Paru dans Technikart n° 72
A SON APOGÉE AUJOURD’HUI, LA CRISE DES MÉDIAS NE DATE POURTANT PAS D’HIER. REVUE DE PRESSE HISTORIQUE D’UN SECTEUR CLAUDIQUANT.
1788 • La Révolution arrive, les journalistes ont chaud au cul. Tout le monde les trouve prétentieux, ignares, corrompus… De grandes figures intellectuelles mettent déjà en cause ce que Diderot appelle, dans l’Encyclopédie, « la pâture des ignorants, la ressource de ceux qui veulent parler et juger sans lire ». Autrement dit, les journaux. Bref, deux siècles avant Bourdieu, les intellos sont déjà flippés à l’idée de se faire piquer leurs prérogatives par ces piètres lettrés que sont les journaleux.
Circa 1850 • Emergence d’une spécialité typiquement française : l’éditorialisation. Elle consiste à se mêler de tout pour peu qu’on possède une plume en état de marche. Tocqueville théorise ce nouvel « esprit littéraire » qui consiste à marier des passions politiques et des générations de jeunes gens lettrés qui veulent donner leur avis. En termes plus crus, si François-Régis Hutin et Pierre Taribaud te cassent les couilles tous les matins à la revue de presse, c’est à cette période-là que tu le dois.
1885 • Non, il ne s’agit pas d’Edwy Plenel mais de Maupassant qui, dans « Bel Ami », raconte l’ambiance de l’époque dans la corporation : règlements de compte et flicage réciproque. Le rédacteur en chef de « la Plume », Louis Langremont, provoque en duel George Duroy, de « la Vie française ». Le premier à la tête d’un « petit journal frondeur » dénonce les fausses nouvelles du second. Un peu comme si « Technikart » faisait un dossier sur les médias en dénonçant ses petits camarades. Beurk !
Mars 1945 • Devant la prolifération des groupes de presse et l’arrivée de techniques nouvelles, des ordonnances sont édictées qui limitent le cumul des titres et établissent un monopole sur la radiodiffusion. Une nouvelle ère s’ouvre, celle de l’ORTF et des ministres de l’Information, du mimétisme entre Alain Peyrefitte et Nicolae Ceaucescu. Naissent alors la mythologie des journalistes intègres (« Cinq Colonnes à la Une »), des vendus au pouvoir giscardien (Cavada/Elkabach), mitterandien (Anne Sinclair) et des slalomeurs professionnels (PPDA, etc.).
1989-92… • Des charniers de Roumanie aux images contrôlées de la guerre du Golfe ou aux débats orientés vers le « oui » du traité de Maastricht, la confiance envers les médias se délite gravement. Ne négligeons pas l’influence considérables de « l’esprit Canal » (les Nuls, les Guignols, Michael Kael, Groland). Pas pour les accuser mais, au contraire, leur reconnaître un rôle prophylactique majeur. Qui peut voir aujourd’hui sans rire un envoyé spécial faire un plateau au milieu des combats irakiens ?
1996-98 • Début de l’offensive de Pierre Bourdieu and co (Pierre Carles, Serge Halimi…) contre la presse en général et la télévision en particulier. Les journaleux sont tellement objectivés et ridiculisés qu’ils voueront une haine éternelle au sociologue.
2002-03 • Des journalistes déguisés en folles du désert afghan pénètrent en Afghanistan pour traquer l’info. Puis vient l’offensive US en Irak, couverte à grands coups de conditionnel. Bilan : douze morts. A croire qu’un bon journaliste, pour l’opinion comme pour la corporation, est un journaliste plombé.
Circa 1850 • Emergence d’une spécialité typiquement française : l’éditorialisation. Elle consiste à se mêler de tout pour peu qu’on possède une plume en état de marche. Tocqueville théorise ce nouvel « esprit littéraire » qui consiste à marier des passions politiques et des générations de jeunes gens lettrés qui veulent donner leur avis. En termes plus crus, si François-Régis Hutin et Pierre Taribaud te cassent les couilles tous les matins à la revue de presse, c’est à cette période-là que tu le dois.
1885 • Non, il ne s’agit pas d’Edwy Plenel mais de Maupassant qui, dans « Bel Ami », raconte l’ambiance de l’époque dans la corporation : règlements de compte et flicage réciproque. Le rédacteur en chef de « la Plume », Louis Langremont, provoque en duel George Duroy, de « la Vie française ». Le premier à la tête d’un « petit journal frondeur » dénonce les fausses nouvelles du second. Un peu comme si « Technikart » faisait un dossier sur les médias en dénonçant ses petits camarades. Beurk !
Mars 1945 • Devant la prolifération des groupes de presse et l’arrivée de techniques nouvelles, des ordonnances sont édictées qui limitent le cumul des titres et établissent un monopole sur la radiodiffusion. Une nouvelle ère s’ouvre, celle de l’ORTF et des ministres de l’Information, du mimétisme entre Alain Peyrefitte et Nicolae Ceaucescu. Naissent alors la mythologie des journalistes intègres (« Cinq Colonnes à la Une »), des vendus au pouvoir giscardien (Cavada/Elkabach), mitterandien (Anne Sinclair) et des slalomeurs professionnels (PPDA, etc.).
1989-92… • Des charniers de Roumanie aux images contrôlées de la guerre du Golfe ou aux débats orientés vers le « oui » du traité de Maastricht, la confiance envers les médias se délite gravement. Ne négligeons pas l’influence considérables de « l’esprit Canal » (les Nuls, les Guignols, Michael Kael, Groland). Pas pour les accuser mais, au contraire, leur reconnaître un rôle prophylactique majeur. Qui peut voir aujourd’hui sans rire un envoyé spécial faire un plateau au milieu des combats irakiens ?
1996-98 • Début de l’offensive de Pierre Bourdieu and co (Pierre Carles, Serge Halimi…) contre la presse en général et la télévision en particulier. Les journaleux sont tellement objectivés et ridiculisés qu’ils voueront une haine éternelle au sociologue.
2002-03 • Des journalistes déguisés en folles du désert afghan pénètrent en Afghanistan pour traquer l’info. Puis vient l’offensive US en Irak, couverte à grands coups de conditionnel. Bilan : douze morts. A croire qu’un bon journaliste, pour l’opinion comme pour la corporation, est un journaliste plombé.

