La première installation, « Météo » de Bernard Gortais, consiste à animer en temps réel une image abstraite en fonction de données météorologiques (précipitations, nébulosité, vitesse du vent, état de la mer) du Caplan (lieu sur la côte nord de la Bretagne où se trouve un café-livres, « le Caplan & Co »), prélevées via le réseau RNIS à Météo France. La structure de l’image est directement dérivée des travaux récents de Bernard Gortais qui a travaillé, pour l’occasion, en étroite collaboration avec un informaticien : la démarche commune et le résultat sont un succès. L’image doit fournir au spectateur une im-pression synthétique du temps par le jeu des formes, des couleurs et de leur évolution et faire évoluer une image non-figurative représentant l’atmosphère et l’environnement du « Caplan & Co ». La représentation graphique est interfacée (reliée) avec un ensemble de variables météorologiques, astronomiques et maritimes. L’animation de l’image reproduit une peinture abstraite en la décomposant en un certain nombre d’objets graphiques indépendants les uns des autres.
Chaque objet doit être ensuite interfacé avec certaines variables choisies de manière à en changer continuellement la position, la forme et la couleur en fonction du temps au sens météorologique mais aussi chronologique. La représentation de cette œuvre évolutive se fait grâce à un écran de télévision disposé dans la galerie. Ce principe peut être décliné avec toute autre donnée, et permet ainsi une représentation graphique de n’importe quel autre phénomène : par exemple, pour être plus citadin, le flot de voitures à Paris. Mais restons sur cette représentation des données météorologiques, et pour répondre à la question « quel temps fait-il au Caplan ? », titre de l’exposition, qu’il pleuve ou qu’il vente, l’image reste une œuvre d’art en évolution. L’autre installation, « Chimère », « installation imaginale » de Didier Lechenne et Frédéric Lichtenstein, renvoie le spectateur à son image qui le surprend immédiatement, certains n’osant même pas se regarder ! « Chimère » a, entre autres facultés, celle de superposer deux images, le visage de profil, mais aussi de face, ce qui provoque généralement un mouvement circulaire de la tête chez la personne assise sur le tabouret face au miroir. En se dirigeant vers le miroir, il espère découvrir une image de son visage de face, mais se retrouve en fait confrontée à son profil. Les auteurs tentent de répondre, par anticipation et intuition artistique, à l’évolution scientifique. « Pointée sur le spectateur, dérobée à la vue par le flot lumineux aveuglant, est installée une caméra. » C’est l’image captée par cette caméra qui, perpendiculairement, est restituée en image flottante sur un miroir. Rendue invisible par l’image virtuelle sur le miroir sans tain, une deuxième caméra épie le spectateur. L’image de cette deuxième caméra est restituée par la source lumineuse d’un vidéo-projecteur ; c’est le profil du spectateur qui sert d’écran à la projection de sa propre face prise comme masque. « Cette « installation imaginale », fruit de la synthèse de la vidéo et de l’optique par jeu de miroirs, confronte le spectateur à sa propre image : il est à la fois l’objet et le sujet, l’image et le support, l’observateur et l’acteur. Cette installation interactive devrait être installée de façon permanente dans un lieu public.
Dommage qu’elle ne soit restée que quelque temps mais comme beaucoup d’autres installations, elles coûtent malheureusement cher.
Galerie Natkin Berta. Du 26 avril au 22 mai : Sol LeWitt. 124 rue Vieille-du-Temple. Tél : 42 74 42 16