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« Qu’appelle-t-on cancer de l’anus ? »

Paru dans Technikart n° 69
La rencontre a lieu à l’Ile Enchantée, le bar le plus lancé du Paris à la mode. Ambiance cosy, lumières tamisées. Le professeur Alain Bijard est détendu. Il vient pourtant d’opérer pendant plus de huit heures d’affilée ! Ce gastro-entérologue de renom commande un tartare, moi, une bavette.

Olivier Stupp : Professeur Bijard, bonsoir. Qu’appelle-t-on cancer de l’anus ?
Professeur Bijard : Il s’agit d’un cancer né dans le canal anal. Le cancer de l’anus ne doit pas être confondu avec le cancer du rectum. Les symptômes sont très voisins mais le traitement est très différent.
O.S. : Quels sont les symptômes qui doivent alarmer ?
P.B. : Dans 1/3 des cas, il s’agit de petits saignements ou de sécrétions séro-sanglantes tachant les sous-vêtements. Les douleurs sont peu intenses : lourdeurs, démangeaisons avec des troubles du transit…

Deux très belles femmes mûres (55 ans à peine), assises à la table voisine, semblent s’intéresser à notre conversation. Elles fument des cigarettes light et nous jettent des sourires complices…

O.S. : Vous voulez dire constipation ?
P.B. : Oui, souvent suivie par un épisode diarrhéique. Plusieurs de ces symptômes peuvent s’associer. Les symptômes peuvent varier d’un jour à l’autre mais sont chroniques et ont tendance à s’aggraver.

Pauline, la nouvelle serveuse de l’Ile Enchantée, arrive avec nos plats et un immense décolleté.

O.S. : Comment le diagnostic est-il fait ?
P.B. : Le médecin examine l’anus, opère un toucher rectal et pratique une anuscopie avec un petit spéculum…
O.S. : Merci Pauline.
P.B. : Le cancer peut apparaître comme un bourgeonnement externe, plus ou moins ulcéré, ainsi qu’on peut le vérifier sur la photo 1.
O.S. : Regardons-la ensemble si vous le voulez bien.

P.B. : Il ne peut être visible qu’à l’anuscopie dans le canal anal mais, le plus souvent, le déplissement de l’anus permet de voir la lésion. Certains cas ressemblent à une fissure de l’anus. Des lésions peuvent être petites mais doivent attirer l’attention par leur caractère induré à la palpation. En effet, l’induration est une caractéristique commune à toutes ces lésions et doit faire évoquer le diagnostic de cancer (photos 2 et 3).

O.S. : Un peu de Chum Up, professeur ?
P.B. : Oui, merci. Le diagnostic doit impérativement être confirmé par une biopsie.
O.S. : Allez-y, professeur, mangez votre tartare, il va être froid ! Ah, ah, ah !
P.B. : Ah, ah, ah !

Des effluves de parfums de plus en plus fortes parviennent jusqu’à mes narines.

Une des deux inconnues : Excusez-moi d’interrompre votre conversation, je m’appelle Cathy G. et…

Celle qui vient de parler, c’est Cathy G., une des deux femmes de la table voisine. Son postérieur est moulé dans un pantalon de cuir noir à pinces très vulgaire.

Cathy G. : Ne seriez-vous pas, par hasard, Olivier Stupp, le célèbre chroniqueur de « Technikart », le fameux mensuel décalé de la presse branchée sur une époque névrosée ?

Je sens que je rougis alors que des gouttes de sueur perlent à mon front.

O.S. : Oui, et j’ajoute que je suis également pigiste au « Nouvel Observateur »… Supplément Ile-de-France.

A ce moment précis, et pour une raison qui m’échappe, le charme est rompu entre Cathy G et moi-même.

C.G. : Professeur Bijard, maintenant que vous avez fini votre tartare, puis-je vous poser une question ?
P.B. : Naturellement.
C.G. : Je souffre d’hémorroïdes depuis vingt ans. L’existence d’hémorroïdes favorise-t-elle l’apparition d’un cancer de l’anus ?
P.B. : Non, Cathy. Ces hémorroïdes ne sont pas une lésion précancéreuse et ne favorisent pas la survenue d’un cancer de l’anus. En revanche, cette pathologie hémorroïdaire peut être à l’origine d’un retard de consultation et donc de diagnostic du cancer.

Je tente de reprendre l’initiative de la conversation.

O.S. : J’ai moi-même été opéré pour des hémorroïdes, deux fois, puis pour une double fistule anale, trois fois. Depuis, tout est rentré dans l’ordre, comme vous pouvez le constater sur la photo 4.

Pauline revient pour débarrasser la table.

Pauline : Ces messieurs prendront des desserts ?
O.S. : Merci Pauline. Mais vous nous amènerez la douloureuse…
O.S. + P.B. + C.G. + son amie : Ah, ah, ah !
P.B. : Alors, si j’ai bien compris, c’est « Technikart » qui rince ?
O.S. + C.G. + son amie : Oh, oh, oh !
O.S. : Au fait, comment s’appelle votre amie, Cathy ?
L’amie : Colette, celle qui rit quand elle pète !
Tous : Ah, ah, ah !
P.B. : J’aimerais bien voir ça, moi !
Tous : Ah, ah, ah !
O.S. : Et si nous allions chez moi terminer cette délicieuse conversation… J’habite près du marché aux fleurs, c’est à deux pas d’ici.
C.G. : Je peux conserver la photo 4, Olivier ?
O.S. : Naturellement, Cathy.
C.G. : Mais où sont passés Colette et le professeur ? Je ne les vois plus…

(A suivre)