Paru dans Technikart n° 72
Depuis douze ans, La Bouée, association indépendante bien que financée à 95 % par la RATP, propose son assistance aux shootés de tous poils de la Régie.
Gilbert Lasne, vous êtes responsable de La Bouée. Comment fonctionne cette association ?
Comme un centre de soins classique, sauf qu’on intervient dans les entreprises avec des gens qui sont polytoxicomanes avérés mais ne se reconnaissent pas dans l’image du toxicomane classique. On a rapproché le système de soins du monde du travail. Notre démarche est citoyenne, elle vise une autre réponse que l’exclusion de ceux qui ont des problèmes de drogues, sachant que l’usage de la drogue est une conduite illégale avec divers codes– code pénal, code de la route, mais aussi code du travail. Il a fallu apprivoiser les gens, instaurer la confiance.
Il y a beaucoup de toxicomanes à la RATP ?
En dix ans, on a reçu environ sept cents employés de la Régie, principalement des héroïnomanes en intraveineuses et, depuis quatre ans, de plus en plus de polytoxicomanes ou de personnes en difficulté avec le cannabis.
Comment viennent-ils à vous ?
A la RATP, il n’y a pas de dépistage systématique. Ni à l’embauche, ni après. On n’est pas des flics, on travaille sur la confiance. Cette position de respect n’a pas encore été infirmée et le travail de confiance qui s’est instauré a fait que ce sont toujours les agents qui viennent d’eux-mêmes demander de l’aide à un moment donné. Je ne suis pas sûr que le jour où l’on mettra en place un dépistage systématique, on soit sur le même schéma.
La toxicomanie d’entreprise est-elle directement liée au travail ?
La toxicomanie ou la prise de produit psychoactif résulte de la mise en place de mécanismes de défense individuels ou collectifs. Tant qu’on considère le toxico comme un pauvre petit gars malheureux qui s’est laissé avoir par les dangers de la drogue, ça va. Mais si j’explique que le travail peut générer une toxicomanie, ça ne va plus du tout. Il m’est arrivé d’intervenir sur des sites où la question d’organisation du travail était visiblement en cause. Quand, sur une équipe de trente mecs, vous en avez vingt défoncés, il est évident que la consommation de drogue au travail est l’un des moyens pour supporter la souffrance, la charge du travail. Comme la dépression ou, dans les cas extrêmes, les tentatives de suicide.
Ça va jusque là ?
Récemment, j’ai travaillé sur deux tentatives de suicide à la RATP. Une par immolation dans l’entreprise, une autre par ingestion de médicaments et d’alcool en même temps. L’un des deux m’a dit : « C’est que le travail. C’est plus possible et mon geste, c’est pour aider les collègues. Moi, si j’y passe, c’est pas grave, mais il faut faire bouger les choses pour que les collègues aillent mieux. »
Comme un centre de soins classique, sauf qu’on intervient dans les entreprises avec des gens qui sont polytoxicomanes avérés mais ne se reconnaissent pas dans l’image du toxicomane classique. On a rapproché le système de soins du monde du travail. Notre démarche est citoyenne, elle vise une autre réponse que l’exclusion de ceux qui ont des problèmes de drogues, sachant que l’usage de la drogue est une conduite illégale avec divers codes– code pénal, code de la route, mais aussi code du travail. Il a fallu apprivoiser les gens, instaurer la confiance.
Il y a beaucoup de toxicomanes à la RATP ?
En dix ans, on a reçu environ sept cents employés de la Régie, principalement des héroïnomanes en intraveineuses et, depuis quatre ans, de plus en plus de polytoxicomanes ou de personnes en difficulté avec le cannabis.
Comment viennent-ils à vous ?
A la RATP, il n’y a pas de dépistage systématique. Ni à l’embauche, ni après. On n’est pas des flics, on travaille sur la confiance. Cette position de respect n’a pas encore été infirmée et le travail de confiance qui s’est instauré a fait que ce sont toujours les agents qui viennent d’eux-mêmes demander de l’aide à un moment donné. Je ne suis pas sûr que le jour où l’on mettra en place un dépistage systématique, on soit sur le même schéma.
La toxicomanie d’entreprise est-elle directement liée au travail ?
La toxicomanie ou la prise de produit psychoactif résulte de la mise en place de mécanismes de défense individuels ou collectifs. Tant qu’on considère le toxico comme un pauvre petit gars malheureux qui s’est laissé avoir par les dangers de la drogue, ça va. Mais si j’explique que le travail peut générer une toxicomanie, ça ne va plus du tout. Il m’est arrivé d’intervenir sur des sites où la question d’organisation du travail était visiblement en cause. Quand, sur une équipe de trente mecs, vous en avez vingt défoncés, il est évident que la consommation de drogue au travail est l’un des moyens pour supporter la souffrance, la charge du travail. Comme la dépression ou, dans les cas extrêmes, les tentatives de suicide.
Ça va jusque là ?
Récemment, j’ai travaillé sur deux tentatives de suicide à la RATP. Une par immolation dans l’entreprise, une autre par ingestion de médicaments et d’alcool en même temps. L’un des deux m’a dit : « C’est que le travail. C’est plus possible et mon geste, c’est pour aider les collègues. Moi, si j’y passe, c’est pas grave, mais il faut faire bouger les choses pour que les collègues aillent mieux. »

