Paru dans Technikart n° 72
Le syndicalisme change enfin de tête. Les interventions de Stop Précarité tiennent autant de l’anarcho-activisme que du happening arty : si demain tout doit enfin péter en France, ce sera peut-être grâce à eux. Voyage au pays des nouvelles têtes brûlées de la CGT.
Combien de fois la classe ouvrière s’est-elle faite mettre par l’Histoire ? Combien de fois le PCF et la CGT, sa courroie de transmission syndicale, ont-ils vendu l’âme du prolétariat à Machiavel ? France, années 30. La gauche, CGT en tête, n’a qu’un mot d’ordre à la bouche : « Le fascisme ne passera pas. » Ah ouais ? 1939 : premier retournement de veste. A la veille du deuxième clash mondial, le pacte germano-soviétique prévoit l’élaboration d’une plate-forme de réflexion visant à faire fusionner nazisme et communisme. Les dirigeants de la CGT, au parfum de ces magouilles politico-diplomatiques, ne bronchent pas.
Fin des années 80 : le Mur de Berlin part en miettes, les idéologies itou et la CGT avec. Mieux, les déçus de la social-démocratie mitterrandienne viennent alimenter les rangs du Front National. Au moment où le premier syndicat de la classe ouvrière (ou de ce qu’il en reste) amorce avec cinquante ans de retard sa déstalinisation, le voilà rongé par un nouveau cancer : le prolo-lepenisme. Depuis plus de dix ans, le Front National est devenu le premier parti ouvrier de France.
PIZZAÏOLOS ET NORMALIENS
Alors, que faire quand, en moins de trente ans, la CGT a perdu les deux-tiers de ses effectifs, passant de plus de deux millions d’adhérents en 1976 à moins de 700 000 aujourd’hui ? Abdel Mabrouki a la réponse : se syndiquer à la… CGT ! Mais pas se faire niquer. Abdel n’a étudié ni Marx ni le pacte germano-soviétique à Sciences Po vu qu’il a quitté l’école en cinquième. Abdel est un prolo précaire, un vrai, pizzaïolo à mi-temps et à moins de 450 € par mois. A 30 ans, il vit chez ses parents dans un HLM de Levallois. En dix ans de bons et loyaux services chez Pizza Hut, Abdel n’a récolté que des embrouilles : un taf de merde (on l’a promu un moment responsable des poubelles), sans avenir (jamais une augmentation) et une direction qui tente par tous les moyens de l’éliminer (avertissements, menaces et déjà deux tentatives de licenciement). Cerise sur le gâteau, Abdel arbore depuis 1996 une casquette de délégué syndical CGT. Une vraie vie de lumpen que cette tête brûlée pur beur va sublimer en CV de working class hero. Pizza Hut de Levallois, Mc Do Saint-Germain-des-Prés (décembre 2000), Pizza Hut Opéra (janvier 01), Pizza Hut Bonne Nouvelle (mars 03), Mc Do de Strasbourg-Saint-Denis (octobre 01, février 02, mars 03). Autant de lieux, autant de grèves, autant de victoires – réintégration des potes licenciés, amélioration des conditions de travail – remportées par le chef du précarité fight club sur le Mc-patronat grâce à une arme absolue : son Réseau Stop Précarité.
Démarré il y a trois ans, au moment des grèves du Mc Do Saint-Germain et de Pizza Hut Opéra, Stop Précarité connecte des activistes de différents groupuscules globalement antimondialisation : Attac Sorbonne, AC !, Sud G10, la CNT, la CGT d’Abdel et Aarrg !, une joyeuse bande d’allumés, tous Bac+12 (Normaliens, doctorats en tous genres…), qui mélangent gauchisme et situationnisme. Avantage : Stop Précarité casse les barrières intellos/prolos et fédère des militants de différents secteurs qui n’ont pas l’occasion de communiquer entre eux : les esclaves de la restauration rapide sortent enfin de leur ghetto à frites et peuvent se brancher avec des profs de fac ou des vendeurs de la Fnac. Les interventions de Stop Précarité tiennent autant de l’anarcho-activisme que du happening arty : transformation de la grève du Mc Do Saint-Germain en pique-nique géant en plein hiver et en plein boulevard, dépôt d’une gerbe à la mémoire du précaire inconnu sur la tombe du soldat du même nom, défilé de mode « Précarité Fashion » et présentation de la nouvelle collection « automne-hiver 2003 Galèretop » dans une école des beaux-arts. On est autant dans les théories révolutionnaires de Victor Serge que dans un spectacle de rue du Royal de Luxe !
« MC DO TE DIT : “C’EST MOI LE MAÎTRE ET C’EST TOI L’ESCLAVE. ALORS TU FAIS CE QUE JE TE DIS ET TU FERMES TA GUEULE.” » (NABIL).
A L’ASSAUT DU MC DO
Alors Stop Précarité, une farce ? Pas tout à fait. Samedi 5 avril 2003, 12h45. Dans le Mc Do de Strasbourg-Saint-Denis, à nouveau en grève depuis vingt-six jours, le Réseau prépare ses munitions : tracts et autocollants « Hambur-grève illimitée » passent de main en main. 12h50 : un bon coup de trompette sonne le départ. « TOUT EST À NOUUUS ! RIEN N’EST A EUUX ! TOUT CE QU’ILS ONT, ILS L’ONT VO-LÉ ! AU-CU, AU-CU, AUCUNE HÉSITATION ! » La trentaine d’activistes présents foncent à présent dans le métro. Une équipe de TV5 couvre l’événement. La destination est connue au dernier moment : raid sur le Mc Do Rivoli !
Un petit quart d’heure plus tard, le commando déboule en force dans le fast food, à grands coups de sirènes, de pétards, de fumigènes et de slogans hurlés dans le mégaphone : « SOLIDARITE AVEC LES GRÉVISTES DE STRASBOURG-SAINT-DENIS ! » Ça chauffe un peu du côté des vigiles, sauf que la caméra de TV5 tourne et mon dictaphone aussi. « On reste calme et tout va bien se passer. » Une bourgeoise à chignon se précipite sur moi : « C’est scandaleux ce que vous faites ! Y a des enfants tout de même ! » « J’suis pas gréviste, j’suis journaliste m’dame, pigiste précaire. » Haussement d’épaules. A sa table, ses quatre têtes blondes ont effectivement du mal à finir leur Mc Nuggets au milieu du bordel ambiant. Dehors, un client gueule. « T’es contre la grève ? » « Non, mais j’veux une sauce barbecue ! » Vingt minutes plus tard, le Mc Do est désert. Il le restera pendant une bonne partie du samedi après-midi, théoriquement journée juteuse dans le Mc-business. Le patron tire la gueule. Tino, membre du commando et actuellement menacé de licenciement, m’explique : « Au départ, on devait en occuper quatre d’un coup. Mais on n’était pas assez nombreux. T’inquiète, on reviendra ! »
Dix jours plus tôt, quelques membres du réseau ont mené une opération plus secrète et bien plus stratégique : un raid sur LR Services, à Fleury-Mérogis. Là se trouvent les entrepôts qui alimentent les restaurants. « On a réussi à bloquer une nuit entière les camions qui livrent tous les Mc Do de la région parisienne. Ça leur a foutu un bordel ! », se marre Nabil, gréviste à Strasbourg-Saint-Denis. Et ça n’est qu’un début : « La prochaine fois qu’on y retourne, ce sera deux ou trois jours. Comme ça, on sera sûr qu’il y ait plus rien dans aucun Mc Do ! », ajoute le cégétiste qui cumule huit années dans la restauration rapide. « Mc Do te dit : “C’est moi le maître et c’est toi l’esclave. Alors tu fais ce que je te dis et tu fermes ta gueule.” » Les nouvelles têtes brûlées de la CGT ne rigolent pas. Abdel revendique haut et fort la lutte des classes : « Nous, ce qu’on veut, c’est rentrer dans la gueule des patrons ! »
La hamburgrève illimitée, c’est d’abord une grève dure qui dure. L’année dernière, l’occupation du Mc Do de Strasbourg-Saint-Denis a duré 115 jours. Au Pizza Hut de Bonne-Nouvelle, en mars dernier, 29 jours : « D’abord, ils nous ont envoyé les flics. Après, ils ont ramené leur milice privée, sept vigiles reubeus de deux mètres de haut. Du coup, on a fait rappliquer nos potes du réseau et on les a dégagés. Ici, c’est chez nous et on reste là, OK ? La direction était verte. » Des méthodes et un langage qui ruent dans les brancards bureautiques de la presque centenaire CGT. Depuis quatre ans, entre Abdel Mabrouki et Bernard Thibault, le boss de la Confédération, c’est la guerre. En 1999, invité au Congrès de Strasbourg, Abdel refuse de soutenir la candidature Thibault : « Là-haut, ils m’ont filé un tas imbitable de paperasses à lire, et puis dix minutes après, les mecs me disaient : “Allez, Abdel, lève la main, vote pour !” Du coup, je me suis abstenu sur tout. »
THIBAULT SE DÉFILE
Jeudi 3 avril, 14h15, grosse manif’ sur l’avenir des retraites : Thibault, à cinquante mètres du piquet de grève de Strasbourg-Saint-Denis, où Abdel est présent, pose pour les photographes. Les petits Reubeus tentent d’approcher le leader. « THI-BAULT AVEC NOUS ! » Les nervis blancs de Bernard, oreillettes et blousons noirs, s’interposent et ripostent illico – « Allez, putain, dégaaaaagez ! » Thibault jette un regard sur le Mc Do, et passe son chemin. Un semaine plus tard, Abdel est invité sur le même plateau télé que l’homme à la coupe de Ray Davies. A l’occasion de la diffusion de On n’est pas des steacks hachés, docu sur la première hamburgrève de Strasbourg-Saint-Denis, la chaîne Planète a d’abord invité Thibault pour un débat, puis Abdel. Mais, quatre jours avant l’enregistrement, le héros des grèves de 1995 se débine. « Quand il a su que je venais, il a dit à la chaîne qu’il partait en vacances ce jour-là », explique Abdel. Un vrai dialogue de sourds.
« J’aimais déjà pas quand ils s’appelaient entre eux “camarade”, mais maintenant que c’est “copain”, ça me fout encore plus la rage », ajoute, un peu vénère, Latifa, déléguée CGT et pasionnaria de Stop Précarité. Abdel accuse même son syndicat de racisme : « Plus tu montes dans la hiérarchie, plus c’est blanc ! Et quand tu leur fais remarquer, ils t’envoient chier. » Ringard, sectaire, un poil xénophobe… Si la CGT c’est ça, pourquoi ne pas se barrer ? « On restera jusqu’au bout ! », hurlent en chœur ces enragés qui n’ont plus rien à perdre. D’ailleurs, depuis le mois de janvier, Abdel a créé au sein de la vieille confédération son propre syndicat, la CGT Pizza Hut Paris. « Et le Secrétaire général, c’est moi ! » Une stratégie de noyautage ?
www.stopprecarite.org
Fin des années 80 : le Mur de Berlin part en miettes, les idéologies itou et la CGT avec. Mieux, les déçus de la social-démocratie mitterrandienne viennent alimenter les rangs du Front National. Au moment où le premier syndicat de la classe ouvrière (ou de ce qu’il en reste) amorce avec cinquante ans de retard sa déstalinisation, le voilà rongé par un nouveau cancer : le prolo-lepenisme. Depuis plus de dix ans, le Front National est devenu le premier parti ouvrier de France.
PIZZAÏOLOS ET NORMALIENS
Alors, que faire quand, en moins de trente ans, la CGT a perdu les deux-tiers de ses effectifs, passant de plus de deux millions d’adhérents en 1976 à moins de 700 000 aujourd’hui ? Abdel Mabrouki a la réponse : se syndiquer à la… CGT ! Mais pas se faire niquer. Abdel n’a étudié ni Marx ni le pacte germano-soviétique à Sciences Po vu qu’il a quitté l’école en cinquième. Abdel est un prolo précaire, un vrai, pizzaïolo à mi-temps et à moins de 450 € par mois. A 30 ans, il vit chez ses parents dans un HLM de Levallois. En dix ans de bons et loyaux services chez Pizza Hut, Abdel n’a récolté que des embrouilles : un taf de merde (on l’a promu un moment responsable des poubelles), sans avenir (jamais une augmentation) et une direction qui tente par tous les moyens de l’éliminer (avertissements, menaces et déjà deux tentatives de licenciement). Cerise sur le gâteau, Abdel arbore depuis 1996 une casquette de délégué syndical CGT. Une vraie vie de lumpen que cette tête brûlée pur beur va sublimer en CV de working class hero. Pizza Hut de Levallois, Mc Do Saint-Germain-des-Prés (décembre 2000), Pizza Hut Opéra (janvier 01), Pizza Hut Bonne Nouvelle (mars 03), Mc Do de Strasbourg-Saint-Denis (octobre 01, février 02, mars 03). Autant de lieux, autant de grèves, autant de victoires – réintégration des potes licenciés, amélioration des conditions de travail – remportées par le chef du précarité fight club sur le Mc-patronat grâce à une arme absolue : son Réseau Stop Précarité.
Démarré il y a trois ans, au moment des grèves du Mc Do Saint-Germain et de Pizza Hut Opéra, Stop Précarité connecte des activistes de différents groupuscules globalement antimondialisation : Attac Sorbonne, AC !, Sud G10, la CNT, la CGT d’Abdel et Aarrg !, une joyeuse bande d’allumés, tous Bac+12 (Normaliens, doctorats en tous genres…), qui mélangent gauchisme et situationnisme. Avantage : Stop Précarité casse les barrières intellos/prolos et fédère des militants de différents secteurs qui n’ont pas l’occasion de communiquer entre eux : les esclaves de la restauration rapide sortent enfin de leur ghetto à frites et peuvent se brancher avec des profs de fac ou des vendeurs de la Fnac. Les interventions de Stop Précarité tiennent autant de l’anarcho-activisme que du happening arty : transformation de la grève du Mc Do Saint-Germain en pique-nique géant en plein hiver et en plein boulevard, dépôt d’une gerbe à la mémoire du précaire inconnu sur la tombe du soldat du même nom, défilé de mode « Précarité Fashion » et présentation de la nouvelle collection « automne-hiver 2003 Galèretop » dans une école des beaux-arts. On est autant dans les théories révolutionnaires de Victor Serge que dans un spectacle de rue du Royal de Luxe !
« MC DO TE DIT : “C’EST MOI LE MAÎTRE ET C’EST TOI L’ESCLAVE. ALORS TU FAIS CE QUE JE TE DIS ET TU FERMES TA GUEULE.” » (NABIL).
A L’ASSAUT DU MC DO
Alors Stop Précarité, une farce ? Pas tout à fait. Samedi 5 avril 2003, 12h45. Dans le Mc Do de Strasbourg-Saint-Denis, à nouveau en grève depuis vingt-six jours, le Réseau prépare ses munitions : tracts et autocollants « Hambur-grève illimitée » passent de main en main. 12h50 : un bon coup de trompette sonne le départ. « TOUT EST À NOUUUS ! RIEN N’EST A EUUX ! TOUT CE QU’ILS ONT, ILS L’ONT VO-LÉ ! AU-CU, AU-CU, AUCUNE HÉSITATION ! » La trentaine d’activistes présents foncent à présent dans le métro. Une équipe de TV5 couvre l’événement. La destination est connue au dernier moment : raid sur le Mc Do Rivoli !
Un petit quart d’heure plus tard, le commando déboule en force dans le fast food, à grands coups de sirènes, de pétards, de fumigènes et de slogans hurlés dans le mégaphone : « SOLIDARITE AVEC LES GRÉVISTES DE STRASBOURG-SAINT-DENIS ! » Ça chauffe un peu du côté des vigiles, sauf que la caméra de TV5 tourne et mon dictaphone aussi. « On reste calme et tout va bien se passer. » Une bourgeoise à chignon se précipite sur moi : « C’est scandaleux ce que vous faites ! Y a des enfants tout de même ! » « J’suis pas gréviste, j’suis journaliste m’dame, pigiste précaire. » Haussement d’épaules. A sa table, ses quatre têtes blondes ont effectivement du mal à finir leur Mc Nuggets au milieu du bordel ambiant. Dehors, un client gueule. « T’es contre la grève ? » « Non, mais j’veux une sauce barbecue ! » Vingt minutes plus tard, le Mc Do est désert. Il le restera pendant une bonne partie du samedi après-midi, théoriquement journée juteuse dans le Mc-business. Le patron tire la gueule. Tino, membre du commando et actuellement menacé de licenciement, m’explique : « Au départ, on devait en occuper quatre d’un coup. Mais on n’était pas assez nombreux. T’inquiète, on reviendra ! »
Dix jours plus tôt, quelques membres du réseau ont mené une opération plus secrète et bien plus stratégique : un raid sur LR Services, à Fleury-Mérogis. Là se trouvent les entrepôts qui alimentent les restaurants. « On a réussi à bloquer une nuit entière les camions qui livrent tous les Mc Do de la région parisienne. Ça leur a foutu un bordel ! », se marre Nabil, gréviste à Strasbourg-Saint-Denis. Et ça n’est qu’un début : « La prochaine fois qu’on y retourne, ce sera deux ou trois jours. Comme ça, on sera sûr qu’il y ait plus rien dans aucun Mc Do ! », ajoute le cégétiste qui cumule huit années dans la restauration rapide. « Mc Do te dit : “C’est moi le maître et c’est toi l’esclave. Alors tu fais ce que je te dis et tu fermes ta gueule.” » Les nouvelles têtes brûlées de la CGT ne rigolent pas. Abdel revendique haut et fort la lutte des classes : « Nous, ce qu’on veut, c’est rentrer dans la gueule des patrons ! »
La hamburgrève illimitée, c’est d’abord une grève dure qui dure. L’année dernière, l’occupation du Mc Do de Strasbourg-Saint-Denis a duré 115 jours. Au Pizza Hut de Bonne-Nouvelle, en mars dernier, 29 jours : « D’abord, ils nous ont envoyé les flics. Après, ils ont ramené leur milice privée, sept vigiles reubeus de deux mètres de haut. Du coup, on a fait rappliquer nos potes du réseau et on les a dégagés. Ici, c’est chez nous et on reste là, OK ? La direction était verte. » Des méthodes et un langage qui ruent dans les brancards bureautiques de la presque centenaire CGT. Depuis quatre ans, entre Abdel Mabrouki et Bernard Thibault, le boss de la Confédération, c’est la guerre. En 1999, invité au Congrès de Strasbourg, Abdel refuse de soutenir la candidature Thibault : « Là-haut, ils m’ont filé un tas imbitable de paperasses à lire, et puis dix minutes après, les mecs me disaient : “Allez, Abdel, lève la main, vote pour !” Du coup, je me suis abstenu sur tout. »
THIBAULT SE DÉFILE
Jeudi 3 avril, 14h15, grosse manif’ sur l’avenir des retraites : Thibault, à cinquante mètres du piquet de grève de Strasbourg-Saint-Denis, où Abdel est présent, pose pour les photographes. Les petits Reubeus tentent d’approcher le leader. « THI-BAULT AVEC NOUS ! » Les nervis blancs de Bernard, oreillettes et blousons noirs, s’interposent et ripostent illico – « Allez, putain, dégaaaaagez ! » Thibault jette un regard sur le Mc Do, et passe son chemin. Un semaine plus tard, Abdel est invité sur le même plateau télé que l’homme à la coupe de Ray Davies. A l’occasion de la diffusion de On n’est pas des steacks hachés, docu sur la première hamburgrève de Strasbourg-Saint-Denis, la chaîne Planète a d’abord invité Thibault pour un débat, puis Abdel. Mais, quatre jours avant l’enregistrement, le héros des grèves de 1995 se débine. « Quand il a su que je venais, il a dit à la chaîne qu’il partait en vacances ce jour-là », explique Abdel. Un vrai dialogue de sourds.
« J’aimais déjà pas quand ils s’appelaient entre eux “camarade”, mais maintenant que c’est “copain”, ça me fout encore plus la rage », ajoute, un peu vénère, Latifa, déléguée CGT et pasionnaria de Stop Précarité. Abdel accuse même son syndicat de racisme : « Plus tu montes dans la hiérarchie, plus c’est blanc ! Et quand tu leur fais remarquer, ils t’envoient chier. » Ringard, sectaire, un poil xénophobe… Si la CGT c’est ça, pourquoi ne pas se barrer ? « On restera jusqu’au bout ! », hurlent en chœur ces enragés qui n’ont plus rien à perdre. D’ailleurs, depuis le mois de janvier, Abdel a créé au sein de la vieille confédération son propre syndicat, la CGT Pizza Hut Paris. « Et le Secrétaire général, c’est moi ! » Une stratégie de noyautage ?
www.stopprecarite.org

