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Feuilles de choux ?

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Paru dans Technikart n° 72
COMME L’AGRICULTURE IL Y A QUELQUES ANNÉES, LE PAYSAGE MÉDIATIQUE FRANÇAIS CONNAÎT DE PROFONDS BOULEVERSEMENTS. SUBVENTIONS, REMEMBREMENTS, EXODE, OGM : LES MENACES SE FONT CHAQUE JOUR PLUS LOURDES. SIMPLE COÏNCIDENCE OU DESTIN SIMILAIRE ?

GRANDES EXPLOITATIONS
Quelques rares fermes prospères ont survécu à l’industrialisation sans tomber dans l’escarcelle des géants de l’agro-alimentaire. Encore plus rares, certains titres de presse ont réussi à s’imposer tout en restant indépendants. Hebdomadaire des baby-boomers logiquement arrivé aujourd’hui à l’apogée de son succès, « le Nouvel Obs’ » en est l’exemple le plus connu. Beaucoup plus récent et un peu plus « jeune », « Marianne » doit son indépendance à de puissants mécènes.

JARDINS POTAGERS
Pérennisant la tradition agricole antique, un certain nombre d’amateurs cultivent leurs propres fruits et légumes. De la même façon, les « bloggers » créent et consultent désormais leurs propres médias sur le Web. Si pratiquement aucun blog ne bénéficie de l’audience d’un quelconque mass-média, son utilité indéniable réside à la fois dans l’indépendance et la gratuité qui le caractérisent. Un complément appréciable à l’information version CNN/AI Jezira : les « warblogs », alimentés directement depuis le théâtre des opérations.

SUBVENTIONS ET AIDES
Comme l’agriculture, les médias fonctionnent aujourd’hui grâce à un arrosage constant de la part d’institutions diverses. Subventions issues de la redevance télé pour les chaînes publiques, aides systématiques du CNC (Centre National du Cinéma), soutien de l’Etat à la promotion du cinéma français pour Canal+, annonces légales dans la PQR (presse quotidienne régionale), les exemples sont trop nombreux pour être listés exhaustivement. Seule différence : les exploitations agricoles n’ont jamais touché de revenus publicitaires.

AGRICULTURE BIO
Face à la malbouffe servie par les multinationales agro-alimentaires, une minorité de consommateurs se tourne vers des produits supposés plus authentiques. Ainsi la presse compte-t-elle un certain nombre de petits titres locaux de qualité, comme les journaux « Fakir » à Amiens, « Ventilo » à Marseille ou « l’Œil électrique ». Il existe également un certain nombre de radios (Sauvagine à Bordeaux) et même de télévisions (Zalea TV à Paris) associatives, indépendantes et de qualité.

TRAVAILLEURS SAISONNIERS
Les Polonais qui viennent vendanger chaque été dans les propriétés viticoles du Bordelais ont un équivalent dans les médias. Le pigiste fauché travaille au coup par coup, en fonction des besoins de ses multiples employeurs. Au tarif minimum de 30 € le feuillet (1500 signes), il ne peut pas vivre décemment de son activité à moins de travailler pour une dizaine de titres à la fois. Résultat : il compte sur les Assedic, le RMI ou une agence de télémarketting pour dépasser les 700 € de revenus mensuels.

FERMES À L’ABANDON
L’exode rural, mouvement massif de désertification des campagnes, fait apparaître les derniers foyers d’agricultures comme une espèce en voie de disparition. Les journalistes, toujours plus nombreux malgré la crise, risquent sous peu de connaître le même sort, les rédactions leur préférant les pigistes. Seuls quelques privilégiés, salariés de rédactions sérieuses ou de la télévision, peuvent encore espérer gagner leur vie et poursuivre une carrière digne de ce nom.

REMEMBREMENT
Comme les petites parcelles cloisonnées ont progressivement été réunies en immenses champs pour rester rentables, la presse et les médias connaissent un vaste mouvement de concentration. De moins en moins indépendants, les journaux et les magazines appartiennent presque tous à un nombre très restreint de grands groupes (Lagardère, Havas…). Dernier exemple en date : le rachat de la quasi totalité des titres du groupe Excelsior par le groupe Emap. A quand l’absorption de Canal+ par TF1-M6 ?

MOISSONNEUSES-BATTEUSES
Le paysan a vu arriver la mécanisation avec la frayeur que l’on sait. Il avait sans doute raison. Actuellement, de « grosses machines » comme les groupes multinationaux qui éditent les journaux gratuits « Marseille Plus », « Vingt Minutes » ou « Métro » (imprimé entre autres par le quotidien « le Monde » représentent une menace similaire, notamment parce qu’ils échappent aux NMPP. La baisse des diffusions des quotidiens payants dans les villes où ont été lancés ces gratuits serait de l’ordre de 5 à 7 % la première année.

ENGRAIS CHIMIQUES
José Bové peut bien lutter contre les OGM, personne, côté médias, ne songe à endosser le costume de chevalier blanc pour lutter contre des adjuvants tels que : communiqués de presse intégrant l’article prérédigé, dépêches d’agence à copier-coller et autres attachées de presse quasi décisionnaire (« J’ai un artiste intéressant pour votre support »). Toujours plus spécifiques, ces produits de substitution à la créativité et à l’investigation atteignent un niveau de performance redoutable. Comme le paysan, le journaliste n’a plus besoin de se salir les mains.

TRANSPORT ET DISTRIBUTION
Comme les hypermarchés ont supplanté les petits commerces, les réseaux de distribution de la presse ont remplacé les vendeurs à la criée. La visibilité en kiosque constitue le nouvel enjeu majeur pour les journaux. Comme avec les grandes surfaces, tous les moyens sont bons pour figurer en bonne place sur les rayons (PLV, cadeaux, voyages). Mais la diffusion de la presse est avant tout le monopole des NMPP (Nouvelles Messageries de la Presse Parisienne), contrôlées à 49 % par Hachette. D’où la disparition des titres nationaux quand la CGT appelle à la grève.

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