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COME TO GRANDADDY

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Paru dans Technikart n° 72
Ils sont barbus, vivent à la cambrousse mais donnent naissance à des morceaux splendides. Rencontre avec Jim Fairchild, guitariste de Grandaddy, et Jason Lytle, le songwriter. Où il est question de bourrage de gueules, de nulle part et, bien sûr, de musique céleste.

Votre dernier disque, « The Sophtware Slump », sous son image rurale, était un concept album ambitieux…
Jim Fairchild :
Ouais, c’est ce qu’on nous a dit.

Comment situes-tu « Sumday », le nouveau : plus artisanal ?
J.F. :
Ça tourne autour de l’idée des secondes chances, de ce qui aurait pu se passer si j’avais fait tel choix plutôt que tel autre… Le titre renvoit à la fois à l’idée d’un résumé (« summary ») et d’une addition (« summation »). Le mot « sumday » a été créé spécialement pour cet album, je trouve que c’est une idée assez chouette.

Cet album est donc plus classique que le précédent. Vous aviez peur d’être trop prétentieux ?
J.F. :
Non, les éléments de notre musique étaient présents dès le début : des morceaux comme Summer Here Kids ou Crystal Lake sont assez catchy, immédiats. Rien à voir avec de gros hits pop, bien sûr. Pour cet album, nous voulions des morceaux accessibles, avec un côté Phil Spector. Même si Phil Spector a peut-être tué quelqu’un.

Votre musique est-elle particulièrement américaine ?
J.F. :
Elle l’est au sens où elle ne pourrait pas exister sous cette forme si nous habitions ailleurs. Notre environnement donne forme à notre musique : nous essayons d’apporter une dimension magique, qui nous extrait de cette existence vraiment chiante. Quelque chose des grands espaces qui nous entourent et des gens qui vivent autour de nous transparaît. Une demi-heure de voiture, et on se retrouve au milieu de nulle part. On le fait souvent, il le faut.

Votre quotidien dans ce bled paumé, là, Modesto, influence-t-il votre musique ?
J.F. :
Bien sûr. Pour la première fois, Jason chante un titre à la première personne, comme un instantané de la ville. Il existe un million de villes comme Modesto aux Etats-Unis, des petites bourgades où il n’y a pas grand chose à faire : pas mal de pauvreté, de chômage, de cols-bleus, de frustration et de ressentiment.

Donc pas de vie rock’n’roll à Modesto ?
J.F. :
Oh non, sûrement pas, on s’y ennuie tout le temps. J’en ai vraiment marre parfois, je me dis que je devrais me barrer. J’ai pensé déménager à Los Angeles. Mais Modesto est le QG du groupe, ça suffit à nous convaincre d’y rester. J’y fais du vélo, du skate, je me bourre la gueule trop souvent, je le regrette le lendemain. Dès qu’un titre est fini, on boit. Il y a beaucoup de bouteilles de vin et de kilomètres en voiture dans notre musique.

Il y a au moins une scène stimulante, non ?
J.F. :
Quelques groupes. Le problème, c’est qu’il n’existe pas d’endroit décent pour jouer. Nous avons un petit label, avec des groupes comme Fiver et Arm of Roger. Pour acheter des disques, on va à San Francisco, c’est à une heure et demie d’ici.

(Jason Lytle débarque, gêné parce que la femme de chambre de l’hôtel l’a surpris en train de pisser la porte ouverte).

Jason Lytle : On s’est déjà vu, non ? Il y a deux ans, quelque chose comme ça. Je reconnais tes épaules. Je me souviens, la nuit précédente, j’étais bourré, j’ai descendu le mur de l’hôtel en l’escaladant.

Tu te tiens au courant des évolutions musicales ?
J.L. :
Ce n’est pas ma priorité. Je suis par exemple toujours fan du leader d’Electric Light Orchestra, Jeff Lynne. Si tu regardes toute l’histoire, son seul but est de composer une musique que les gens apprécient. Quelquefois, il faisait exactement ce qu’il voulait. Mais il a également écrit pas mal de chansons merdiques, parce qu’il pensait que les gens voulaient écouter de la merde. C’est une bonne idée, de faire de la musique pour les gens.

« Sumday » (V2) : sortie le 14 juin. www.grandaddylandscape.com

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