Art-Réseaux : les traces parisiennes

Le groupe Art-Reseaux (Karen O’Rourke, Isabelle Millet, Gilberto Prado, Michel Suret-Canale, Marie-Dominique Wicker, Christophe Le François) travaille sur l’image et la circulation d’images dans des réseaux télématiques. Après avoir utilisé le fax, ils se tournent vers l’ordinateur et le modem.
Nous les avons rencontrés lors de l’exposition « Mutations de l’image », au début du mois de mars, à la vidéothèque de Paris.

Christophe Le François, quel est exactement ce projet que vous présentez ici ?
On a travaillé sur les lieux de mémoires de l’équipe, de ce réseau. Chacun des membres de l’équipe a fourni une liste des lieux où il a habité à Paris. Les autres membres de l’équipe ont fait des reportages photos sur ces lieux. Ils ont du matériel portable et nous envoient ces documents par modem. Les images sont rentrées dans l’ordinateur et peuvent être ainsi visualisées. C’est la première étape. La deuxième étape consiste à inviter la personne en question pour lui montrer les traces. Comme ce n’est pas elle qui a fait les photos, la façon de voir le lieu est celle du photographe et non celle de la personne qui y a habité. Il y a des télescopages entre sa propre mémoire et les documents qu’on lui apporte. Il réagit par écrit, donc il y a du texte, ou il réagit oralement, on enregistre sa voix et on l’incorpore sur les images dans l’ordinateur pour obtenir soit un diaporama, soit des images commentées. Ce sont des lieux de mémoire sur Paris avec des commentaires des personnes qui y ont habité. C’est une accumulation de traces sur Paris, de souvenirs. Le regardeur est plongé dans un espace où se succèdent des commentaires vocaux évoquant des faits lointains ou des textes, sans que jamais ne soient présentés, à visage découvert, les différents auteurs. Un ensemble de traces où il peut choisir de multiples parcours.

Et ton point de vue face à l’ordinateur ?
Il me semble qu’il y a un danger énorme dans l’aspect « clean », la froideur, d’où un certain nombre de procédés pour réintroduire du bruit. Souvent, les photographies sont faites dans des conditions difficiles, à la limite de la lumière disponible dans la journée, où alors on retravaille l’image pour l’altérer. Les images ne sont pas ratées puisqu’elles sont retravaillées. Il y a l’idée d’obscurcir la vision. Ensuite, tout le côté personnel -c’est un petit peu autoréférentiel, autobiographique- réintroduit une autre dimension qui n’est pas de l’ordre de la machine. A mon sens, il y a une lutte énorme contre la machine, une sorte de lutte contre les règles prédéfinies, trop explicites, carrées.

Et vous avez envie de travailler avec d’autres outils ?
Le projet n’est plus d’avoir un lieu où l’on travaille, mais d’avoir chacun son propre lieu chez soi. C’est à dire que l’on constituerait sa propre tête de réseau au sein même de l’équipe qui existe déjà virtuellement. Non plus un lieu mais des lieux où l’on travaille, où l’on échange, où l’on reçoit.

A partir du 19 mai. Galerie Attia Bousbaa. 1 bis rue Saint-Gilles, 75003 Paris.




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