Paru dans Technikart n° 62
En janvier 1976, bien avant que les Sex Pistols ne sortent leur premier disque, un mensuel français s’est consacré au punk : « Rock News », qui s’imposera comme le fanzine précurseur de la musique punk, plus que comme le magazine de l’idéologie punk.
Pour beaucoup, le punk vu d’aujourd’hui, c’est les Sex Pistols, 1977. Un mouvement musical speed et trash, synonyme de vomi et de crachats : Anarchy in the UK, épingles à nourrice et clichés provoc… Il suffit de feuilleter la presse de ces trente dernières années pour comprendre que ce n’est pas aussi simple.
Dès la fin des années 60, dans le mensuel Creem, Lester Bangs définit une ligne punk, où le bruit et l’attitude « rebelle » prédisposent. En Angleterre, un jeunot défend les mêmes valeurs : Nick Kent, dans l’hebdo New Musical Express. Qu’est-ce que ça signifie, journalistiquement ? Réévaluation des petits groupes garage 60’s, défense acharnée des Stooges, puis du MC5, des guitares abrasives et du chaos scénique. Suivent donc, logiquement, les « outrageants » New York Dolls. Leur deuxième album, Too Much, Too Soon, sort en 1974. Trop, trop tôt : échec commercial et autodestruction. Hasard ou coïncidence, Nick Kent annonce dès 1974 la mort du punk, tout comme son alter ego français, Yves Adrien. Dans Rock & Folk, ce dernier signait dès 1972 ses articles Sweet Punk. En 1974, il se retire. Punk’s dead ?
La France à l’heure Genesis
Au milieu des années 70, la presse, journaux spécialisés inclus, ne voit pas arriver l’ouragan punk. Du mensuel Rolling Stone (américain) à l’hebdo Melody Maker (anglais), les journalistes proto-punks demeurent minoritaires. En France, deux mensuels rock se partagent la part du gâteau : Rock & Folk et Best. En 1975, Rock & Folk (sans Yves Adrien) fait ses couvertures sur Led Zeppelin ou « Le retour de Jimi Hendrix », Best (malgré Patrick Eudeline) opte pour Genesis ou Status Quo. Best entame d’ailleurs l’année 76 en proposant un poster de Genesis, Rock & Folk en faisant sa une sur Pink Floyd. Et le punk dans tout ça ? Presse, ne vois-tu rien venir à l’horizon ? Si : en janvier 1976, soit juste avant l’émergence du mythique fanzine punk anglais Sniffin’ Glue, et plus d’un an avant que ne sorte le premier album des Sex Pistols, apparaît en France la revue Rock News.
C’est ce qui s’appelle être précurseur.
Deux personnes sont à l’origine de Rock News : Lizzy Mercier et Michel Esteban. En 1976, ce dernier a déjà sa petite réputation dans le milieu rock parisien. « En 1973, je monte Harry Cover, une structure qui propose la vente par correspondance de tee-shirts à l’effigie de groupes rock. J’étais le premier à me lancer dans ce merchandising, ça marchait très bien – surtout qu’il n’y avait pas de droits à payer aux artistes. En 1974, j’ai investi le blé dans une boutique aux Halles, où je vendais, en plus des tee-shirts, des disques importés des Etats-Unis et d’Angleterre. Harry Cover est ainsi devenu un lieu de rendez-vous pour les branchés de l’époque, l’alternative jeune et fun de l’Open Market intello-rock de Marc Zermati. Moi, j’étais un jeune passionné en polo Lacoste, Zermati avait plus de crédibilité rock’n’roll. »
Le CBGB, club de country pourri
En 1974-1975, Michel Esteban passe beaucoup de temps aux Etats-Unis. A New York, en première partie des New York Dolls, il découvre un nouveau groupe : Television. « Avec Tom Verlaine et, encore dans la formation à l’époque, Richard Hell au look bien déglingué. C’est à lui que Malcolm McLaren a volé l’idée des épingles à nourrice. Je sens qu’on est dans une période charnière. Le Velvet, c’est fini, Iggy patauge, mais une nouvelle génération commence de taper au portillon. Il y a Patti Smith et Television, mais également les Ramones, que je vois dès fin 1975 dans un club pourri de bluegrass (dérivé de country bien roots, NDLR), le CBGB. Là, je me dis : “Il faut relater cette émergence.” Avec ma copine, Lizzy Mercier, on a donc monté Rock News. La démarche n’était pas spécialement journalistique, on avait surtout une approche de fan. Rock News, c’était un fanzine pour faire partager nos découvertes. »
Janvier 1976, premier numéro : 3 FF, seize pages, esthétiquement en accord avec ses sujets : cheap et proto-punk. En couverture, le parrain incontournable, Iggy Pop (en slip). Un choix aujourd’hui évident (l’iguane pourrait faire la une de Entreprendre ou Famille chrétienne), à l’époque audacieux (Pop sort d’hôpital psychiatrique, on le dit cuit, même l’underground est à deux doigts de le ranger dans le rayon has been). Sommaire 100 % américain. Le contenu de Rock News prend la forme d’un manifeste, comme si Esteban et Mercier, seuls à bord, pensaient ne produire qu’un numéro où ils déballeraient toutes leurs obsessions.
Ni style ni analyse
En plus d’articles sur Lou Reed, John Cale, les New York Dolls, Patti Smith, le couple accorde une double page au « New York underground », illustrée par trois photos noir et blanc (les Ramones devant le CBGB, Television, Heartbreakers) : « Des bars sordides affichent le rock de la rue. La grosse pomme va encore cracher. Ça n’aura pas été long pour que la relève jaillisse de tous les coins. Car la nouvelle portée de Big Apple n’avait plus de place pour gueuler… C’est au CBGB où tout a réellement commencé, dans le quartier le plus crade, un bar jaune de crasse, des bougies sur les tables, une enseigne de bière éclairant le bar, un billard dans le fond à droite à côté des chiottes, un juke-box rempli de tous les standards punks 63-67. Le proprio de ce bordel eut la splendide idée d’organiser le premier rock under-ground festival, avec les quarante meilleurs garage bands de NY. Condition : ne pas être professionnel et n’avoir jamais gravé de ronds de cire. »
Suit le récit de ce festival, où l’on entend parler pour la première fois des groupes en photos, mais aussi de Blondie, des Talking Heads, etc.
C’est aujourd’hui clair : Esteban et Mercier furent ceux qui se trouvèrent à la bonne place au bon moment. Le style et l’analyse ne comptent pas, juste importe de parler de nouveaux groupes. « Je faisais alors des allers-retours entre Paris et New York, explique Esteban. Ce qu’il faut voir, c’est que l’explosion du CBGB, ça concernait cinquante personnes à New York. Avec Lizzy, on s’était intégré à cette bande. Quand on leur a amené notre premier numéro où on parlait d’eux, dans un magazine de Paris, ils étaient superfiers ! On est vraiment devenus copains avec John Cale, Patti Smith, Richard Hell… »
« L’explosion du CBGB, ça concernait cinquante personnes à New York. Quand on leur a amené notre premier numéro, ils étaient superfiers » (Michel Esteban).
Une scène vite épuisée
Le numéro 2 (février 1976) titre naturellement « Spécial New York ». On y trouve les premières interviews en France de groupes comme Talking Heads ou Ramones. Pas très passionnantes en elles-mêmes, mais 1 / à l’époque, elles permettaient de présenter les groupes et 2 / elles ont aujourd’hui pris un cachet historique. Les trois quarts des formations présentes dans Rock News sont passées à la postérité.
Le numéro 3 est enfin distribué en kiosques, l’équipe s’étoffe (chronique signée Danny Fields, manager des Ramones, pige de Pierre Benain…). Le numéro 4, qui affiche fièrement « Spécial punk », s’attaque aux scènes anglaises et… françaises. Sont ainsi passés en revue les 101ers (le groupe de Joe Strummer d’avant les Clash !), Sex Pistols (évidemment, sauf qu’en mai 76, les Pistols n’ont encore sorti aucun disque), Stinky Toys (groupe d’Elli & Jacno) et autre Bijou. En juin, un « Hors-série Rolling Stones » pour souffler, publier les superbes photos de Dominique Tarlé et des textes de Lester Bangs et Patti Smith. En juillet, un spécial Patti Smith de 48 pages. Tournerait-on déjà en rond ?
Le numéro 7 (septembre 1976) semble s’ouvrir à de nouveaux espaces. En plus d’un article sur la boutique Sex de Vivienne Westwood et Malcolm McLaren (« Les confidences d’un couturier situationniste »), on y dégotte une interview de Todd Rundgren par… Alain Pacadis, et tout un sujet sur… le reggae. Bob Marley fait d’ailleurs la couv’. D’un magazine punk. Anomalie ? « Non : il y avait un vrai respect des deux cultures, ça s’est concrétisé à travers les Clash. Et puis j’en avais marre de ne parler que du CBGB. Avec Lizzy, on commençait à être gavé, à virer fonctionnaires. On n’avait pas l’ambition de faire de Rock News un grand magazine, je me suis tourné vers la production. J’ai monté Ze Records, où j’ai signé le groupe de Patrick Vidal, Marie & les Garçons, produit par John Cale, puis plein d’autres formations. Je voyais déjà la fin du punk. Derrière le reggae se profilait également l’explosion de la disco. Il y a eu ensuite mon mariage avec Lio, mais ça, c’est une autre histoire. »
Revenir sur l’idéologie punk
A la fin de ce septième et dernier numéro, est annoncé le lancement d’un nouveau magazine, Façade, par la bande d’Alain Benoist. Place à un magazine luxueux qui intégrera l’esthétique punk tout en surfant sur la disco – sans jamais rester confiné à des sujets purement musicaux (voir Technikart n° 46). C’est ce qui a finalement empêché Rock News de décoller : ne pas se détacher du simple constat musical. Esteban : « Ces nouveaux groupes m’excitaient. Le mode de vie rock’n’roll qui allait avec, non. Je m’en foutais. »
Pourtant, plus qu’une déflagration musicale, le punk reste comme un mouvement qui a révolutionné l’esthétique au sens large. Le milieu des années 70 pataugeait dans le mauve et les pattes d’éph’, place aux cheveux courts, au graphisme tranchant de Bazooka. Idéologiquement, deux tendances anti-soixante-huitardes émergeront du punk anglais : les Sex Pistols postillonnant leur anarchisme et les Clash militant pour un nouveau gauchisme, violemment antidogmatique. Too much, too soon : vingt-cinq ans plus tard, le punk reste plus que jamais d’actualité. Rock News s’inscrit comme une bonne base historique.
Merci à Christian Eudeline pour le prêt des magazines. A lire son livre : « Nos années punk » (Denoël).
Dès la fin des années 60, dans le mensuel Creem, Lester Bangs définit une ligne punk, où le bruit et l’attitude « rebelle » prédisposent. En Angleterre, un jeunot défend les mêmes valeurs : Nick Kent, dans l’hebdo New Musical Express. Qu’est-ce que ça signifie, journalistiquement ? Réévaluation des petits groupes garage 60’s, défense acharnée des Stooges, puis du MC5, des guitares abrasives et du chaos scénique. Suivent donc, logiquement, les « outrageants » New York Dolls. Leur deuxième album, Too Much, Too Soon, sort en 1974. Trop, trop tôt : échec commercial et autodestruction. Hasard ou coïncidence, Nick Kent annonce dès 1974 la mort du punk, tout comme son alter ego français, Yves Adrien. Dans Rock & Folk, ce dernier signait dès 1972 ses articles Sweet Punk. En 1974, il se retire. Punk’s dead ?
La France à l’heure Genesis
Au milieu des années 70, la presse, journaux spécialisés inclus, ne voit pas arriver l’ouragan punk. Du mensuel Rolling Stone (américain) à l’hebdo Melody Maker (anglais), les journalistes proto-punks demeurent minoritaires. En France, deux mensuels rock se partagent la part du gâteau : Rock & Folk et Best. En 1975, Rock & Folk (sans Yves Adrien) fait ses couvertures sur Led Zeppelin ou « Le retour de Jimi Hendrix », Best (malgré Patrick Eudeline) opte pour Genesis ou Status Quo. Best entame d’ailleurs l’année 76 en proposant un poster de Genesis, Rock & Folk en faisant sa une sur Pink Floyd. Et le punk dans tout ça ? Presse, ne vois-tu rien venir à l’horizon ? Si : en janvier 1976, soit juste avant l’émergence du mythique fanzine punk anglais Sniffin’ Glue, et plus d’un an avant que ne sorte le premier album des Sex Pistols, apparaît en France la revue Rock News.
C’est ce qui s’appelle être précurseur.
Deux personnes sont à l’origine de Rock News : Lizzy Mercier et Michel Esteban. En 1976, ce dernier a déjà sa petite réputation dans le milieu rock parisien. « En 1973, je monte Harry Cover, une structure qui propose la vente par correspondance de tee-shirts à l’effigie de groupes rock. J’étais le premier à me lancer dans ce merchandising, ça marchait très bien – surtout qu’il n’y avait pas de droits à payer aux artistes. En 1974, j’ai investi le blé dans une boutique aux Halles, où je vendais, en plus des tee-shirts, des disques importés des Etats-Unis et d’Angleterre. Harry Cover est ainsi devenu un lieu de rendez-vous pour les branchés de l’époque, l’alternative jeune et fun de l’Open Market intello-rock de Marc Zermati. Moi, j’étais un jeune passionné en polo Lacoste, Zermati avait plus de crédibilité rock’n’roll. »
Le CBGB, club de country pourri
En 1974-1975, Michel Esteban passe beaucoup de temps aux Etats-Unis. A New York, en première partie des New York Dolls, il découvre un nouveau groupe : Television. « Avec Tom Verlaine et, encore dans la formation à l’époque, Richard Hell au look bien déglingué. C’est à lui que Malcolm McLaren a volé l’idée des épingles à nourrice. Je sens qu’on est dans une période charnière. Le Velvet, c’est fini, Iggy patauge, mais une nouvelle génération commence de taper au portillon. Il y a Patti Smith et Television, mais également les Ramones, que je vois dès fin 1975 dans un club pourri de bluegrass (dérivé de country bien roots, NDLR), le CBGB. Là, je me dis : “Il faut relater cette émergence.” Avec ma copine, Lizzy Mercier, on a donc monté Rock News. La démarche n’était pas spécialement journalistique, on avait surtout une approche de fan. Rock News, c’était un fanzine pour faire partager nos découvertes. »
Janvier 1976, premier numéro : 3 FF, seize pages, esthétiquement en accord avec ses sujets : cheap et proto-punk. En couverture, le parrain incontournable, Iggy Pop (en slip). Un choix aujourd’hui évident (l’iguane pourrait faire la une de Entreprendre ou Famille chrétienne), à l’époque audacieux (Pop sort d’hôpital psychiatrique, on le dit cuit, même l’underground est à deux doigts de le ranger dans le rayon has been). Sommaire 100 % américain. Le contenu de Rock News prend la forme d’un manifeste, comme si Esteban et Mercier, seuls à bord, pensaient ne produire qu’un numéro où ils déballeraient toutes leurs obsessions.
Ni style ni analyse
En plus d’articles sur Lou Reed, John Cale, les New York Dolls, Patti Smith, le couple accorde une double page au « New York underground », illustrée par trois photos noir et blanc (les Ramones devant le CBGB, Television, Heartbreakers) : « Des bars sordides affichent le rock de la rue. La grosse pomme va encore cracher. Ça n’aura pas été long pour que la relève jaillisse de tous les coins. Car la nouvelle portée de Big Apple n’avait plus de place pour gueuler… C’est au CBGB où tout a réellement commencé, dans le quartier le plus crade, un bar jaune de crasse, des bougies sur les tables, une enseigne de bière éclairant le bar, un billard dans le fond à droite à côté des chiottes, un juke-box rempli de tous les standards punks 63-67. Le proprio de ce bordel eut la splendide idée d’organiser le premier rock under-ground festival, avec les quarante meilleurs garage bands de NY. Condition : ne pas être professionnel et n’avoir jamais gravé de ronds de cire. »
Suit le récit de ce festival, où l’on entend parler pour la première fois des groupes en photos, mais aussi de Blondie, des Talking Heads, etc.
C’est aujourd’hui clair : Esteban et Mercier furent ceux qui se trouvèrent à la bonne place au bon moment. Le style et l’analyse ne comptent pas, juste importe de parler de nouveaux groupes. « Je faisais alors des allers-retours entre Paris et New York, explique Esteban. Ce qu’il faut voir, c’est que l’explosion du CBGB, ça concernait cinquante personnes à New York. Avec Lizzy, on s’était intégré à cette bande. Quand on leur a amené notre premier numéro où on parlait d’eux, dans un magazine de Paris, ils étaient superfiers ! On est vraiment devenus copains avec John Cale, Patti Smith, Richard Hell… »
« L’explosion du CBGB, ça concernait cinquante personnes à New York. Quand on leur a amené notre premier numéro, ils étaient superfiers » (Michel Esteban).
Une scène vite épuisée
Le numéro 2 (février 1976) titre naturellement « Spécial New York ». On y trouve les premières interviews en France de groupes comme Talking Heads ou Ramones. Pas très passionnantes en elles-mêmes, mais 1 / à l’époque, elles permettaient de présenter les groupes et 2 / elles ont aujourd’hui pris un cachet historique. Les trois quarts des formations présentes dans Rock News sont passées à la postérité.
Le numéro 3 est enfin distribué en kiosques, l’équipe s’étoffe (chronique signée Danny Fields, manager des Ramones, pige de Pierre Benain…). Le numéro 4, qui affiche fièrement « Spécial punk », s’attaque aux scènes anglaises et… françaises. Sont ainsi passés en revue les 101ers (le groupe de Joe Strummer d’avant les Clash !), Sex Pistols (évidemment, sauf qu’en mai 76, les Pistols n’ont encore sorti aucun disque), Stinky Toys (groupe d’Elli & Jacno) et autre Bijou. En juin, un « Hors-série Rolling Stones » pour souffler, publier les superbes photos de Dominique Tarlé et des textes de Lester Bangs et Patti Smith. En juillet, un spécial Patti Smith de 48 pages. Tournerait-on déjà en rond ?
Le numéro 7 (septembre 1976) semble s’ouvrir à de nouveaux espaces. En plus d’un article sur la boutique Sex de Vivienne Westwood et Malcolm McLaren (« Les confidences d’un couturier situationniste »), on y dégotte une interview de Todd Rundgren par… Alain Pacadis, et tout un sujet sur… le reggae. Bob Marley fait d’ailleurs la couv’. D’un magazine punk. Anomalie ? « Non : il y avait un vrai respect des deux cultures, ça s’est concrétisé à travers les Clash. Et puis j’en avais marre de ne parler que du CBGB. Avec Lizzy, on commençait à être gavé, à virer fonctionnaires. On n’avait pas l’ambition de faire de Rock News un grand magazine, je me suis tourné vers la production. J’ai monté Ze Records, où j’ai signé le groupe de Patrick Vidal, Marie & les Garçons, produit par John Cale, puis plein d’autres formations. Je voyais déjà la fin du punk. Derrière le reggae se profilait également l’explosion de la disco. Il y a eu ensuite mon mariage avec Lio, mais ça, c’est une autre histoire. »
Revenir sur l’idéologie punk
A la fin de ce septième et dernier numéro, est annoncé le lancement d’un nouveau magazine, Façade, par la bande d’Alain Benoist. Place à un magazine luxueux qui intégrera l’esthétique punk tout en surfant sur la disco – sans jamais rester confiné à des sujets purement musicaux (voir Technikart n° 46). C’est ce qui a finalement empêché Rock News de décoller : ne pas se détacher du simple constat musical. Esteban : « Ces nouveaux groupes m’excitaient. Le mode de vie rock’n’roll qui allait avec, non. Je m’en foutais. »
Pourtant, plus qu’une déflagration musicale, le punk reste comme un mouvement qui a révolutionné l’esthétique au sens large. Le milieu des années 70 pataugeait dans le mauve et les pattes d’éph’, place aux cheveux courts, au graphisme tranchant de Bazooka. Idéologiquement, deux tendances anti-soixante-huitardes émergeront du punk anglais : les Sex Pistols postillonnant leur anarchisme et les Clash militant pour un nouveau gauchisme, violemment antidogmatique. Too much, too soon : vingt-cinq ans plus tard, le punk reste plus que jamais d’actualité. Rock News s’inscrit comme une bonne base historique.
Merci à Christian Eudeline pour le prêt des magazines. A lire son livre : « Nos années punk » (Denoël).

