à l’agence Elite et ça chauffe avec eux. Il y avait peut-être des choses vraies dans son témoignage. Mais il était évident qu’elle n’était pas dans son état normal. Au moment de partir, elle m’a dit : “Vous aussi, vous faites partie du complot.” » Et si les tops paranoïaques avaient toujours raison ? Mais non, Thierry, on déconne.

ANTOINE SCHULLER L’ARBRE CACHÉ PAR LAFORÊT
Dans le même registre simili-psychiatrique, rappelons que Marie Laforêt a accompagné la venue chez Ardisson d’un petit protégé de choix : Antoine Schuller, fils de Didier, dont les frasques clichoises d’abord, sud-américaines ensuite, ont alimenté la chronique judiciaire. Ce n’était peut-être pas une bonne idée. Laforêt touffue et toute folle a caché l’arbre plutôt solide. En effet, malgré toutes les présentations hâtives dont il a fait l’objet, Antoine Schuller semblait parfaitement sain d’esprit lorsqu’il a donné une interview au Parisien. Dans celle-ci, il avait dénoncé l’attitude de son père, sa façon de narguer la justice et, surtout, son exultation lorsque le juge Halphen annonça sa démission. Tout sauf un delirium tremens. Seulement voilà, il avait transgressé un tabou total : dénoncer le Père. Personne ne lui a pardonné. Le pompon est décroché par le Nouvel Observateur du 31 janvier 2002 qui, sous la plume de François Caviglioli, démonte « les élucubrations d’Antoine » et le présente comme un mollusque infantilisé et séduit par le fêtard Ardisson. « Je suis rentré à 6h00 du matin, lui fait-il dire. Je suis devenu copain avec Baffie, Darmon et Chabat. » Avant de conclure par une phrase psychoanalytique puissante : « Antoine, ça serait plutôt Œdipe aux Bains-Douches. » Même si c’est vrai, voilà résumé tout le problème de la broyeuse Ardisson du samedi soir : tout le monde y passe. Même les gens potentiellement intéressants.

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